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Les archives James Bond, dossier 18: Demain ne meurt jamais (1997)

9 janvier 2022 10 min read

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Les archives James Bond, dossier 18: Demain ne meurt jamais (1997)

( 10 minutes)

No Time to Film

Quotient James Bondien: 5,75
(décomposé comme suit:)

BO:7/10
David Arnold fait vraiment un bon boulot, et ce n’est pas étonnant que John Barry l’ait adoubé. C’est d’ailleurs sa compilation « Shaken & stirred: the David Arnold James Bond project » qui avait attiré l’oreille du compositeur historique. Tout juste Arnold s’est-il senti obligé de mettre un peu trop du thème original à son goût. La modernisation via Moby a aussi marqué les esprits en son temps.

Titre générique: 6/10
Enregistrée au dernier moment (comme beaucoup de choses dans ce film), la chanson écrite par Sheryl Crow (et Mitchel Froome) supplante au poteau la version de K.D. Lang, qui se voit reléguée dans le générique de fin, au motif que le thème de celle de Lang est trop souvent entendu pendant le film. Pas mal.

Sequence pré-générique: 5/10
Paradoxe de cette intro d’être plutôt bien écrite d’un pur point de vue de scénario, assez explosive, mais n’être au final absolument pas marquante, tant l’idée du siège éjectable qui finit sa course dans l’avion du dessus ne fait guère originale.

Générique: 4/10
Entre assez moche et complètement hideux, le générique ne propose rien d’original et recycle sans imagination l’esprit de la franchise. Un côté numérique démodé dès le jour de sortie. Un vrai ratage.

Moche à la conception, moche à la réalisation

James Bond Girls: 7/10
Michelle Yeoh incarnant le pendant de Bond chinois (on y revient plus bas), Teri Hatcher en ancienne amante éplorée et une professeur de Danois forment un trio plutôt agréable. L’ère de la James Bond potiche est définitivement révolue, puisque même l’ancienne amante se condamne en donnant des informations essentielles.

Méchant(s):6/10
Le talent de Jonathan Pryce est quand même légèrement gâché, dans la mesure où son personnage est plutôt bien inscrit dans son époque (un magnat de la presse tout puissant, c’est à la fois assez nouveau pour la franchise et toujours assez d’actualité 25 ans plus tard) mais terni par une écriture un poil à la truelle.

Cascades: 6/10

Un peu le point faible du film dans la mesure où plusieurs scènes ne manquent pas de moments mémorables (le saut en grosse moto au dessus d’un hélicoptère, une poursuite en voiture sans pilote dans un parking, un « hachage » aux plats d’hélico d’un marché extérieur) mais sont presque à chaque fois les moments over-the-top qui font dérailler le film d’une trame presque intelligible et sérieuse.

Scénar: 7/10
Peut-être une des trames les plus sérieuses des 25 ans qui précèdent (le plan du méchant, qui parvient presque à déclencher une guerre entre l’Angleterre et la Chine sur fond de rétribution de Honk-Kong à la Chine), un méchant assez lucidement choisi, et le tout tombe presque à l’eau, donc, par des moments d’actions qui frôlent le ridicule.

Décors: 5/10

Rien à signaler. Le tout est assez plat et sans aspérité. Le seul lieu iconique est lié à une cascade (l’affiche de Carver sur 30 étages) mais est plus un hommage (à Errol Flynn) que réellement inspiré.

Mise en scène: 5/10
Presque impossible à évaluer dans la mesure où jusqu’à 5 équipes se sont empilées, et où surtout, Vic Armstrong était aux manettes de toutes les scènes d’action importantes.

Gadgets: 5/10

Amusants quand on réalise que deux des plus grosses « avancées » technologiques déployées sont un traçage GPS et une détection d’empreintes sur téléphone. Pour le reste on est là où le film déconne le plus… une voiture télécommandée.

Interprétation: 6/10

Pas complètement déchirant quand il se montre abattu par la mort de son ancienne amante, pas complètement crédible quand il lui a avoué peu de temps avant son meurtre qu’elle était devenue trop proche, Pierce fait le Job comme il le fera jusqu’au bout. Avec métier, mais sans le petit plus qu’il saura montrer dans ses rôles post Bondiens.

JAMES BOND ROUTINE:


– Drague: Niveau 0, ou presque. La prof de Danois, on sait pas, Teri, c’est juste de l’amour ancien réanimé, et Michelle, c’est une forme d’admiration professionnelle mutuelle. Berk.
– Plus loin que le bisou ? Oui, et au moins deux fois (Cecilie et Teri). Belle presta, James.
– Bravoure: Un saut au dessus d’un hélicoptère qui ne sert à rien (pourquoi ne pas repartir dans l’autre sens ?) et qui ne rime à rien (what if the hélico était monté de 5 mètres pendant la course d’élan ?)
– Collègues présents: No 00 in the way.
– Scène de Casino ? Nope !
– My name is Bond, James Bond: Of course. Pendant la soirée de Carver.
– Shaken, not stirred: Oui, et c’est Paris, l’ex, qui le lâche.
– Séquence Q: atypique, puisqu’elle a lieu sur le parking des voitures de loc de l’aéroport d’Hambourg, et qui se résume en une démo de voiture télécommandée. Se conclue par un « grow up, 007 ! » du meilleur effet.
– Changement de personnel au MI6: Pas cette fois.
– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Au moins deux fois, mais de manière assez plate. Il parle au lieu de tirer. Alors, forcément…
– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Oui. d’une balle. Une fois ce dernier inutile.
– Nombre d’ennemis tués par James au cours du film: 23
– Punchline drôlatique après avoir éliminé un adversaire ?
« on imprime n’importe quoi de nos jours… »
– Un millésime particulier demandé ?
Nope
– Compte à rebours final ? Oui, mais pas visuel.
– Véhicules pilotés: Un Mig, un saut en parachute (avec ouverture à très basse altitude), une plongée sous-marine, une BM télécommandée, une moto et un canot pneumatique motorisé.
– Pays visités: Frontière russe, eaux territoriales de la mer de Chine (mais en fait aussi du Vietnam), Hambourg, Saïgon (mais en vrai Thaïlande)
– Lieu du duel final: Un bateau furtif assez terne.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Oui, si on considère un morceau d’épave de bateau comme une embarcation.

PRÉ-PRODUCTION

A nouveau, la MGM a changé de main (chose qui arrive finalement aussi fréquemment que la sortie d’un nouveau James Bond), et le nouveau propriétaire Kirk KerKorian (KKK ?) veut que le Bond n°18 soit la première production lancée sous son administration. La rachat à lieu en octobre 96 et la date de sortie est immédiatement fixée à décembre 97. C’est le plus court délais jamais donné aux producteurs de la franchise (Michael G. Wilson et Barbara Broccoli) depuis qu’ils sont aux manettes.
Barbara remplace d’ailleurs définitivement son père Albert, co-producteur historique (aux côtés de Harry Saltzman) qui meurt en juin de l’année du rachat. Le duo devient le nouveau gardien du temple James Bond, c’est à deux que revient désormais la protection de l’intégrité du personnage.

Et toute l’histoire de ce film est marquée par une pression phénoménale liées aux délais hypra-courts.
La chose va se retrouver dans absolument tous les domaines.

Et il est dit que tout sera compliqué. La veille de la signature avec les studios de Leavesden, qui avaient accueilli le tournage de GoldenEye, la production apprend que les studio viennent d’être réquisitionnés par un certain… George Lucas, qui lance son Star Wars I. Après quelques jours de repérages anxieux, un viel entrepôt dans l’Hertfordshire est dégoté, auquel on peut adjoindre l’espace d’un aérodrome attenant et les mètres carrés d’un ancien immeuble de bureaux. En 8 semaines, un studio est donc bâti (comprenant 3 plateaux sonorisés, des loges, des sanitaires, des salles de costume et de maquillage, un réfectoire, une salle de projection, plus un gymnase) pour la modique somme de 2 millions de dollars. C’est le premier d’une longue d’exploits pour que le film soit en salle à la date prévue.

Le scénario est un autre exemple d’un travail dans l’urgence qui ne verra sa version définitive fixée… à 3 semaines de la fin du tournage ! Au total, il aura connu 39 versions, 127 scènes ayant été ajoutées, et 149 autres supprimées en cours de production. Chaque nouvelle mouture étant matérialisée par une couleur de feuilles différentes, le script est rapidement baptisée « scénario arc-en-ciel » (the rainbow script). Au final, il ne contenait plus que 3 pages blanches… couleur du premier jet.

L’idée de départ était de coller à la future rétrocession britannique de Honk-Kong à la Chine. Le méchant est inspiré par la défiance que ressent le public envers les grands patrons de presse (une idée encore assez vivace 25 ans plus tard, en passant). Mais quand Martin Campbell annonce sa volonté de ne pas réaliser une deuxième Bond d’affilée et que Roger Spottiswoode débarque, il décide de ne garder de cette histoire que son méchant, arguant que le timing de la rétrocession est inapproprié. Six scénaristes sont donc appelés en urgence, qui vont compiler leurs idées dans un joyeux désordre.
Le premier titre provisoire est « tomorrow never lie » (demain ne ment jamais). Savoureux.

Au final, une telle impression de chaos se dégagera de l’ensemble que le scénariste initial, Bruce Fernstein, sera rappelé pour jouer au spin-doctor une fois le tournage lancé. Il accepte mais en demandant bien s’il pourra se montrer à la hauteur de la tâche.
Comme on est plus écologique chez EON production (c’est le premier JB où cette appellation est utilisée à l’écran), qu’on pourrait le penser, une première idée de pré-générique sera finalement utilisée pour Le monde ne suffit pas (James Bond 19).

Le coordinateur des effets spéciaux dispose de deux mois pour tout préparer (contre 8 pour le film précédent), tâche d’autant plus gigantesque que le scénario, on le voit, est particulièrement mouvant.

Et comme tout doit aller de travers jusqu’au bout pendant ces préparatifs, l’autorisation de tourner au Vietnam est retirée deux jours après que le bateau amenant tout le matériel technique du tournage ne soit détourné. En une semaine, la production trouve de nouveaux lieux de tournage. Ça sera la Thaïlande. Ouf !

TOURNAGE

Le clap de début s’effectue le 1er avril 97 (on rappelle que la sortie a été fixée au 9 décembre…) et Brosnan, qui inaugure une nouvelle tradition, se présente sur le plateau avec 39° de fièvre. il ne fait qu’un plan ce jour-là, assez statique.

La séquence de pré-générique est tournée dans les Pyrénées par la deuxième équipe, comme le seront presque toutes les scènes d’action marquantes. On peut donc raisonnablement estimer que Vic Armstrong a co-réalisé le film. Pendant ce temps-là, le casting s’étoffe: Jonathan Pryce et Teri Hatcher (connue alors pour Lois & Clarck, et pas encore pour Desperate Housewives) sont signés.

Deux lieux historiquement Bondien sont utilisés: le golf de Stroke Park de Goldfinger, et l’île Khao Phing Kan de L’homme au pistolet d’or. L’équipe se rendra même aux studios Pinewood, qui n’avait plus été utilisé depuis Tuer n’est pas jouer. Pour toutes les séquences concernant les frégates, c’est par contre un lieu forcément inédit qui est choisi, puisqu’il s’agit du bassin créé pour Titanic dans les studios de Baja, au Mexique.

Malgré toutes les avanies et les changements de script constants, les acteurs s’amusent (bon, sauf Judi Dench, qui n’est pas du tout à l’aise dans cet environnement instable). Jonathan Pryce se fait applaudir par la foule de figurants à la fin de sa scène de discours, et Michelle Yeoh se dit très peu dépaysée par rapport aux tournages chaotiques qu’elle a l’habitude de côtoyer du côté des productions HK.

Terminons par deux fun facts: la scène de poursuite dans la parking avec sa voiture faussement télécommandée, qui dure 2 minutes 10 à l’écran aura demandé 5 mois de préparation pour 6 personnes, et trois semaines de tournage impliquant 65 autres. Une manne dans le contexte serré de ce demain de meurt jamais.
Enfin, Bond délaisse pour la première fois son Walter PPK dans la scène de bagarre du faux magasin de vélo. Fallait oser.

POST-PRODUCTION

Le clap de fin a lieu le 5 septembre. Il reste donc moins de trois mois pour pouvoir s’assoir dans la salle de l’avant-première à Londres, ce qui semble de la folie douce pour une majorité du staff. Pas loin de 180 heures de tournage sont à traiter. Pour la première fois pour un Bond, un Media Share (accès partagé) est utilisé par 5 équipes de montage qui vont travailler en simultané.
Le tout en ajoutant les effets numériques, en plus du travail nécessaire pour proposer le produit fini (bruitage, post-synchro, etc…).
David Arnold, qui avait commencé son boulot sur ma musique bien en avance, a dû réadapter son travail au fur et mesure des modifications et du montage final.
Un travail de titan qui ne se remarque presque pas à l’écran au final.
Si ? Vous trouvez ?

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(allongé avec une professeur de Bhoutan à la vertu peu farouche, dans un intérieur cossu de la banlieue Hambourgeoise, alors qu’une horde de molosses patibulaires à la mâchoire carrée s’apprête à forcer les fenêtres de la résidence, fort heureusement protégées d’un système de défense électrisé avec système de dispersion de jet de chantilly à la moutarde)

Demain ne meurt jamais inaugure une série de titres interchangeables avec lesquels il devient difficile de se repérer. Si on vous demande en quelle année est sorti Mourir ne peut jamais attendre demain, ou Attendre un autre jour pour ne jamais mourir, vous serez bien embêté.

Il est très étonnant de voir dans quelles conditions d’urgence a été tourné ce chapitre de la saga, qui aurait clairement pu être catastrophique, d’autant que Spottiswoode est novice dans ce genre d’entreprise, surtout avec ce niveau de pression (liée nouveaux propriétaires à la tête de la MGM). Le résultat est pourtant assez convainquant, plutôt cohérent, ce qui semble aussi incroyable du point de vue du scénario ou de la continuité de l’histoire. Au fond, le principal défaut de Demain peut attendre concerne ses scènes d’actions, presque décalées en terme de crédibilité par rapport au reste du film, ainsi que son ambiance générale.
Le choix de l’univers du badguy passe plutôt bien l’épreuve du temps, et aurait énormément gagné à être écrit de manière plus sobre. Même si Jonathan Pryce se régale manifestement en mégalo-maniaque pyromane (l’interpellation de son équipe de rédaction par un cinglant « quel genre de ravage le groupe Carver va-t-il faire dans le monde aujourd’hui ? » est plus que crédible et a sans doute été entendu par un des 6 ou 7 scénaristes), un tempérament plus froid et déterminé dans son écriture aurait ajouté une vraie touche de noirceur et d’épaisseur au film.

Enfin, ils est amusant de voir 24 ans après comment Michelle Yeoh préfigure l’agent 007 de No time to Die. Simplement ici, elle est l’alter-ego féminin de Bond côté chinois, mais déjà incarne les vertus érigées en éléments obligatoires d’une industrie, qui pour le meilleur et le pire, suit les codes de son époque. Mais en 97 peut-être était-ce avec un peu plus de finesse qu’aujourd’hui.

Un peu à bout de souffle en terme d’inspiration de storywritting, la production semble donc condamnée à faire de la surenchère dans les moments d’action, ce qui n’augure rien de bon pour la suite de la période Bosnienne….

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