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Les archives James Bond, dossier 11: Moonraker (1979)

9 avril 2022 15 min read

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Les archives James Bond, dossier 11: Moonraker (1979)

( 15 minutes)

The dark of the Moonraker

Quotient James Bondien: 5,83
(décomposé comme suit:)

BO: 8/10

Depuis l’arrivée de Roger Moore, John Barry est au service (secret) de la production une fois sur deux. Contrairement à sa paresseuse prestation de L’homme au pistolet d’Or, c’est cette fois un retour gagnant avec une magnifique partition. Certes bien moins spectaculaire que lors de ses moments de bravoure continuels que l’on a connu de Bons baisers de Russie jusqu’à l’apothéose Au service secret de sa Majesté, mais cela n’en reste pas moins superbe. Il profite des nombreuses séquences spatiales, plus calmes et aériennes, pour déployer deux ou trois thèmes aussi envoûtants que finalement assez discrets. Une B.O. minimaliste et superbe.

Titre générique: 6/10
Le niveau d’ensemble de la bande son du film ne se retrouve pas complètement dans son single, qui souffre peut-être de la troisième participation de Shirley Bassey, en lui donnant un côté redondant, souffrant de comparaison avec ses prestations précédentes. Au départ, Barry l’avait conçu pour Johnny Mathis, crooner en vogue dans ces années 70. Mais le titre selon lui ne fonctionne pas avec Johnny, et Barry, en pleine réflexion sur le sujet, croise un soir Shirley dans un restaurant. Elle lui susurre quelques notes de Goldfinger, et il lui sourit en lui disant: « la réponse à mes problèmes ! ».

Séquence pré-générique: 5/10

Pour cette séquence comme pour beaucoup d’autres, on sent que l’équipe du film s’est demandé comment faire suite à L’espion qui m’aimait, en mode bigger, better, greater. Bond sautait en parachute dans l’épisode précédent ? Et bien faisons-le sauter cette fois sans parachute ! Mais la scène montre immédiatement toutes les limites de ce genre de procédé, et offre un aperçu programmatique de la suite: le film sera rocambolesque sans soucis de plausibilité (que fait Jaws dans cet avion ? Pourquoi tous ces gens lui en veulent-ils ?) et cartoonesque (Jaws est immortel, voyez comme il tombe sur ce cirque, ha ha !). Rocambolesque et cartoonesque ? Des mots qui riment avec grotesque.

Générique: 4/10
Maurice Binder semblait avoir retrouvé son mojo avec L’espion qui m’aimait, mais retombe ici dans des travers paresseux. De simples silhouettes dénudés sur des aplats colorés agrémentés ça et là d’objets randoms (comme une boule à facette) et Maurice pense que cette fois encore le tour est joué. On est assez loin du compte.

James Bond Girls: 6/10
Lois Chiles, qui avait décliné une proposition de rôle pour le film précédent, doit sa présence au hasard de s’être assise à côté de Lewis Guilbert dans un avion. Et si son rôle d’agente de la CIA est plutôt agréable (elle est notamment bien plus convaincante qu’Amasova en femme d’action), elle peine à rester dans les mémoires à cause, peut-être, d’un petit manque de personnalité.

Méchant(s): 7/10

Entre un Jaws qui vire Looney Tunes et un Chang aussi caricatural que quasi-inutile, il ne restait pas beaucoup de place pour un méchant méritant un satisfecit. Mais Michael Lonsdale livre une performance mémorable et minérale, toute en retenue et en froide maitrise. A l’image de ses chiens, qui attendent un claquement de doigt pour se jeter sur leurs proies.

Cascades: 6/10
Le saut en parachute initial aura demandé 5 semaines de tournage et plus de 80 sauts (on rappelle aux plus jeunes générations que la GoPro ou autres caméras miniatures n’existaient pas à telle époque) mais aussi l’invention de parachutes miniatures capables d’être dissimulés sous les vêtements des cascadeurs. Et mise à part ce premier moment, qui n’a plus tout à fait l’impact qu’il a pu avoir à sa sortie, le reste est assez incolore. Même la petite chorégraphie de Dickie Grydon, sur le téléphérique, accroché par un filin très fin n’est pas de nature à marquer les esprits.

Scénar: 4/10

Le script souffre du syndrome « refaisons le succès précédent en version XXL », et propulse le film dans la catégorie des épisodes qui sont allé trop loin dans tous les domaines, dont celui du ridicule. Tous les curseurs sont dans le rouge et ce sont malheureusement les incohérences gigantesques, les moments de grand n’importe quoi qui dominent. Une enquête en mode « un indice-un pays-une solution » qui ne se donne pas la peine de prendre ses spectateurs au sérieux (exemple: une orchidée? Elle pousse au milieu du Brésil. Je prends un bateau et tombe sur le repaire du méchant…).

Les tentatives désespérées de reprendre plan par plan certaines scènes de Star Wars ne font pas plus illusion.

Décors: 7/10

Ken Adam fait comme d’habitude des miracles (la base de Drax dans la jungle, la station spatiale…) et c’est presque un arrache-cœur que de dire qu’il a fait de tels miracles dans les films précédents que cette fois ça passe presque sous les radars. Comme la station pendant une partie du film, en fait.

Mise en scène: 6/10
Si le film propose quelques jolis moments, il est aussi beaucoup parasité par une dernière demi-heure toute en effets spéciaux et de nombreux moments qui ne cherchent que la farce échevelée au détriment de tout autre qualité. On sent qu’il est temps que Lewis passe la main à son réalisateur de la deuxième équipe (et également monteur) John Glen.

Gadgets: 5/10
Du vu et revu (une montre à tout faire, un ouvre-coffre déguisé en étui à cigarettes, et un bracelet tire-fléchettes sans grand génie), on sent que tout l’aspect technologique a été dévolu au volet spatial. Et à l’instar des pistolets laser sortis de nulle part, on ne peut pas estimer que ce soit la meilleure facette du film.

Interprétation: 6/10
Une nouvelle copie convenable et sans génie de l’ensemble de la distribution, tout le monde ne pouvant se hisser à la hauteur d’un Lonsdale qui s’amuse manifestement à incarner un misanthrope froid et sadique. Peut-être est-ce tout simplement parce que c’est le seul rôle bien écrit.

JAMES BOND ROUTINE:

– Drague: Programme copieux dans cet épisode, puisqu’après la blonde qui tend un piège dans la scène pré-générique, James emballe Corinne Dufour, Manuella et évidemment Sacrée Bonnepipe… pardon, Holly Goodhead.

– Plus loin que le bisou ? Les trois dernières citées, tout de même.


– Bravoure: Rien de particulier ici, si ce n’est sauter dans une navette spatiale (qui n’a même pas l’idée de porter le chiffre 7) sans savoir la piloter. Mais pas de problème, elles ont en mode automatique.

– Collègues présents: Aucun.

– Scène de Casino ? Pas plus.

– My name is Bond, James Bond: Au docteur Goodhead.

– Shaken, not stirred: Cité par Manuella, le contact local du MI6, dans la chambre de Rio.

– Séquence Q: Deux apparitions Q, au brief initial et dans le monastère brésilien où le MI6 procède tout naturellement à des expérimentations (normal).

– Changement de personnel au MI6: Non, et c’est la dernière fois que le trio M/Q/Moneypenny est réuni. C’était en effet la dernière de Bernard Lee qui meurt pendant le tournage du chapitre 12.

– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Les occasions sont comme d’habitude multiples: dans la centrifugeuse, pendant la partie de chasse avec un tireur embusqué un peu attentiste, pendant la course poursuite dans Venise ou sur la rivière brésilienne, avec le serpent dans la base de Drax ou sous les propulseurs de Moonraker 6.

– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Non, Drax n’est pas de ce genre-là, même si on comprend bien que Jaws n’avait pas réellement une grande chance de faire carrière à ses côtés.

– Nombre d’ennemis tués par Bond au cours du film:12, score honorable mais qui ne fait pas partie des sommets du genre.

– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? « Play it again Sam »

– Un millésime demandé ? On boit du Bollinger 69 dans cet épisode. Une référence grivoise ? Pensez-donc…

– Compte à rebours ? Non. Mais trois globes ont eu le temps de partir vers la terre, d’où un certain sentiment d’urgence à agir tout de même.

– Véhicules pilotés: Un avion, un hélicoptère, un bateau et un deltaplane.

– Pays visités: États-Unis (Californie), Italie (Venise) et Brésil (Rio et sa campagne…)

– Lieu du duel final: La base spatiale de Drax

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Non, on reste dans une capsule spatiale, parce que l’apesanteur, voyez…

PRE-PRODUCTION

La suite prévue, telle qu’annoncée dès le générique de fin de L’espion qui m’aimait était Rien que pour vos yeux, à tel point qu’on négocie le nouveau contrat de Roger Moore pour ce titre. Car en effet l’acteur anglais n’avait signé que pour une série initiale de trois films. Désormais, il faut renégocier à chaque épisode, sans que les choses ne semblent trop tendues.

Le budget est également d’abord prévu pour un film se nommant Rien que pour vos yeux, car les extérieurs repérés (Venise, Rio) ne tiennent pas compte d’une quelconque adaptation des romans de Fleming : Albert R. Broccoli et son beau-fils Michael G. Wilson n’ont pas particulièrement envie de coller aux matériaux de base, qui paraissent de plus en plus datés. Il faut dire aussi que le succès du dixième film, qui s’était totalement affranchis de la tutelle de Fleming (à part dans l’utilisation du titre) donnent des ailes aux producteurs en termes d’émancipation.
C’est ainsi qu’un premier budget prévisionnel se voit négocié (William Cartlidge, producteur associé part sur une base –encore jamais vue pour un Bond- de 20 millions de dollars, amputé par Broccoli de 2 millions et encore abaissée de 2 millions supplémentaires par United Artists) sans qu’une ligne de script n’ait été encore écrite !

Un tremblement de terre cinématographique nommé Star Wars secoue la planète Hollywoodienne, et évidemment oblige la production à revoir tous ses plans. Par chance, Moonraker (qui de l’avis de la plupart des lecteurs de Fleming fait partie des meilleurs de ses écrits) n’a pas encore été choisi pour être mis en image. Bond doit aller se confronter au blockbuster d’un nouveau genre et surtout aller découvrir les frontières nouvelles de la science-fiction (même si Cubby Broccoli a voulu nous faire croire qu’il s’agissait plutôt d’une recherche de science des faits).

Gerry Anderson (de Thunderbirds) et son scénariste Tony Barwick proposent un premier traitement qui colle de trop près au roman, jugé dépassé par Broccoli et Wilson (le méchant veut simplement détruire Londres avec une fusée de sa conception). Michael G. Wilson veut faire quelque chose de « plus grand et plus fort » que ce qui a été fait jusque-là (ce qui va sans doute entraîner les dérives que l’on va voir), et rencontre personnellement plusieurs membres de la NASA pour en savoir plus sur la navette spatiale Columbia qui est en cours de conception. Une course-poursuite s’engage d’ailleurs entre les deux entités pour savoir qui sortira sa navette avant l’autre. Sans grande surprise, Bond l’emporte sur la NASA, le film sortant en juin 1979, quand Columbia effectuera son premier vol le 12 avril 1981. C’est d’ailleurs Derek Maddings, le génial maquettiste associé de longue date de l’Anderson dont nous parlions plus haut, qui confectionne la maquette des navettes.

Tom Mankiewicz (qui avait travaillé sur les Bond 7, 8 et 9) collabore avec le réalisateur Lewis Guilbert sur une nouvelle version du scénario, mais le script (dans lequel apparaissent l’Himalaya et la tour Eiffel) est jugée trop éloigné des attentes des producteurs, et c’est finalement Christopher Wood, co-auteur de L’espion qui m’aimait qui propose la version finale. Compte-tenu des derniers développements, le budget a entretemps doublé, en passant à 32 millions. Pour donner une idée de l’évolution des chiffres dans ce domaine, le simple budget téléphone de Moonraker représente celui du film entier Docteur No !

Pour les effets spéciaux, la production pense s’adresser à une toute jeune compagnie qui vient de faire ses preuves, nommée ILM, mais cette dernière demande 2% des bénéfices comme mode de rétribution, ce qui coupe court à toute négociation, Cubby Broccoli se tournant immédiatement vers sa propre équipe en leur demandant : « bien, comment allons-nous nous débrouiller ? »
Pendant que le département effets spéciaux commence à s’atteler à la tâche, le producteur exécutif Cartlidge se penche de plus près sur l’autre source de dépenses folles du projet : son directeur artistique légendaire, qui travaille là sur son septième et dernier Bond. Car comme le dit Cartlidge : « il n’y a rien de plus cher au monde que Ken Adam à qui on a remis du papier et un fusain » .

TOURNAGE

Pour des raisons fiscales (la Grande-Bretagne changeant drastiquement son taux d’imposition), United Artists trouve un accord avec sa filiale française, et l’essentiel du travail en studio se fera cette fois loin de Pinewood. On réquisitionne donc les studios de Boulogne, Billancourt et Epernay. Les premières négociations avec les syndicats locaux sont tendues (les conditions de travail sur un tournage James Bond ont mauvaise réputation jusqu’en France) mais les choses se passeront finalement au mieux, la plupart des employés venant le dimanche en famille sur le plateau pour faire découvrir le fruit de leur participation et la source de leur fierté. Pour ces mêmes raisons de co-production, des extérieurs (le Château de Vaux-Le-Vicomte) et des acteurs locaux sont choisis (Michael Lonsdale, Corrine Clery).
Tout se fera dans une certaine démesure, puisque même la centrifugeuse, visible dans une seule scène, sera construite en taille réelle et presque fonctionnelle (seule la vitesse sera accélérée au montage). Les effets de la vitesse sur le visage de Moore sont matérialisés par des ventilateurs, ce qui occasionne un petit rhume pour l’acteur.

Le gros du tournage se répartit entre trois pays, l’Italie, le Brésil et la France, et il commence le 11 août 1978.

Chaque production comporte son étape pénible qui accumule les galères, et après la Thaïlande de l’épisode 9 et l’Egypte du 10, c’est cette fois Venise qui devient la destination à problème. Le mauvais temps, associé à des problèmes d’inondations compliquent rapidement les choses pour l’équipe, dont une barge transportant l’essentiel du matériel de tournage coule. Ce sont ensuite les milliers de touristes qu’il est impossible de canaliser lors du tournage des scènes de la place Saint-Marc (au point que Roger Moore devra manœuvrer une très inconfortable « Bondole » de 25 mètres de long sans beaucoup d’assurance, au milieu d’une foule très curieuse). Une Bondole munie d’un klaxon pour l’occasion, et qui tombe souvent en panne.
L’anecdote la plus marquante sur place concerne un déclenchement intempestif de cloches qui sonnent pendant une bonne partie d’une matinée de prise de vue, ce qui fait sortir Lewis Guilbert de ses gonds. Il se calmera néanmoins quand on lui explique la raison de ces sonneries ininterrompues. Après 33 jours de pontificat, Jean-Paul 1er vient de mourir…

Notons que –et c’est là aussi une tradition- l’actrice Lois Chile a été choisie moins de trois semaines avant le début du tournage. Elle avait décliné une proposition de rôle pour le film précédent, mais elle doit son apparition dans ce film au fait de s’être assise à côté de Guilbert dans un avion à la fin de la phase de pré-production. Un hasard qu’elle a pris pour un signe du destin. Pour faire passer le nom de son personnage (Holly Goodhead, littéralement Sacré Bonnepipe) auprès de ses parents, elle leur explique que Goodhead (qui peut aussi être traduit par «bonne tête») est synonyme de personnage intelligent.

L’étape brésilienne est à peine plus reposante. Roger Moore est victime d’un calcul rénal peu avant de décoller pour l’Amérique du sud, ce qui le fera arriver avec quelques jours de retard. Du coup, on filme son Concorde (l’avion supersonique qui a réellement existé en cette fin de 20ème siècle) en train de se poser, on maquille l’acteur et on l’habille avant de le faire redescendre de l’avion, pour rattraper un peu le retard, et faire d’une pierre deux coups.
L’équipe rencontre aussi dès son arrivée un problème lié aux taxes locales, et plus précisément les taxes d’importations. Les bateaux utilisés pour le tournage sont passibles d’une taxe de 400% (de leur prix d’achat) s’ils sont appelés à retourner dans leur pays d’origine. Pour contourner le problème, la production trouve l’astuce stupide mais nécessaire de détruire sa flotte avant de repartir. L’absurdité et le gaspillage ne sont malheureusement pas une invention des années 2020.

Dickie Grydon accepte dans un premier temps de réaliser ses cascades sur la cabine de téléphérique sans attache. Après quelques réflexions, il accepte finalement un filin presque invisible qui finira par lui sauver la vie, lorsqu’il glisse vers l’abîme. Notons au passage que les quelques superbes moments d’acrobaties de cette scène seront complètement annihilés par les inserts grossiers des gros plans des acteurs en studio.
Deux dernières péripéties émaillent les scènes tournées dans les chutes d’Iguaçu. Il y a d’abord ce bateau qui reste coincé dans les rochers et qui refuse obstinément de plonger en bas de la chute d’eau, comme une gravité élémentaire et le sens du devoir cinématographique l’aurait voulu. Et ce pilote de deltaplane qui n’arrive à se décider à entreprendre son vol, son spot d’atterrissage, entre Brésil et Argentine étant peu sécurisé. Il décide de résoudre ce genre de considérations logistique en finissant son trajet dans un arbre bien brésilien, miraculeusement indemne.

Pendant ce temps-là, du côté de Boulogne et de Billancourt, on s’amuse comme des petits fous, suspendus par des câbles pour simuler l’apesanteur, à l’ancienne. Lois Chile apprécie beaucoup ces moments en suspension.

A Epernay, les décors de l’intérieur de la station prennent feu et il faudra 6 camions de pompiers et une nuit de dur labeur pour venir à bout des flammes. Ce qui ne va pas contribuer à respecter le planning.

C’est donc tout naturellement avec quatre semaines de retard que le tournage se termine, le 26 février 1979.

POST-PRODUCTION

ILM ayant été poliment éconduit, Cubby Broccoli décide donc de réaliser les effets spéciaux en interne. N’ayant le temps ni d’investir dans de nouveaux et couteux procédés ni d’embaucher des pointures dans ce domaine très spécialisé (et donc de partir sur le terrain de Star Wars), l’option choisie est de faire les choses à l’ancienne, mais avec application et amour. La technique de re-shooting (ou surimpression) est donc employée. On filme un élément, on rembobine la pellicule et on ajoute un élément supplémentaire, etc… pour aller jusqu’à passer parfois jusqu’à 96 passages de bandes dans la caméra, ce qui occasionne énormément de stress et d’attente. Ce long et méticuleux travail va prendre plus de 10 mois, dans les studios Pinewood, utilisés pour ce seul aspect de la production.
Dès août 78, les séquences spatiales commencent à être travaillées, et produiront quelques superbes plans, ce qui vaudra à l’équipe des effets spéciaux d’être nominés aux Oscars dans leur catégorie, que remportera finalement un autre réalisateur anglais, nommé Ridley Scott, pour un type d’aventure spatiale légèrement différent.
Terminons sur un dernier funfact sur les effets spéciaux: quand on réalise qu’il n’y a pas de flammes dans l’espace, on décide de tirer à la carabine sur la station pour simuler l’explosion interne de l’édifice, filmé en 120 images secondes. Le résultat est efficace.

Quand Steven Spielberg est sollicité pour donner son accord pour l’utilisation des notes de Rencontre du troisième type pour la sonnette du musée Vénitien qui abrite l’usine clandestine de Drax, ce dernier s’empresse d’accepter, tout en réitérant son appel du pied envers Cubby Broccoli : le sent-il enfin prêt à diriger un Bond ? Le producteur lui répond qu’il va y réfléchir mais ne le rappellera jamais. Il se dit que Brocoli en aurait rêvé, mais aurait renoncé à ce projet en connaissant les conditions financières désormais imposées par le réalisateur américain.

Le coût final se bouclera à 33 millions de dollars, ce qui est un record absolu pour la franchise (33 fois plus que le premier épisode, donc) mais est très rapidement amorti. Avec 210 millions de recettes dans le monde, le film devient le plus rentable à date, battant de nouveaux records.

Clin d’œil n°1 : L’acteur américain John Payne avait le premier acheté les droits (1000$) du roman de Fleming en 1955, et comptait en produire une adaptation avec Maureen O’Hara. Mais aucun financier n’avait voulu le suivre dans cette folie, James Bond étant un inconnu absolu à l’époque aux États-Unis.

Clin d’œil n°2 : L’acrostar d’Octopussy (le petit avion de voltige) devait à l’origine être utilisé pour Moonraker mais n’est pas apparu pour des raisons techniques. Comme pour la tour Eiffel, l’idée sera donc recyclée plus tard.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS

(Un feu d’un canon de scène, alors qu’il est en train de traverser celle d’un groupe de K-Pop qui se produit devant une foule avide et hurlante dans une grande salle Mexicaine, foule dans laquelle il va plonger pour tenter d’échapper aux tueurs tchétchènes, en mission pour tenter d’enlever la fille d’un haut dignitaire de l’ONU, que lui-même doit tenter d’exfiltrer et secourir)

Moonraker fait indubitablement partie de ces épisodes « un pont trop loin », qui ont crevé le plafond de verre du too-much (catégorie dont font partie Les diamants sont éternels, Demain ne meurt jamais et dans une moindre mesure On ne vit que deux fois) qui obligeront les producteurs après coup à revenir à certains basiques et surtout à retrouver une forme de crédibilité toute relative (et à ce titre, on peut donc mécaniquement évoquer pour cette autre catégorie : Au service secret de sa Majesté, Vivre et Laisser mourir, Rien que pour yeux et Casino royale.)

Le chemin qui mène à ce trop-plein est presque à chaque fois le même. La volonté de concurrencer les sensations du moment dans le domaine du film d’action (ou dans celui du blockbuster) qui pourraient faire une trop grosse ombre à la franchise. C’est cette fois Star Wars qui frappe un coup qu’on aurait pu craindre comme fatal, même si le registre est fondamentalement différent.
Parce qu’indépendamment du seul créneau de l’actionner, Cubby Broccoli et ses associés (Saltzman d’abord, puis Michael G. Wilson, et avant l’arrivée de sa fille Barbara) ont toujours la crainte de la ringardisation de son personnage, seule vraie menace qui pèse sur la saga.

Le résultat de ces poussées de fièvres est donc tout en ambivalence: si ce sont aujourd’hui ce genre d’épisodes qui ont le plus de mal à affronter le jugement des années, ce sont aussi ceux qui ont fait en leur temps les plus gros cartons au box-office, assurant la pérennité de la série dans l’imaginaire collectif.
Moonraker ne fait exception à la règle. L’envie de lancer Bond dans les étoiles, la soif de le mettre dans les situations les plus spectaculaires aux quatre coins du globe pousse producteurs et scénaristes a complètement négliger un aspect pourtant essentiel à une partie des fans de Bond: un scénario qui tient au minimum la route et des personnages qui pourraient avoir une chance d’exister.
En cela, un Bond « raté » est le parfait précurseur du blockbuster moderne, annonçant les catastrophes industrielles des années 2000 et 2010.
C’est d’autant plus dommage que plusieurs éléments du film nous font dire qu’il aurait pu être artistiquement bien meilleur, s’il avait été seulement voulu comme tel. Michael Lonsdale compose un Drax minéral quasi parfait dont la froideur permettait un affrontement d’une autre tenue dans un contexte plus sérieux. Deux ou trois scènes présentent un potentiel horrifique réel (Corinne Dufour pourchassée dans la forêt, l’arrivée de Jaws camouflé en clown géant dans une ruelle sombre de Rio), quand d’autres ne sont pas loin d’être de grands moments de la saga (la centrifugeuse, le combat sur les cabines de téléphérique -sans les inserts studios-).

Cette volonté de pousser trop loin tous les curseurs se retrouve enfin dans les moments de comédie qui sont les plus gênants du film. A ce titre, rien ne sera plus emblématique que la « Bondole » qui traverse la place Saint-Marc, une idée stupide soulignée 5 ou 6 fois par les réactions bouffonesques des locaux, jusqu’à la cerise sur le gâteau du pigeon en avant-arrière. Et quand on dit que peu d’efforts ont été faits sur le scénario, c’est un doux euphémisme, l’enquête étant réduite à un niveau de personnage de bibliothèque rose.

Une grande B.O., quelques bonnes scènes, un méchant emblématique seront donc les choses à porter au crédit de cet épisode décevant, avant de relancer (doucement) la série sur des bases un peu plus saines.

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