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The Beatles, une histoire en 13 disques (chapitre 12)

1 mai 2020 6 min read

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The Beatles, une histoire en 13 disques (chapitre 12)

( 6 minutes)

Chapitre XII: J’ai croisé John et Paul. Ils m’ont parlé de toit

George:

Ça faisait trop longtemps qu’on frôlait l’abysse. Il était fatal qu’on y sombre à un moment ou un autre.
L’idée brillante de Paul et Alan (le remplaçant de Brian) -nous filmer en pleine création- s’est retourné contre ce qui reste de nous. C’est devenu “nous filmer en pleine destruction”.
L’implosion en plein vol en direct devant les caméras, messieurs dames.
Ce qui pouvait rester de nous comme image de groupe simple, sain et souriant a volé en éclat.
Paul a bien essayé de maintenir l’entreprise à flot, mais il s’est montré si maladroit que ça à rendu les choses pires encore que ce qu’elles étaient déjà.
Ce qu’on a fait est si mauvais, ça manquait tellement d’idées qu’on a pas pu se résoudre à le sortir en disque ou en film.
Il faudra un génie pour récupérer les bandes et en faire quelque chose de potable. Je souhaite au kamikaze-candidat bien du plaisir, et espère qu’il mettra moins de 10 ans pour y parvenir.

Je garde mes meilleures compos de côté, quelque chose me dit que je vais pas tarder à mettre ça en forme tout seul.
J’ai lâché “I me mine”, don’t le thème m’est venu, vous allez rire, en entendant une fanfare autrichienne à la télé. Le titre me botte bien. Si j’écris une autobiographie un jour, je devrai le réutiliser.
J’ai aussi écrit un blues, “For you blue”, qui respecte tous les codes du blues sauf une chose: c’est un blues optimiste. Je devais songer à me barrer au moment de l’écrire.

John:

Comment ne pas croire instantanément au karma ? Alors que le groupe s’embourbe de manière définitive, comment croire qu’on pourrait avoir envie d’écrire de chouettes morceaux ? Comment penser qu’on pourrait trouver l’inspiration ?
Le recyclage a ses limites, et cette fois personne ne sera dupe.
On a repris un traditionnel (je crois que c’est la première fois depuis 65 qu’on envisageait de mettre une chanson qui ne soit pas de l’un d’entre nous…), et récupéré des fonds de poubelle: tout ce qu’on avait pas mis dans un disque depuis nos débuts.
“One after 909”, on l’avait écrit en 57, mec ! Enregistré la première fois en 63 ! C’est plus du recyclage, c’est de la remballe de produit avarié !
Et puis autant pendant “Pepper”, je prenais ce qui me tombait sous les yeux et en faisais un truc parfois génial (si si), autant là, ça a donné “you know my name”. L’inspiration, c’était le bottin. Le résultat est au niveau.
La seule chose réussie, c’est bien sûr “across the univers”, mais on l’avait déjà mis en boîte il y a un an. A l’époque, je voulais en faire un single avant que le choix de Paul ne se porte plutôt sur Lady Madonna. Le point de départ, c’était l’obsession que j’avais eu de mettre un texte complet autour de “pools of sorrow, waves of joy”, enchainement de mots qui m’était venu après une de mes dernières disputes avec Cynthia.

Enfin, la dernière vraie compo qui m’est venue pendant cette période, c’est “don’t let me down”, que j’ai préféré mettre sur une face B de single, tout plutôt que la laisser au milieu de ces sessions pourries. J’ai développé cette hantise d’être abandonné qu’on trouvait déjà dans “if I fell”. Je veux pas que Yoko me quitte. Comprenez-moi, j’ai beau me prendre pour dieu de temps à autre, je n’ai plus qu’elle au monde.
Des restes d’enfance ? On reste dans le karma, mon gars.

Paul:

Il a fallu remanier plusieurs fois le texte de “Get back”, pour être sûr que les gens ne se méprennent pas. Au départ, c’était pour se moquer des racistes aux idées simples. Mais comme on a vite compris que les interprétations pourraient vite déraper, on a modifié le truc. Et non, je vous jure, il ne s’agissait pas d’une attaque adressée à Yoko. Et c’est pas parce que je l’ai regardé une fois en chantant le refrain que ça signifie quoi que ce soit ! Par contre, j’ai remercié ouvertement Maureen, le femme de Ringo, pour avoir si bien claqué des mains pendant l’enregistrement.

Oui, l’aventure du film s’est transformé en naufrage. D’ailleurs, on pourra pas finir sur cette mauvaise note. Pas nous. Le plus grand groupe du monde ne peut pas se terminer de cette façon. Faudra d’autres collaborations entre John et moi, qu’il le veuille ou non, et autre choses que “I’ve got a feeling” ! Là, c’est juste un vilain collage. Avec l’éternel diptyque moi optimiste/ John déprimé et négatif. D’ailleurs, ne nous y trompons pas: Two of us, c’est pas sur John et moi. C’est sur Linda et moi. J’adore l’habitude qu’elle a pris de nous perdre dans la campagne Londonienne en voiture. Quel sentiment de liberté !

Let it be, c’est parce que j’ai aimé “Bridge over Trouble Water” de Simon et Garfunkel. J’ai essayé d’en faire une version perso. Ah, et je précise: Mary, c’est ma mère, (décédée il y presque 15 ans, et que j’ai revu en rêve récemment, ça m’a fait un bien fou) pas la sainte vierge. C’est vrai qu’il y a un côté religieux dans la chanson, mais c’est surtout parce que je voulais rendre un petit hommage au gospels tant aimés de Billy Preston, qui a fait office de cinquième Beatles pendant les sessions. Quel musicien !

Ah, et une dernière précision: la longue route venteuse, c’est celle qui relie Kintyre à Campbeltown, près de ma maison écossaise. La B842, si vous voulez tout savoir. Pour la petite histoire. J’aime la simplicité de cette chanson. Une guitare, un clavier une voix. Y a rien à rajouter.
On verra bien si on pourra faire quelque chose de ces enregistrements, mais je l’ai dit et le répète: je tiens dès à présent à ce que ce ne soit pas notre dernière collaboration.
Je vais relancer un nouveau projet, même si ça doit être le dernier !

Ringo:

Oh my god, et la musique dans tout ça !!? Vous voulez savoir le pire ? C’est toute cette histoire au sujet du remplaçant de Brian. D’accord, il nous fallait un nouveau manager, ne serait-ce que pour renégocier nos contrats, vus les millions de livres qui s’engloutissent dans des trous béants dont nous ne retrouverons jamais l’emplacement (enfin, on a bien compris que c’était pas perdu pour tout le monde).
Mais alors cette guerre entre Paul qui voulait nous imposer son nouveau beau-père (un Eastman, de New-York) et John qui a voulu rameuter le manager des Stones, Alan Klein! Dans le doute, George et moi nous sommes ralliés au camp de John. Mais putain, que je déteste ça ! Tu m’étonnes que le cinéma ressemble pour moi à une récréation, une bouffée d’air, une fête joyeuse ! Quand tu penses que Peter Sellers c’est mon pote !

Seul point de lumière dans la grisaille permanente: le concert sur le toit d’Apple. Jouer live, quel bonheur. Les flics qui sont arrivés pendant le set, et qui ne savaient pas comment réagir. La tête des riverains. Excellent. Même si on s’est caillé grave.

J’entends dire qu’on devrait rentrer en studio une dernière fois. Ils font ce qu’ils veulent. Moi, je suivrai le mouvement, comme d’hab, mais à une condition ! Interdit de passer de nouvelles semaines à tirer la tronche. Si on doit y retourner ce qui sera sans doute la derrière fois, faut qu’on s’amuse. Que le résultat ressemble à autre chose que notre épisode glacial dans le hangars de Twickenham. Moi, je veux George Martin, de l’inspiration et Abbey Road !

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