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The Beatles, une histoire en 13 disques (chapitre 9)

8 janvier 2020 6 min read

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The Beatles, une histoire en 13 disques (chapitre 9)

( 6 minutes)

Culs, mulots, nains, bus

Ringo:

Fallait s’y attendre, on est passé d’un extrême à l’autre. On ne voulait tellement plus faire de scène qu’on s’est jeté à cœur perdu en studio. Trois projets à la fois.
Et là. Saturation du studio.
Ça tombe bien, un de nos projets étaient en extérieur. Enfin, un projet. Une déclaration d’intention. Une envie. Un délire. Genre: on se met à 30 dans un bus, on roule, et on filme. Y aura bien deux trois trucs sympas qui en sortiront.
Et comme dans Sgt Pepper, cette envie de mélanger l’Angleterre traditionnelle (les excursions mystérieuses, organisées pour les ouvriers, qui ne savaient pas où ils allaient le temps d’un week-end) et le “magical” si cher à notre époque: les beautiful people, la dope, l’été de l’amour, la liberté, la création.

Moralité, tout s’est fait en vrac, la production, le tournage, le montage, et j’ai bien peur que ça se soit vu à l’écran. Tellement bien ficelée, la production, qu’on est quand même arrivé à provoquer un embouteillage en rase campagne après avoir bloqué un pont avec le bus !
On ne s’attendait quand même pas à la violence des réactions des téléspectateurs de la BBC, après la passage à l’antenne du 25 décembre. Faut dire qu’un trip sous acide colorés, c’était quand même con de le diffuser en noir et blanc.

J’ai encore co-composé un titre (on l’a même signé à quatre): un vague instrumental tout pourri qu’on dû enregistrer pour la bande-son.

Maureen a mis au monde notre enfant. Moi, papa. Ha ha.
Et tiens, en fin d’année, je vais partir faire l’acteur (comme John l’année dernière) pour un film nommé Candy. Ça à l’air génial. Je vais tourner avec Marlon Brando, mec !

George:

Chaque mois qui passe ressemble à une année. En juillet, on a fait un tour en Grèce. La rumeur a couru qu’on voulait acheter une île (certains dirent même un archipel). Le pire, c’est qu’on a vraiment pensé le faire (une île, quatre maisons) et John n’était même pas emmerdé à l’idée qu’on fasse l’affaire avec les généraux de la junte. Heureusement que cette histoire à capoté.

Derrière, je suis allé passer plusieurs semaines à San Francisco. Incroyable ce qui se passe là-bas. Et encore plus incroyable l’aura dont je bénéficie. Les hippies, les camés, les défoncés, tous me traitaient comme un demi-dieu. Il a bien fallu que j’explique au plus grand nombre qu’il est temps que chacun pense par lui-même et rejette les maitres à penser, ce que je ne suis certainement pas. Du délire.
J’ai écrit la-bas un chanson sur la rue ou j’ai habité, Blue Jay Way, un soir où on attendait nos invités, perdus dans le brouillard.
J’ai aussi commencé à bosser sur la musique d’un film, Wonderwall. Je pars dans des trucs assez expérimentaux.

Mais tout ça n’était rien par rapport à la tempête qui nous attendait tous quand je suis rentré. Je venais d’entraîner tout le monde à Bangor (c’est au pays de Galles, mais ça sonne furieusement bien indien, je trouve) pour un week-end avec le Maharishi, quand on a appris la terrible nouvelle.
Brian venait d’être trouvé mort. Sans notre manager, les rumeurs de notre disparition ont fusé. Fuckin’ gossips.

John:

Brian mort. C’te mauvaise blague. Le truc qui me fait vraiment flipper, c’est que les premiers rapports font état d’une surconsommation de pilules. Suicide ou accident (ce ne serait pas le premier), on ne saura jamais vraiment, mais la seule chose dont je suis sûr, c’est que c’est moi qui l’ai initié aux divers plaisirs chimiques, histoire -entre autre- de découvrir quelle personnalité se cachait derrière son éternel sourire poli.
Je te dis pas comme je regrette des conneries comme d’avoir chanté “mon ami, tu es un riche juif pédé” sur Baby you’re a rich man. Heureusement que c’était juste pour les maquettes et que cela a été jeté. J’aimais cet enfoiré autant que certain membre du groupe. Sa disparition est une tragédie pour le groupe.

“The Magical” était une bonne thérapie pour nous changer les idées, même si on était sur certains morceaux depuis un bon moment (pendant les sessions de Sgt Pepper). Le tournage a été un bol d’air.

Les idées continuent à déferler.
On nous demande si ça nous brancherait de représenter la Grande-Bretagne pour le premier show télévisé satellite avec couverture planétaire ? Pas de problème, on pond une chanson en moins d’une semaine en respectant un cahier des charges stricte: parole simples, discours humaniste, reflet de l’air du temps. Hop, “All you need is love” dans la boîte. Jagger, Faithfull et d’autres copains sur la plateau, semi-improvisation, emballé c’est pesé. The rest is history, my dear.

Et pour le film, je dois dire que je me suis bien amusé. Même au niveau des compos. “I am the warlus”, je m’en suis donné à cœur joie. Côté musique j’ai réuni trois bouts de chansons que j’arrivais pas à finir. Côté paroles, une leçon. J’ai essayé de savoir jusqu’ou “ils” pouvaient aller. “Ils”, ce sont tous ces connards qui décortiquent et analysent tous nos textes pour en donner des significations absolument délirantes. J’ai fait un gros conglomérat de n’importe quoi, charabia de paroles d’enfants et de non-sens en roue libre et “ils” sont tous tombés dans le panneau, vitesse V2.
L’amour sauvera le monde, si la bêtise ne l’a pas flinguée avant.

La maison, Cynthia, j’en pouvais plus. J’ai décidé de prendre l’air. Histoire aussi de rattraper le temps perdu par rapport à Paul. J’ai entamé une relation drôlement prenante (pour l’instant très platonique) avec quelqu’un dont je vous ai déjà parlé. Je ne sais pas jusqu’où ça peut aller, mais comptez sur moi pour vous en reparler.

Paul:

Mon esprit fonctionne à 10.000 tours/minute. En plein enregistrement de Pepper, j’ai profité d’un rapide aller-retour à Denver (pour fêter l’anniversaire de Jane) pour imaginer le projet Magical Mystery Tour. Comme pour Pepper, on peut dire que j’ai pris les choses en main de A à Z, mais ce qui est extraordinaire, c’est que les copains suivent avec enthousiasme et participent avec ferveur et émulation.

Bien sûr, la fougue n’est pas tout, et je crois qu’on a touché aux limites de ce qu’on pouvait faire dans l’urgence et l’improvisation, quand le résultat est présenté dans tous les foyers d’un pays encore assez traditionnel, et ce avec une audience maximum. Je pense que l’année prochaine sera l’année d’un certain retour aux fondamentaux.

Côté musique, on a décidé d’ajouter Strawberry Field, Penny Lane, All you need sur une version album de la BO pour une sortie aux USA. Certain ont parlé d’une deuxième partie de Pepper.
En tout cas, le morceau dont je suis le plus fier, des six qu’on a composé pour le film, est sans conteste “the fool on the hill”. Vous le croirez ou non, l’inspiration est venue à la suite d’une expérience quasiment mystique. J’étais avec Alistair Taylor (l’assistant de Brian) sur Primrose Hill, au petit matin, en train de chercher Martha, ma chienne. On a alors vu cet homme sorti de nulle part (une seconde avant il n’était pas là, on en sûr, vu qu’on cherchait le chien partout) descendre de la colline, échanger deux mots avec nous et disparaitre comme il était apparu. On avait pris aucun produit pendant notre nuit blanche, jute quelques whisky-cocas. Si tu veux pas composer une chanson après ça !
Le tournage sur les hauteurs de Nice m’a bien plu.

En tout cas, on va pas arrêter d’expérimenter en dehors de la musique. Pour preuve, on vient d’ouvrir notre boutique Apple sur Baker Street. Si vous aviez vu la tête des riverains quand Josje et Marijke, nos amis néerlandais de “the fool” ont peint la façade de l’immeuble au dessus de la boutique.
On a plein de pistes: Apple-electronics, Apple-movies, Apple-publishing etc.

Moi, je vous le dis: le groupe et ses projets n’en sont qu’à leur débuts. Vivement 1968 !

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