Cinéma Les Archives James Bond

Les Archives James Bond, dossier 17: Goldeneye (1995)

9 janvier 2022 9 min read

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Les Archives James Bond, dossier 17: Goldeneye (1995)

( 9 minutes)

Arrete ton char, Bad-Ass !

Quotient James Bondien: 6,83
(décomposé comme suit:)

BO: 3/10.
Du Eric Serra pur jus, à grands coups de percussions sur des tuyaux résonnants et réadaptations des thèmes connus archi-peu inspirées. Relancer une franchise avec ce compositeur, fallait oser. Même en 95. Surtout en 95.

Titre générique: 8/10.
Bono et The Edge au service de Tina, ça fonctionne super bien, et on peut parler d’une des plus grandes chansons Bondienne. Amen.

Sequence pré-générique: 8/10
Deux moments inoubliables. Le méchant qui, bigre, nous ne le savons pas encore, est déjà présent. Miam, wouaf !

Générique: 6/10
Ni follement original original ni complètement navrant, il fait le job avec application.

James Bond Girls: 7/10
Izabella Scorupco (gentille), Famke Janssen (méchante) et Serena Gordon (inutile) forment un trio assez consistant, dans la mesure où aucune des deux principales protagonistes ne jouent un rôle de pot de fleur, et challengent JB dans son rôle de « dinosaure sexiste et machiste » (M dixit).

Méchant(s): 7/10.
Sean Bean est assez crédible et solide, ses buts et motivations sont presque plausibles, et il ne tourne pas 50 fois autour du pot. Juste débile quand il s’agit d’éliminer Bond. Mais enfin, ce sont de vieux copains, quoi. Pas de grands discours final. Gottfried John est un sidekick moyen+. Un duo qui manque juste un poil de charisme, sans doute.

Cascades: 9/10.
Surement deux des plus iconiques tours de forces de la franchise en un seul pré-générique. Le saut devant le barrage, et le base-jump depuis un moto pour rejoindre un avion en chute libre. Dommage que cette dernière ne soit pas allée jusqu’au bout en une prise (voir plus bas).

Scénar: 7/10.
Une certaine sobriété, les gigantesques habituelles incohérences plutôt en sourdine (ce qui veut dire qu’il en reste quand même pas mal), donnant presque l’impression de revenir à une ambiance d’espionnage plus « classique ».

Décors: 6/10.
La base finale est assez sobre, les faux extérieurs de Saint Petersbourg (montés à l’arrache en 4 semaines) font le job. Propre.

Mise en scène: 7/10:
Assez punchy mais souffrant de quelques défaut dus à son époque (travellings inutiles pour simuler la rapidité et l’action), Campbell se révèle plutôt étonnant sur la direction d’acteurs et efficace dans les moments calmes. Bonne gestion des combats Bondiens, traités d’une manière sèche et sans fioriture.

Gadgets: 7/10:
C’est encore une fois plutôt sobre et assez éloignés des délires de l’époque Moorienne. La gestion finale du stylo est un des seuls moments assez malencontreux du métrage.

Interprétation: 7/10:
Pierce endosse le costume avec une certaine classe, et le film propose quelques cadrages iconiques de la franchise. Le dosage entre humour (léger) et fighterie (directe) est plutôt réussi.

JAMES BOND ROUTINE:


– Drague: une inspectrice dans l’Austin, une affection grandissante avec Natalya qui pourrait presque tourner à la romance véritable. Et une scène torride avec Xenia, mais que cette dernière a provoqué. Level acceptable, pas d’exploit particulier. Ah, et MonneyPenny qui résiste, comme d’habitude.
– Plus loin que le bisou ? Pas à l’écran en tout cas.
– Bravoure: Le saut en moto pour rejoindre l’avion en chute lire reste Ze big moment du film. Mémorable.
– Collègues présents: 006.
– Scène de Casino ? Yep.
– My name is Bond, James Bond: check.
– Shaken, not stirred: Yes, sir !
– Séquence Q: un poil inutile et gaguesque, se terminant sur un poignant « ne touchez pas à ça, c’est mon déjeuner ! »
– Changement de personnel au MI6: Pierce Brosnan (James Bond), Judie Dench (M) et Samantha Bond (Moneypenny) embarquent ici.
– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: 3 fois quand même ! (dans un hélico programmé pour s’auto-tirer dessus, dans un train au compartiment hermétiquement fermé avec compte à rebours qui va bien, et dans la base finale, où une balle seule aurait suffit).
Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Oui !
– Nombre d’ennemis tués par James au cours du film: 33
– Punchline drôlatique après avoir éliminé un adversaire ?
« elle a toujours aimé s’éclater ! »
– Un millésime particulier demandé ?
Pas cette fois
– Compte à rebours final ? Deux dans le film, mais le dernier est désactivé finalement assez tôt
– Véhicules pilotés: moto, avion, hélico, bateau, char, voiture.
– Pays visités: Monaco, Sibérie, Cuba (porto Rico)
– Lieu du duel final: antenne satellite géante à Cuba.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Pas cette fois, des hélicoptères de la CIA embarquant nos jeunes tourtereaux vers de nouvelles aventures.

PRÉ-PRODUCTION

Si l’écart de 6 ans qui sépare Goldeneye de son prédécesseur est le plus long écart entre deux James Bond à date, ce n’est pas forcément pour la raison qu’on pourrait imaginer (le changement d’acteur, une recherche de nouveau souffle au début des années 90) mais pour des histoires de studio. La MGM ayant été racheté (énième épisode d’une longue série), les nouveaux propriétaires passent un long moment à négocier les droits de la franchise pour la télé et la vidéo.

Néanmoins, le chantier Goldeneye est initié dès 90, alors que le feu vert officiel sera donné deux ans plus tard. La première mouture du scénario est signée Michael France qui, avant d’exercer son métier scénariste, était le rédacteur d’un célèbre fanzine Bondien (Mr. Kiss Kiss Bang Bang). Notons qu’il est né à Saint Petersbourg… en Floride, ce qui lui donna peut-être envie de choisir sa ville homonyme russe. Cette première version sera notamment revue en raison de coup d’exploitation, trop important: elle prévoyait une scène d’action spectaculaire (estimée à près de 20 millions d’euros pièce) toutes les 10 minutes !

Fun fact, les studios Pinewood sont indisponibles pour la date de tournage prévue, en raison, entre autre, de la production d’un film avec… Sean Connery (Lancelot, de superbe mémoire). Quand la production est lancée, Timothy Dalton est toujours l’acteur en titre, mais les années passées depuis le dernier tournage lui avaient laissé le temps de gouter à sa notoriété nouvelle sur divers plateaux, et la perspective de donner 2 ans de sa vie à cette nouvelle aventure lui semble un effort trop important et peut-être inutile, maintenant qu’il est régulièrement sollicité par son agent. La suite lui prouvera qu’une carrière est souvent faite de choix judicieux faits aux bons moments.

Lorsque Micheal G. Wilson et Barbara Broccoli (qui remplace définitivement son père au cours de ce tournage, quand ce dernier subit une triple pontage) se mettent en quête d’un nouvel interprète de l’espion le plus célèbre de la planète, Pierce Brosnan ne postule même pas, persuadé que son opportunité ratée en 86 était définitive (on se souvient que cet échec était venu de sa prolongation pour Remington Steele, intervenue juste avant que les producteurs de James Bond le choisisse.). Pourtant, c’est bien vers lui que se tournent finalement Wilson et Broccoli, trouvant l’acteur à l’âge parfait et en pleine possession de ses moyens.

C’est cependant bien à cause de Brosnan que le tournage sera reporté de quatre semaines. D’abord pour un problème de dos, avant de se blesser au doigt en glissant dans sa baignoire, le matin de son tout premier jour de tournage, en se rattrapant sur un porte-serviette en porcelaine récalcitrant. Il a à un moment cru qu’une malédiction s’acharnait sur lui.

Le scénario est remanié vers un côté plus sombre et intimiste (on se demande ce que ça pouvait bien donner jusque là…), en essayant surtout de moderniser le personnage et son environnement, malgré des fondamentaux inchangés L’idée est de coller aux blockbusters proches d’un univers d’espionnage, comme Die Hard ou True Lies. La seule concession faite à l’époque sera finalement minime: Bond ne fume plus.

Le nom du film est choisi en hommage à la résidence de Ian Fleming.

TOURNAGE

On ne sait jamais quelles scènes seront finalement coupées au montage, ni pour quelles raisons. Et parfois, ce choix laisse l’acteur, sinon amer, au moins dépité. C’est le cas de Famke Jansen, qui aura passé beaucoup de temps à muscler ses cuisses pour rendre sa scène d’étouffement d’Amiral russe crédible… avant qu’une version complètement aseptisée soit finalement préférée pour satisfaire la censure U.S.

Judi Dench, qui débarque dans la série, est heureuse que le film se montre plus fidèle à l’époque, dans la mesure ou le MI6 est depuis peu dirigé par une femme. Il s’agira en revanche du dernier tournage de Derek Meddings, remarquable fabriquant de décors miniatures qui avait travaillé sur les série de Gerry Anderson, qui meurt d’un cancer avant que le film ne sorte. Le film lui sera dédié.
Desmond Llewelyn, qui interprète Q, a de plus en plus de mal à retenir des textes un peu techniques dont il ne comprend pas la moitié, et on met en place des « cartes Q » pour lui permettre de retrouver son texte.

Martin Campbell, lui aussi pour la première fois embarqué dans l’aventure Bondienne, s’emploie, au prix d’un travail acharné (faisant régulièrement des journées de 5h à 23h, provoquant notamment l’admiration de Brosnan) a donner au film un aspect plus noir, plus direct, pour relancer la série. Cette volonté sera bien entendu porter à un tout autre niveau avec l’arrivée de Daniel Craig, mais le résultat est néanmoins notable. Par exemple, Campbell s’inspire du troisième homme pour la scène du cimetière de statues soviétiques.

Au sujet des moments de bravoure du film, les anecdotes ne manquent pas. Si la cascade avec la moto et l’avion ne pourra finalement pas être filmée en une seule prise (le cascadeur ayant simplement réussi à toucher l’avion une fois) et aura coutée 7 motos à la production, le gros morceau a concerné le char. Ou plutôt les chars russes qui, prêtés par l’armée russe, auront fait l’aller-retour jusqu’en Angleterre pour le tournage des scènes en partie réalisées sur place, et en partie dans les studios de Leavesden (ancien site d’une usine de moteurs Rolls Royce reconverti pour l’occasion). Comme l’a dit Ian Sharp, réalisateur de la deuxième équipe: « un char, c’est comme Sinatra: une prise, plus plus !« . Il faut aussi savoir que la scène où le char embarque la statue après avoir détruit son socle… s’est faite en une seule prise, à l’étonnement général.

Notons enfin que le train désigné par l’équipe de production a été baptisé le Darth train, en hommage au Vador du même nom, et que Roger Moore est venu salué Bronson lors de son dernier jour de tournage. Le film sera le premier de la franchise a comporter autant de plans numériques (près de 140, dont certains très voyants aujourd’hui) et inaugure ainsi lui aussi une nouvelle ère.

POST PRODUCTION

Les premiers screen-test sont bons, Brosnan est immédiatement adopté par le public, et le film finira 4ème au box-office de 95, ce qui validera l’entrée de Bond dans une nouvelle époque, post chute du mur de Berlin, alors que précisément il revient largement sur le thème de la -désormais ancienne- menace soviétique.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(avec une espionne russe nue, alanguie sur une peau de bête, à ses pieds, juste avant que quelques ennemis ne viennent se poser en parachute sur le toit de son chalet perdu, malheureusement pour eux bardé de capteurs et de caméras infrarouges)

L’incompatibilité entre un scénario solide et la joie de cascades fantasques se résume toute entière dans l’introduction (pourtant assez formidable) de ce 17ème épisode. Une fois entrée dans une base russe au prix d’un saut à l’élastique rentré dans les annales, 007 retrouve…006, lui aussi infiltré. S’il était déjà sur place, quel était le besoin que Bond le rejoigne ? Devaient-ils être deux pour placer trois pauvres détonateurs et faire traditionnellement tout péter ? N’y avait-il pas un moyen plus diégétiquement abouti d’introduire Trevelyan dans l’histoire ?

On le voit bien dès le début, l’idée de moderniser le personnage et son environnement n’en sont encore qu’à un point d’étape, qui ne sera crédible qu’avec l’arrivée de Craig, mais l’idée d’un reboot semblait nécessaire pour accomplir pleinement cet élan. A la fois plus sérieux que les bouffonneries de l’époque Roger Moore, moins dramatique et violente que les deux épisodes avec Dalton, la période Brosnanienne qui s’ouvre avec Goldeneye aura du mal à se sortir de ce statut milieu du guet, un cul entre deux chaises instable qui le verra sombrer à nouveau vers le over-the-top en fin de cycle.

Brosnan, c’est le type qui nous est immédiatement sympathique, mais dont on sent dès le début qu’il lui manquera jusqu’au dernier épisode le petit plus, une petite dose de crédibilité élémentaire, condition cardinale pour sauter au bas du barrage avec notre héros, et qui nous empêchera d’y croire complètement. Et dieu sait si, dans ce genre d’univers si joyeusement détaché de toute forme de crédibilité, une dévotion viscérale au personnage principal est fondamentale.

Un ton globalement plus sérieux, un retour au fondements de l’univers d’espionnage, et quelques scènes marquantes font néanmoins de cet épisode un des bons moments de la série.

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