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Les archives James Bond, dossier 21: Casino Royale (2006)

19 janvier 2022 13 min read

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Les archives James Bond, dossier 21: Casino Royale (2006)

( 13 minutes)

Blond, James Blond

Quotient James Bondien: 7,25
(décomposé comme suit:)

BO: 7/10
David Arnold, dont c’est la 4ème illustration sonore consécutive, a beau expliquer qu’il avait eu l’impression de repartir à zéro, on ne se sent pas pour autant complètement en terrain inconnu. Certes, le thème principal n’intervient qu’en fin de bande originale, au moment où le héros endosse définitivement les caractéristiques de son personnage, le style est néanmoins reconnaissable. Le thème de la chanson du générique devient le principal utilisé pendant le film, il est déployé en plusieurs déclinaisons. La bande son se fait plus riche sur ses parties calmes que sur celles qui accompagnent l’action, ces dernières étant plus passe-partout et dans l’air du temps de ce milieu des années 2000.

Titre générique: 7/10
Le choix de Chris Cornell pouvait paraître étrange, mais finalement, après Madonna, n’importe qui semblait pouvoir faire mieux. Et le résultat est finalement diablement réussi, et accompagne à merveille le nouvel esprit de la saga. Il illustre un générique non moins somptueux.

Séquence pré-générique: 7/10

Hyper courte et ramassée, stylisée et marquée par ce noir et blanc étonnant, cette séquence a le mérite de surprendre tout en annonçant la (non)couleur: l’espion que nous voyons à l’écran est un rookie qui se découvre peu à peu à la hauteur des tâches gigantesques qui vont l’attendre. En tant que telle, elle rentre dans la série des ouvertures mémorables.

Générique: 8/10
On oublie (enfin !) les corps dénudés et les symboles frelatés pour investir une thématique unique et terriblement graphique. Ce look 100% Casino Royale est une bénédiction qui cristallise l’esprit nouveau qui est insufflé ici: on reste sur un point de départ connu, et on y introduit un concept à la fois nouveau et fidèle à l’esprit. Nickel.

James Bond Girls: 7/10

Il y en a vraiment qu’une en faite, tant Caterina Murino (Solange) fait un passage éclair (et peu convainquant). Eva Green campe une Vesper Lynd convaincante, ce qui est rassurant quand on sait à quel point elle peut complètement passer à côté de ses rôles. C’est donc un des (finalement pas si rares) épisodes où Bond tombe amoureux. Encore mieux, c’est même celui qui explique le comportement de Bond avec les femmes au cours de la suite de sa carrière et le transforme en ce qu’il est, un être hyper-sensible qui s’est forgé une carapace de macho. Coup de bol, c’est sans doute la fois, avec Au service Secret de sa majesté, où on croit le plus à une histoire d’amour.

Méchant(s): 7/10

On va pas s’en étonner ici, la qualité d’un acteur vaut souvent mieux que le script qui lui est confié. Le Chiffre s’avère être un homme de main presque fantoche, à la merci de puissances qui le dépassent, c’est pourtant lui, et seulement lui qui reste dans les mémoires. On regrette donc que Mads Mikkelsen ne se soit pas vu confier un rôle plus consistant dans la durée.

Cascades: 8/10

Il y avait dans ce domaine comme tant d’autre une volonté de revenir aux fondamentaux, en l’espèce des cascades réelles sans ajout de CGI. On ne prend pas de risque à estimer que la scène de poursuite sur les structures métalliques et les grues du début du film remet complètement l’église au centre du village. D’une manière générale, toutes les scènes de baston puent la violence physique palpable (voir réflexion de Craig à propos de son doubleur cascade, dans la section « tournage ») et on ne va pas s’en plaindre.

Scénar: 7/10

Sans être complètement enthousiasmant (car à la limite du confus et posant autant de questions qu’il apporte de réponses), le scénario a le mérite de proposer tous les éléments dont on a parlé plus haut, sans se perdre dans les facilités qui faisaient la marque de fabrique de la série depuis un bon moment. Ne restent que les séquences d’action fleurant parfois le too much, mais hey ! C’est James Bond, quand même.

Décors: 8/10

Les deux scènes les plus inoubliables du film le sont aussi par leur décors (les poutres, donc, mais aussi le final vénitien) et le boulot fourni pour servir d’écrin à la mort de Vesper mérite à lui-seul une mention spéciale. Avec la place exacte que ce genre d’élément devrait toujours occuper: indispensable mais pas omniprésent.

Mise en scène: 7/10
Vic Armstrong a laissé sa place de réalisateur de la deuxième équipe à Alexander Witt, et Martin Campbell s’est plus investi dans le travail combiné des deux plateaux. Des tournages bien plus « on location » qu’à l’accoutumée, on peut estimer que Campbell a fourni ici un travail bien plus
direct et lisible que lors de nombreux films précédant (ou même que pour son propre boulot sur GoldenEye).

Gadgets: 6/10
Pas grand chose à se mettre sous la dent, et c’est sans doute tant mieux, histoire de continuer à coller à un aspect plus réaliste et brut de l’univers Bondien. Du sobre et opérationnel, souvent encapsulé dans un portable Sony Erikson qui préfigurait l’iPhone à venir.

Interprétation: 8/10

Un Daniel Craig particulièrement investi et désireux de rendre son personnage crédible, à la fois en tant qu’acteur et en tant que personnage qui repartait de zéro, et deux ou trois seconds rôles marquants. On est dans le haut du panier de la série, manifestement.

JAMES BOND ROUTINE:


– Drague: Sûr de lui pour emballer la Solange cavalière sur la plage, James se montre fondant avec une Vesper qui arrive à la charmer en deux-deux. Et voilà, derrière, on comprends pourquoi il sera comme ça avec toutes les femmes. Sauf avec Madeleine Swann. Ou avec Teresa Draco. Bon, comme il sera souvent, disons.


– Plus loin que le bisou ? Juste quand il rencontre le vrai amour. Parce qu’avec Solange, il s’échappe avant de passer aux choses sérieuses.


– Bravoure: On pourra estimer que toute la poursuite sur les poutres et les grues sont de la bravoure à l’état pur. Parce que sa proie, Sebastien Foucan, est un pro de l’exercice, lui. Alors que Bond, comme d’hab, improvise.


– Collègues présents: Pas ici.

– Scène de Casino ? Oui, et même la plus longue de la saga, puisque, scènes d’interludes dans l’hôtel et sur le parking comprise, elle dure pas moins de 34 minutes.


– My name is Bond, James Bond: A la toute fin du film, pour affirmer son personnage naissant. Plutôt brillant.


– Shaken, not stirred: Il y a pas mal à dire sur ce sujet. D’abord, James commande un Grand Mount Gay Soda. Puis il décrit son Vodka-Martini dans le moindre détail. Enfin, quand il en commande un nouveau et que le serveur lui demande s’il le veut Shaken ou stirred, il répond par un laconique « do I look like I give a fuck ? » traduit par le sous-titre en un « rien à foutre » tout à fait dans l’esprit.


– Séquence Q: Aucune.Ciao, John Cleese.


– Changement de personnel au MI6: On va le tourner autrement: à part M, personne n’est resté. En même temps, on ne nomme pas non plus les nouveaux, dont ce type du MI6 qui assiste M, et qui n’est crédité nulle part.


– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Pas vraiment cette fois. Le Chiffre ne cherche pas à le tuer mais à le faire parler. Mr White non plus parce qu’il attend de récupérer son argent. Donc, pas cette fois.


– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Nope !


– Nombre d’ennemis tués au cours du film: 11. Pas mal pour une entrée en matière.


– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? Non, même si on sent que ça pourrait le démanger une fois ou deux.


– Un millésime demandé ? Bollinger « grande année ».


– Compte à rebours ? Non


– Véhicules pilotés: Deux voitures. C’est marée basse ici aussi.


– Pays visités: Ouganda, Madagascar, Bahamas, Monténégro, et Italie (Lac de Côme et Venise)


– Lieu du duel final: Il n’y a pas vraiment de duel final. Décidément, ils ont cherché à faire différent.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Non, cette fois, c’est un claquant « Bond, James Bond » !

PRÉ-PRODUCTION

Le reboot salvateur que constitue Casino Royale s’explique par deux phénomènes conjoints. D’abord, on l’a vu dans le dossier précédent, par le constat qu’il sera impossible de continuer dans la voie empruntée par Meurs un autre jour, et ainsi arrêter la course-poursuite avec une concurrente féroce vers la surenchère et la caricature. Et il y a aussi et surtout les droits du tout premier roman de Fleming, Casino Royale qui peuvent être enfin récupérés par Barbara Broccoli et Michael G. Wilson. C’est le seul Bond qui n’avait pu à l’époque être adapté par les producteurs originaux, car d’abord vendu à la CBS pour une diffusion live en 1954 de l’épisode fidèlement intitulé Casino Royale, l’espion apparaissant sous le nom de Jimmy Bond et incarné par l’acteur Barry Nelson, et Le Chiffre joué par Peter Lorre. A la suite de quoi ces mêmes droits seront récupérés par Charles K. Feldman, qui aboutira au film pastiche que l’on connait (et qui fera l’objet de notre dossier 4 bis dans cette même série).

Ce roman étant le tout premier de son auteur (c’est dans celui-là que l’agent 007 est présenté aux lecteurs et où l’on découvre un certains nombre de ses caractéristiques) c’est l’occasion rêvée de repartir d’une page blanche. En collant au plus près du roman, on résolvait deux problèmes d’un coup: une adaptation fidèle de Fleming pour la première fois depuis très longtemps et une réponse à la nouvelle direction donnée à la série.
Au fond, un retour aux fondamentaux salutaire. En bonus, l’histoire d’amour entre Bond et Lynd explique le trauma qui définit une grande partie du comportement du héros par la suite, ce qui représente une opportunité non négligeable de développements intéressants.

Ce sont les désormais aguerris Neal Purvis et Robert Wade, présents depuis Le monde ne suffit pas qui s’attellent à l’adaptation, ce qui ne manque pas d’étonner quand on réalise que l’équipe d ‘écriture de Casino Royale est parfaitement identique à celle de Meurs un autre jour
Le très traditionnel rachat de la MGM (un James Bond sur deux depuis 20 ans ?) cette fois par Sony rend la phase de pré-production légèrement incertaine. Pour des raisons purement financières, on décide d’exporter la production hors des frontières anglaises (les studios Pinewood servant à la marge), et Prague est choisi pour ses conditions d’accueil plus que généreuses. Ça tombe d’autant mieux qu’un partie du scénario est prévu au Monténégro, assez proche (il s’agit la d’une petite entorse à la fidélité au roman, qui se passe en France).

Le gros morceau de cette pré-production concerne évidemment le choix du prochain acteur.
Pour préserver l’anonymat des castings, on invente des noms de production fantaisistes pour noyer le poisson. Ainsi, des acteurs comme Henry Cavill ou Sam Worthington se rendront à des castings pour « Destiny » ou « Alcazar », pendant lesquels on leur demande d’incarner Bond dans une ou deux scènes clefs du prochain film. Après de multiples hésitations fort légitimes, c’est donc Daniel Craig qui est choisi. Ce dernier recevra à Baltimore le coup de fil-qui-change-une-carrière pendant un jour de repos sur le tournage d’Invasion, dont il partage l’affiche avec Nicole Kidman. Évidemment tenu au secret, il ne trouve d’autre moyen que de se bourrer la gueule seul dans un pub de la ville, sans pouvoir expliquer à quiconque la raison de sa volonté farouche de célébration. Délicieusement frustrant.

La presse anglaise est d’abord vent-debout contre ce choix, usant des méthodes les plus basses pour discréditer l’acteur: son arrivée en gilet de sauvetage sur la Tamise escorté pas des Marines font dire qu’il ne sait pas nager (alors que les militaires autour de lui sont protégés de la même manière), et on va jusqu’à titrer « Son nom est Blonde, James Blonde ! ». Barbara Broccoli reste calme au cœur de cette tempête médiatique, en se souvenant que quand son père Cubby (avec Harry Saltzman) avait casté Sean Connery (alors que Fleming aurait imaginé David Niven), un même tonnerre de protestation s’était abattu sur la production. De quoi remettre les choses en perspective.

Martin Campbell, qui avait superbement réorienté une première fois la franchise avec GoldenEye, est rappelé pour relancer la machine dans une nouvelle direction, et il est impressionné en arrivant dans l’aventure de voir à quel point tout a été redéfini de fond en comble. La prise de risque semble, à ce moment du projet, assez phénoménale.

Daniel Craig en 2006, c’est un peu comme l’auteur de ce texte au même âge.

TOURNAGE

C’est une tradition depuis de nombreux films, le tournage commence en janvier. Ce qui est moins habituel, c’est que quand les premiers plans sont tournés, le casting de la principale JB girl n’est toujours pas achevé. Eva Green fera un premier bout d’essai le 11 février; pendant une journée de repos du film dans lequel elle est en train de tourner. La fille de Marlène Jobert n’a pas encore, à cette date, une filmographie pléthorique. Elle est malade et extrêmement stressée quand elle vient auditionner, et ne doit d’être retenue qu’au soutien de Barbara Broccoli, qui croit beaucoup en elle.

Dès les premières semaines du tournage, une photo de paparazzi dévoilant Craig sortant de l’eau, fait finalement les affaires de la production. Face aux réactions du public et à un intérêt général qui s’enflamme, notre couple de producteurs se dit qu’au moins, cette partie du pari est réussie.

Ce qui reste de l’équipe qui avait travaillé sur L’espion qui m’aimait, 29 ans auparavant, retrouve à Nassau l’hôtel qui avait servi de repère pour se décontracter et boire des coups en fin de journée. Sauf que cette fois, l’hôtel, désormais en ruine, va servir de base à l’immeuble soit-disant en construction de la poursuite sur les poutres et les grues. Des grues qui viennent d’Espagne et de Grande-Bretagne, car toutes celles ou presque que comptaient le territoire américain à cette époque a été envoyé vers la Nouvelle-Orléans pour aider l’état à se reconstruire après le passage de Katrina.

Cette séquence de poursuite à pied (une première pour Bond), extrêmement spectaculaire, sera possible grâce au concours de l’homme que poursuit l’espion, Sebastien Foucan. Ce dernier est un expert en free-run et co-fondateur du Parkour, dont la devise est de s’adapter aux obstacles lors d’un run. La scène sert parfaitement la volonté de la production de revenir à quelque chose de très réaliste, sans ajout d’effets spéciaux ou de gadgets, mettant en avant l’aspect physique et courageux du héros réinventé. Craig découvre que les scènes d’actions sont celles qui demandent le plus de temps et de travail préparatoire, et établit les règles avec son doubleur cascade: Craig fera ce qui fait mal, Ben Cooke fait ce qui fait très mal. (« fucking hurt« ).

– Oui, moi aussi, bloups, je t’aime..!

Quand Eva Green débarque enfin sur le plateau, sa première réplique à prononcer sera également sa première dans le film « I am the money ».

Paradoxalement, la scène qui va donner le plus fils à retordre à Martin Campbell sera celle du casino. Elle comporte pas moins de 25 pages de script, c’est un film dans le film, et la grande peur du réalisateur est d’endormir son public. Plusieurs placements de caméras sont prévus pour doubler les prise de vues, comme pour une scène d’action. Détail amusant, peu de gens dans l’équipe maitrisent le poker version Texas Hold’em, et c’est Michael G. Wilson, co-producteur qui donne des cours de poker à une majorité de techniciens. Il se murmure que de nombreuses parties se sont jouées dans les chambres d’hôtel de l’équipe, et que de grosses sommes soient passées d’une poche à une autre pendant le tournage. C’est d’ailleurs une de ces vraies parties, jouée dans une de ces chambres, qui a servi pour illustrer celle qui conclut le duel entre Le Chiffre et Bond. Histoire de se montrer plus réaliste ici aussi, sans doute.

Les scénaristes jubilent: d’ordinaire, montrer Bond jouer au casino pendant une demi-heure à l’écran, avant de la faire torturer et faire mourir sa petite amie serait impossible. Mais comme on colle au roman d’origine, tout devient permis. Pour la scène de torture d’ailleurs, notons que la chaise percée a été agrémentée d’un panneau en fibre de verre pour protéger l’anatomie de l’acteur. C’est à ce genre de détail qu’on réalise le degré de confiance des acteurs envers les accessoires de tournage.

A Venise, c’est la première fois qu’on autorise un bateau « étranger » a traverser le grand canal, et il faudra démonter ses mats pour le faire passer sous les célèbres ponts de la ville italienne. C’est au cours de ces mêmes plans que Green se sent enfin dans la peau d’une James Bond girl.

Il faut également savoir que l’Aston Martin dont se sert James (qui n’était pas encore sortie au moment du tournage) est si stable sur ses roues qu’aucun tremplin jusqu’à 60cm (et avec la voiture lancée à 130 km/h) ne lui permet de faire les tonneaux attendus. C’est donc un canon à azote comprimé, placé à l’arrière du châssis, qui permettra à la voiture de faire ses 7 tonneaux, qui pour le coup, constituèrent un joli record, bien au-delà de ce qui était prévu, à la plus grande joie de l’équipe.

Notons enfin que tout l’épisode du palais Vénitien a été tourné à Pinewood, dans des décors impressionnants, puisque pas moins de quatre étages grandeur nature sur vérins hydrauliques ont été reconstitués, dans un bassin de 4 millions de litres d’eau. De quoi donner aux acteurs une sensation tangible de réalité.

Le tournage prend fin le 22 juillet 2006, et moins d’une semaine plus tard, en plein démontage, les décors vénitiens prennent feu.

— La plaque en fibre de verre… elle a tenu, c’est bon ?

POST-PRODUCTION

Le regretté Chris Cornell est le premier homme a interpréter la musique du générique de Bond depuis Tuer n’est pas jouer, 6 films plus tôt.

Une nouvelle fois, c’est au cours de l’avant-première, qui a lieu à l’Odeon de Leicester Square, que Barbara Broccoli et son demi-frère Michael G. Wilson savent que le pari est gagné. Le film va remporter 600 millions de dollars ce qui surpasse le précédent, qui tenait jusque-là le record de gains de la franchise. D’une manière plus inattendue, le film va rapporter deux BAFTA (pour le son et la premier rôle féminin), et c’est aussi et surtout la première fois qu’un interprète de James Bond aura été nominé pour sa performance dans ce genre d’évènement.

Oui, j’aime Sony. Et alors ?

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(un feu rougeoyant au bout du cigare de son adversaire, qui s’apprête à perdre un 21ème main d’affilée au poker, en tentant désespérément de se refaire. Mais il essaie surtout de garder la face devant sa protégée, qui regarde maintenant celui qui mène la partie avec étonnement et peut-être une pointe d’envie)

Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont donc su jouer l’avenir de leur héros mythique sur un coup de poker complet, pendant lequel ils ont fait tapis, faisant en cela confiance aux nouvelles cartes qu’ils avaient obtenu. Pas plus que le nouvel acteur qu’ils avaient choisi, l’idée de coller au roman original de Fleming ne garantissait aucunement le succès de l’entreprise. Le premier risque était que ce roman, le premier de son auteur, établissait petit à petit ce que son héros allait devenir, le second pari étant de revenir aux origines de James Bond, ce qui n’avait jamais été tenté. Garder Judy Dench dans le rôle de M constituant un autre défi, déroutant le public par cette continuité illogique.

Rétrospectivement, ce retour à la source permet une remise en question salutaire, et relance la série sur quelques fondamentaux (cascades, gadgets) qui aurait pu l’asphyxier, quelque soit le nouveau visage qui avait été choisi pour incarner Bond. La caution Fleming valide sans surprise ce re-start, on peut regretter finalement qu’il ne soit pas retombé plus de romans originaux à exploiter dans l’escarcelle des producteurs (à l’exception de Skyfall, réussi malgré l’absence de livre à adapter). Privés de cette colonne vertébrale fondamentale, les scénaristes se sont en effet montrés assez oscillants entre inspiration et perdition, comme allait le montrer la très directe suite.

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