Musique

La playlist du dimanche : plaisirs solitaires

4 février 2018 3 min read

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La playlist du dimanche : plaisirs solitaires

( 3 minutes)
© Wim Wenders

Vous savez, quand on a besoin de se retirer, de prendre du recul, d’être face à soi-même comme on dit, soit parce qu’on a subi un coup dur, soit parce que la voie qu’on suivait ne s’avère pas si bonne que ça, soit parce que l’humanité nous est pénible à côtoyer, on essaie de créer les conditions de cet isolement, on choisit son environnement, le contexte dans lequel on peut trouver une forme de paix, propice à la réflexion, à la venue d’idées, de sensations ?

Certains s’enfermeront dans un mazet cévenol, avec pour seul compagnon le crépitement du feu dans l’âtre, les odeurs de vieux meubles et la lumière vacillante de quelques bougies. D’autres se sentiront plus à leur aise sur un chemin côtier, longeant une mer noircie par l’arrivée de l’hiver, emplissant leurs poumons des embruns iodés et laissant voguer leur regard par dessus les vagues et l’horizon. D’autres encore vagabonderont dans les méandres d’une mégapole, casque vissé sur les oreilles, un carnet de note dans la poche, ne s’arrêtant de déambuler sous terre que pour assouvir les instincts primaires de contemplation des vivants, se réchauffer dans un café et écouter d’une oreille le train-train des gens ordinaires, se tanquer devant une affiche ou un graffiti et en scruter les détails, se recueillir sur la tombe d’un inconnu, avec au loin le murmure de la vie. Vous avez tous au moins un jour cherché comment faire pour vous tirer de là, fuir, vous évaporer vers ce qui vous parait essentiel.

Pour ma part, les conditions idéales tiendraient en peu de choses ; comme tout le monde finalement. Elles sont même assez futiles. Je me verrais bien, au sortir d’un été trop long pour avoir été reposant, sur une route sans fin au décor de far west, au volant d’un 6 cylindres ronronnant, le coude sur la portière, les lunettes de soleil solidement arrimées sur ma crête nasale. Dehors, la fin de journée s’éterniserait en un camaïeu de teintes mordorées. L’odeur d’une blonde récemment éteinte dans le cendrier me ferait oublier celui trop prenante de l’asphalte brûlante et des fumées d’échappement des camions que j’aurais croisés sur la route. Dans mon baluchon, enfoui derrière le siège passager, un vieux Nikon FM2 attendrait, chargé de sa chimie, que je le mette en lumière. Quelques affaires éparses constitueraient le reste : une paire de jeans usée, des t-shirts un peu trop portés, une demi-douzaine de paquets de tabac américain, un fond de bourbon. Et sortirait des enceintes de l’auto le son du lointain, l’appel sauvage des écorchés de la vie, le gémissement de guitares aux cent vies. Un fond de blues, beaucoup de folk. Et la route, sans but, sans autre arrêt que pour refaire le plein, reposer ses yeux, dormir un peu.  Juste la route.

Go west.

 

Épilogue

Comme la solitude ça va un temps, je serais ravi de retrouver à mon retour les personnes chères, les nouvelles têtes et tout ce qui fait qu’il est bon de vivre ensemble. Et j’aimerais que de ces retrouvailles naissent des trouvailles, le partage des musiques qui nous auraient accompagnées durant cette retraite. C’est pourquoi vos commentaires sont les bienvenus pour que je complète la sélection que je vous livre, et ainsi mettre à jour cette playlist, ma playlist des plaisirs solitaires et des envies de départ.

Crédit photo : Wim Wenders

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