Cinéma Dossiers Les Archives James Bond

Les archives James Bond, dossier 22 : Quantum of Solace (2008)

22 janvier 2022 11 min read

author:

Les archives James Bond, dossier 22 : Quantum of Solace (2008)

( 11 minutes)

Un héros qui fait des Sienne

Quotient James Bondien: 5,25

(décomposé comme suit:)

BO: 6/10
Un travail propre et presque sans âme. On dirait que David Arnold ronronne sur cette 5ème bande originale, une b.o. qui se paye le luxe de ne rependre aucun thème classique de 007 (jusqu’au générique final) et qui galère un peu a réutiliser la trame mélodique de Jack White.

Titre générique: 5/10
Un titre pas désagréable, tout à fait dans le style de son auteur, mais assez éloigné des ambiances Bondiennes. Et au fond, ce titre est assez raccord avec le film, lui aussi plutôt distant des autres films de la franchise.

Séquence pré-générique: 3/10

On sent dès les premiers instants du film ce qui va cruellement être douloureux pendant la projection: des scènes d’actions découpées à la machette, des plans de moins d’une seconde montés à la mode de ce qui s’est fait de pire dans les années 2000. Comme tout ce qui va suivre par la suite en terme d’action, la scène de poursuite en voiture est une véritable pub pour le Doliprane. Illisible, hystérique, sans le moindre souffle ni ampleur. Un vrai gâchis pour le boulot des cascadeurs et techniciens, forcément eux toujours à la hauteur.

Générique: 6/10
L’équipe MK12, en charge du visuel de ce 22ème générique essaie de mixer tradition et avancées de Casino Royale, et sans être désagréable, on sent un résultat qui manque de direction assumée. Contrairement à son prédécesseur.

James Bond Girls: 6/10
Incroyable de sous-employer à ce point Gemma Arterton (n’était-elle là que pour rendre hommage à Goldfinger ?). Quand à Olga Kurylenko, elle campe son personnage avec une bonne volonté évidente, mais pour un rôle qui reste un peu anecdotique.

Méchant(s): 6/10

Largement (et un peu injustement) décriée, la performance de Mathieu Amalric vaut mieux que le souvenir qui en reste et sans doute mieux que le film lui-même. Il donne une réelle épaisseur au PDG visqueux d’une boite avec le vent en poupe qui n’aurait de vert que la façade. C’est sans doute l’écriture de son personnage qui le dessert. N’est pas Mads Mikkelsen qui veut, pour incarner en un clin d’œil -saignant- un psychopathe et transcender un personnage sur la papier assez fade.

Cascades: 5/10
Sans doute spectaculaires et aussi dangereuses que de coutume (la poursuite en voiture d’ouverture, celle de bateau, celle d’avion), mais quasiment impossible à déchiffrer à cause d’un directeur de seconde équipe et un monteur qui se sont révélés être de passables tâcherons.

Scénar: 6/10

Comme d’habitude de multiples fois remanié (et sans doute pas correctement jusqu’au bout pour cause de grève des scénaristes), on sent dans cette tentative une volonté de rester dans la veine du film précédent (contexte international plausible, enjeux ramassés, ennemis nébuleux et inquiétants) qui se heurte à deux écueils de taille: 1) les différents auteurs qui se sont attelés à la tâche n’ont pas le talent de Fleming et 2) à trop s’éloigner des standards de la franchise (chose réussie dans Casino Royale parce que précisément c’était Fleming) on finit par proposer quelques chose… d’autre.

Décors: 5/10

Même si l’interaction entre les lieux réels (Sienne, son musée et son Palio, l’observatoire Européen Austral) et studio Pinewood est superbement réalisée, ce sont les lieux mêmes qui, comme les personnages, ne parviennent pas à marquer l’imaginaire des spectateurs. Parce que pour pleinement être inoubliable, un lieu doit être investi d’une histoire forte (scénario) et de moments d’ampleur ou de grâce (réalisation). Rien de tout ça ici.

Mise en scène: 4/10
Les choix artistiques de la fameuse « deuxième équipe » dirigée par Simon Crane ne sont évidemment pas à imputer qu’à ce seul individu. Il s’agit forcément d’une décision collégiale dont Marc Forster ne peut être exclu. Ce qu’il fait en dehors de ces moments catastrophiques ne suffit malheureusement pas à rattraper la sauce.

Gadgets: 5/10
Rien d’autre qu’une connexion (la 18G, peut-être ?) hallucinante pour l’époque, à se mettre sous la dent. Ce qui ne serait pas gênant dans un bon film (comme le précédent) se transforme ici en un petit manque de supplément d’âme.

Interprétation: 6/10
Daniel Craig continue a donner de sa personne de manière étonnante, ses partenaires sont aussi à la hauteur, le tout manque bien entendu d’un souffle propre à élever toutes ces performances.

JAMES BOND ROUTINE:

– Drague: Du travail propre sans véritable exploit. Presque comme d’hab, James emballe sans coup férir celle qui lui sert (ici Gemma) et séduit la protagoniste principale sur la longueur, dans une relation confinant à la tendresse.
– Plus loin que le bisou ? Avec Strawberry Fields (coucou les Beatles), qui nous gratifie d’une exposition de dos des plus sémillantes.
– Bravoure: James se jette dans la chambre enflammée de Camille alors qu’il pourrait sauver sa peau au cœur d’un hôtel qui croule sous les explosions.
– Collègues présents: Pas de 00 ici.
– Scène de Casino ? Non. Une convalescence du film précédent, sans doute.
– My name is Bond, James Bond: Sacrilège: non.
– Shaken, not stirred: Nein.
– Séquence Q: No.
– Changement de personnel au MI6: Bill Tanner (Rory Kinnear) débarque ici et tiendra son rôle jusqu’à Mourir peut attendre.
– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Dominic Greene n’a jamais vraiment le dessus sur Bond ou le temps de lui expliquer son plan machiavélique. Les confrontations sont plutôt soudaines et immédiatement violentes.
– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Non.
– Nombre d’ennemis tués au cours du film: 16
– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? Toujours pas. Craig est avare de bons mots.
– Un millésime demandé ? Aucun.
– Compte à rebours ? Niet.
– Véhicules pilotés: Plusieurs voitures (dont l’Aston Martin DB8), une moto, un bateau à moteur, un avion, et une chute libre avec un parachute pour deux.
– Pays visités: Italie, Haïti, Autriche, Bolivie, Russie.
– Lieu du duel final: Un éco-hôtel (en vrai un observatoire).

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Nope ! Un dialogue avec M dans la neige, et une vue finale sur un bijou.

PRÉ-PRODUCTION

Wade et Purvis, les deux scénariste de Bond depuis Le Monde ne suffit pas, auraient vendu à Barbara Broccoli et Michael G. Wilson (leurs producteurs) l’idée d’un film en deux partie dès le début de l’adaptation de Casino Royale, tant ils trouvaient que le matériau du roman dont ils avaient enfin obtenus les droits était riche. Quantum of Solace est donc, dans l’esprit, la première suite de l’histoire des Bond.
L’idée de départ était de sortir juste un an après son prédécesseur et dès juillet 2006 (soit 4 mois avant même la sortie de Casino Royale) une première mouture du scénario est prête. Évidemment, elle est différente de ce qui sera finalement présenté au public deux ans plus tard.
Une tradition.

C’est au départ Roger Michell qui devait réaliser le film, entre autre parce qu’il avait travaillé avec Craig sur Enduring Love et The Mother. Mais après des mois de préparation, le réalisateur se retire, ne se sentant pas complètement en phase avec le projet (on imagine d’autre raisons plus impérieuse que ce simple « pas en phase »). Comme de coutume en pareil cas, c’est tout le projet qui est remanié à la suite de son départ, et Paul Haggis vient suppléer les deux scénaristes habituels, et dès ce stade, on commence à s’éloigner de l’idée de suite directe.

Barbara Broccoli avait gardé une souvenir marquant d’A l’ombre de la haine (ce qui l’avait déjà fait engager Halle Berry sur Meurs un autre jour) et elle décide d’embaucher Marc Forster sur le film. Ce dernier se souvient du plus grand regret d’Orson Welles, qui était de ne jamais avoir dirigé un gros film commercial au moins une fois. Pour le coup, et comme il le dira en cours de tournage, il aura ici l’impression de passer d’une épicerie de quartier à une multinationale.
La version remaniée par Haggis, en aout 2007 porte désormais le titre du repos des morts (« the sleep of the deads »). Dans un nouveau remaniement, en octobre, Vesper Lynd, qui devait réapparaître sous forme de flashback et/ou de fantôme venu hanter notre héros disparait, et Camille Montès entre en scène.

Foster, qui a relu un certain nombre de Fleming et revu les premiers films de la série a l’ambition de trouver un mélange entre hommage rétro et transgression high tech. Début Novembre, c’est la grande grève des scénaristes à Hollywood, et les modifications du scénarios ne se feront plus qu’à la marge, quand Foster fera appel de manière non officielle à Joshua Zetumer pour l’aider à modifier certains passages.

Le titre du James Bond 22 est annoncé trois semaines après le début du tournage, et est emprunté à une nouvelle peu connue de Fleming, consistant en une longue anecdote racontée à Bond pendant un séjour à la Jamaïque. Pouvant être traduite par « chaleur humaine » ou même « minimum de réconfort », il désigne ce que vous devez trouver a minima dans une relation humaine, sans quoi vous pouvez y mettre fin.

TOURNAGE

S’il débute comme d’habitude en janvier (tradition depuis GoldenEye), une scène a cependant été tournée quatre bons mois avant. Il s’agit du Palio, cette fameuse course de chevaux qui n’a a lieu qu’une fois par an à Sienne, au mois d’août. Les prises de vue générales ayant été faites à ce moment-là, ne restera plus qu’à filmer les gros plans dans la foule (et la poursuite de l’agent du MI6 renégat par Bond) avec un petit millier de figurants, au moment du tournage principal.

Sienne d’ailleurs, posera deux problèmes principaux. Il y a d’abord les poursuites sur les toits qui peinent la municipalité. Une partie des toitures sont multi-centenaires et les habitants voient d’un mauvais œil un projet cinématographique où une importante équipe lourdement harnachée va s’amuser à sauter de tuiles en tuiles au dessus de leurs têtes. Pour se faire accepter, la production va adopter trois mesures: un renforcement des passages empruntés, le déploiement d’un impressionnant réseau de câbles soutenu par 4 grues de 80 tonnes pour pouvoir faire intervenir les Go-Cam où on le souhaite (grues qui poseront elles-même quelques problème pour être mises en place) et enfin une partie de la poursuite sera filmée aux studios Pinewood. Même chose pour la scène du musée qui devrait à l’origine être tournée dans la cathédrale: face aux refus des autorités locales, tout sera finalement réinventé en studio, ce qui permettra plus de liberté dans le jeu d’échafaudages…

Si les moments d’actions du film continuent à aller vers un côté plus brutal et réaliste (quand on y comprend quelque chose), c’est aussi parce que Craig le réclame et insiste pour appuyer dans cette direction.
Détail amusant, la séquence de poursuite en avion avait à l’origine été storyboardée pour GoldenEye, avant d’être finalement abandonnée.

Sur les 22 semaines de tournage au total, près de 13 seront effectué en extérieur (Italie, Mexique et Bolivie essentiellement) ce qui représente le plus gros pourcentage de production hors studios de l’histoire de la saga à date.

Le Mexique posera lui aussi une série de problèmes inédits. Choisi pour sa proximité avec Los Angeles (et donc la possibilité d’approvisionnement d’accessoires et de décors), le pays connait des températures froides et pluvieuses et des douaniers tatillons (qui confisquent de fausses armes sans raison sérieuse). Toute la séquence Bolivienne sera tournée au Panama et au Chili. Au Panama, comme la population locale ne ressemble pas à celle de Bolivie, on fait venir la tribu des Emberà, qui, ne connaissant pas James Bond se montre assez emballée par cette ballade lucrative.
Au Chili, les surprises sont d’une autre nature: il y a d’abord ce maire d’un village Bolivien voisin qui interrompt le tournage parce qu’il ne comprend pas pourquoi la « vraie » Bolivie est ignorée. Ou encore les scientifiques de l’observatoire Européen Austral qui, travaillant la nuit, imposent de grosses restrictions quand à l’activité de la production pendant la journée (et là encore, une partie du boulot est effectuée à Pinewood).

Les scènes de poursuite ne manquent pas de difficultés à résoudre, comme d’habitude: celle des bateaux demande 4 semaines de tournage avec un énorme travail de stabilisation des caméras utilisant le concept « Ultimate Arm » (quand on voit le résultat, on est en droit de se demander pourquoi…). Et celle de voitures de la séquence pré-générique, pendant laquelle un cascadeur va être grièvement blessé, la voiture sans pilote qui s’encastre dans le camion heurtant de manière inattendue une des voitures poursuiveuses. Aris Comninos subit un grave traumatisme crânien mais s’en sortira finalement sans séquelles, au grand soulagement de la production.

Les acteurs ne sont pas en reste. Olga Kurylenko et Mathieu Amalric s’entraînent à jouer contact des flammes pour ne pas être dérangés par la proximité du feu pendant leurs scènes. Ce même Mathieu qui, quand il demande à Forster quel idée pourrait l’aider à entrer dans le rôle du méchant, notamment aux yeux des spectateurs (se raser la tête, avoir une cicatrice…) se voir répondre: « ne fais rien, ton regard suffira ».
Ce qui pourra être vu au choix comme un hommage à sa qualité d’acteur, ou au contraire une remarque désobligeante sur son physique…

POST-PRODUCTION

Foster appelle ses potes Del Toro et Cuaron pour faire des voix dans le film, pendant que David Arnold délivre une compo prête inhabituellement tôt, avant même que le tournage n’ait commencé. S’appuyant sur un script qui allait forcément être remanié, il avoue avoir essayé de se baser sur les sentiments des personnages plus que sur leurs actions dans le film.
Le travail numérique se concentre essentiellement sur l’intégration de plans dans les décors (scènes de l’avion, de l’hôtel dans le désert) de manière habile et assez invisible, parfaitement inséré dans l’esprit Bondien.

Toujours présentée au cinéma Odeon devant la famille royale, l’avant-première rassure curieusement les créateurs de Quantum of Solace, et le film, capitalisant sans doute sur le succès critique et public du film précédent, réalise un nouveau record de recettes (près de 600 millions de dollars) pour la série.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(Un feu de camp qui rougeoie sur le versant nord escarpé de cette chaine de montagne de la cordillère, depuis qu’il s’y est posé en parachute accompagné de cette espionne coréenne, à la fin d’une course poursuite terrifiante en montgolfière, alors qu’ils tentaient tous les deux d’échapper aux griffes de la monstrueuse organisation farfaday)

Quantum of Solace est un film d’action parfois intéressant, mais n’est pas vraiment un James Bond. Et c’est entre autre pour cela (mais pas uniquement) qu’il a tant déplu au fans de la série. Il emprunte très peu à la geste bondienne (comme on peut s’en apercevoir dans la rubrique routines) et si la prise de risque ou le pas de côté sont souvent nécessaires pour ne pas s’ankyloser, trop se détacher des fondamentaux est tout aussi risqué. On suit donc un espion en mode vengeance dans une enquête assez nébuleuse qui continue à poser autant de questions qu’il ne propose de réponse.
Le portrait du méchant est intéressant et s’éloigne (un peu) des mégalomanes à la toute puissance technologique voulant mettre fin au monde de manière flamboyante, puisque ses buts, se croisant avec ceux de l’organisation mystérieuse à laquelle il appartient (Quantum ? Spectre ? le film n’en dit finalement rien) ne vise qu’à mettre la main sur les réserves d’eau d’un pays pour en garder le contrôle financier et politique. Assez réaliste, Dominic Greene incarne un capitaine d’entreprise comme on peut en croiser dans le monde moderne, se camouflant sous un green-washing toujours plausible 15 ans après l’écriture du film (en ce sens, ce bad-guy peut se ranger aux côté d’Elliot Carver, de Demain ne meurt jamais).

Mais cette tentative de suite est ratée en ce sens qu’elle se détache de l’esprit de Fleming en s’éloignant non seulement des fondamentaux de la série mais aussi de ceux de l’univers d’espionnage. Il est d’ailleurs étonnant de voir que Bond, jusqu’à un certain point, continue à disposer d’une certaine autonomie financière même quand le MI6 lui coupe les crédits. Il va certes retrouver René Mathis pour l’aider mais il ne semble pas aux abois avant de le faire.
C’est aussi en partie raté dans la mesure où on ne comprend pas quelle est l’organisation à laquelle se frotte les services secrets anglais, et encore moins ce qui a poussé Vesper Lynd à trahir Bond dans le film précédent. Même la rapide tentative de raccrocher les wagons dans la scène finale russe ne nous explique rien de plus. Bond et M ont l’air de comprendre un certain nombre de choses, pas nous.

Le film est enfin et surtout complètement massacré, on l’a dit, par son style dans les moments d’action. On passera sur le fait que notre héros est incapable de faire parler les ennemis qu’il poursuit pour tous les tuer systématiquement (la légitime défense étant loin d’être à chaque fois nécessaire), c’est avant tout l’aspect illisible de l’action qui rend le film relativement insupportable à suivre. Un découpage hystérique qui, se voulant moderne, date énormément le film, l’inscrivant dans la lignée des films comportant les pires tics de réalisation des années 2000.

Un épisode qui, sans être honteux, peut être qualifié de partiellement raté, et dont on espérait à l’époque qu’il serait l’anomalie de l’époque Daniel Craig.

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.