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Les archives James Bond, dossier 12: Rien que pour vos yeux (1981)

16 avril 2022 15 min read

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Les archives James Bond, dossier 12: Rien que pour vos yeux (1981)

( 15 minutes)

Sain d’esprit et de Corfou

Quotient James Bondien: 5,17

(décomposé comme suit:)

BO: 3/10
John Barry continuant à effectuer son va-et-vient, c’est cette fois Bill Conti qui s’y colle, et on peut raisonnablement estimer qu’avec Eric Serra pour Goldeneye, ce sont les deux grands naufrages de la série. Ici, rien ne marche. De morceaux pop sans structure jusqu’aux ambiances jazzy avec saxophones gluants, la musique ne parvient à illustrer correctement ni les moments d’action ni les séquences qui se veulent plus majestueuses. Même les thèmes emblématiques sont mal réutilisés et rares. Une catastrophe totale.

Titre générique: 5/10
Après que Blondie ait finalement refusé d’interpréter la chanson-titre quand le groupe a compris qu’il ne pourrait pas proposer sa propre chanson (écoutable ici), c’est Sheena Easton qui est choisie, chanteuse qui n’avait sorti qu’un seul album cette année-là. Le morceau n’est pas désagréable, mais sa pop sucrée peine à se hisser au niveau des grands moments passés.

Séquence pré-générique: 6/10

Comme presqu’à chaque fois, un condensé de ce qui va fonctionner et ce qui sera problématique dans le film qui va suivre. A la fois une idée intéressante (recoller Bond dans l’histoire de son personnage) mais pas du tout à la hauteur de ce que ce genre d’inspiration pouvait donner (éliminer Blofeld en deux scènes ?). Un moment spectaculaire (les cascades en hélicoptères, la chute dans la cheminée impressionnantes ou mémorables) mais vain (Bond qui tapote le crâne de son ennemi ? Est-ce ainsi qu’il se saurait débarrassé de son plus vieil ennemi mortel, qui est à l’origine de la mort de son seul amour ?).

Générique: 4/10
Maurice Binder a trouvé Sheena Easton si jolie qu’il a absolument voulu l’intégrer dans le générique, ce qui est une grande première dans la série. Coup double, en cette période d’explosion de clips vidéo sur des chaines naissante comme MTV, il suffit au concepteurs du générique d’enlever les textes pour le transformer en clip prêt à l’emploi. Pour le reste, on conviendra que les sempiternelles silhouettes féminines sur fonds colorés manque cruellement d’imagination.

James Bond Girls: 5/10
Le paradoxe Carole Bouquet: une actrice au physique très marquants, dont le personnage traverse le récit dotée d’une motivation forte, douée d’une aptitude pour les armes atypiques, mais qui ne parvient pas à imprimer la légende, sans doute à cause d’un film un peu terne aux contours parfois un peu flous, n’atteignant aucun de ses objectifs avoués. L’idée de d’avoir post-synchronisée l’actrice n’a sans doute pas arrangé les choses. Sans mentionner une Bibi aussi virevoltante que parfaitement inutile.
Mention spéciale à Debbie McWilliams et Maude Spector, responsables du casting, pour avoir choisi Carole pour un film intitulé « Rien que pour vos yeux.

Méchant(s): 5/10
Trop de méchants tuent le méchant, nous sommes ici au cœur de ce genre de problématique. Locque, Kriegler, Columbo (?), Kristatos, la liste des adversaires de l’espion britannique est sans doute trop longue, d’autant que le twist qui révèle le vrai visage de celui qui tire les ficelles arrive sans doute trop tard pour permettre à Julian Glover de donner la pleine mesure de ce genre de ce genre de performance. Pour ne rine arranger, le personnage est assez plat physiquement, et doté de motivations assez banales.
Notons l’apparition de Charles Dance dans un petit rôle de sous-fifre.

Cascades: 7/10
On a trop souvent l’impression que le film est aussi assez banal en matière d’action alors qu’il n’en est rien (et ce n’est sans doute pas un hasard que pour la première fois sur un tournage Bondien, un cascadeur va trouver la mort à la suite d’une chute). Ces moments spectaculaires concernent tous les terrains: hélicoptère, voiture, moto, en mer et à la montagne (et là c’est la totale: escalade, ski, saut à ski et bobsleigh), la liste est complète, et les moments forts nombreux. Une nouvelle illustration que quand le scénario qui les justifie est un peu faible, l’image imprime moins.

Scénar: 6/10

Là encore, tout un paradoxe. Après les folies de Moonraker, le script essaie de revenir sur terre dans tous les sens du terme, et les efforts qui sont apportés (intrigue beaucoup plus plausible, personnages plus complexes aux trajectoires moins évidentes, enquête plus sérieuse, péripéties moins extravagantes…) ne donnent malheureusement pas un résultat à la hauteur de ce qui pouvait être attendu. L’ensemble reste sans grand éclat. Et les tentatives d’humour (Margaret Tatcher qui dialogue avec Max, le perroquet) sont assez désastreuses.

Décors: 7/10
Ken Adam ayant définitivement quitté le navire, c’est Peter Lamont, vétéran de la production prend le relais et remplace son maître et ami. Le passage de relais est facilité par le fait qu’on a cette fois décidé de tourner au maximum en décors naturels. Du coup, son travail est assez discret à l’écran. Pour autant, certains décors, qui semblent authentiques, sont marquants et il y est pour quelque chose ! La réaction des moins grecs dans les Météores a en effet nécessité son intervention (voir la section tournage)

Mise en scène: 5/10
Pour sa première réalisation (pour un Bond mais pour un film tout court) John Glen, ancien assistant réalisateur, monteur, mais surtout réalisateur de deuxième équipe sur trois Bond antérieurs (6, 10 et 11) rend une copie propre et efficace, mais sans inspirations géniales. Comme c’est la coutume, il amène sa patte au script et propose plusieurs idées, comme celle qui fait Bond pousser la voiture de Locque en haut de la falaise. Pour autant, et à l’image de la photographie du film, l’impression générale laissée restera dans des notes beiges et marrons, sans éclat particulier. Presque un traitement télé.

Gadgets: 4/10
La volonté de remettre les pieds sur terre se retrouve également dans ce domaine. Comme un symbole de cette redirection, l’explosion très rapide de la Lotus (quel système antivol particulier, quand on y pense !) indique que cette fois, Bond devra se servir de sa tête bien plus que de ses gadgets. Du coup, on se retrouve avec un identigraph dépassé au moment de sa sortie, une montre à message led, et un hélicoptère télécommandé. Un juste milieu eut été quand même préférable.

Interprétation: 5/10
Carole Bouquet fait de son mieux avec un rôle un peu fade et pas totalement cerné, et Roger commence à accuser le poids des ans, dans un épisode qui ne demande pas d’investissement particulier de sa part. Côté méchants et personnages annexes (Bibi, Luigi Ferrara), aucune performance n’est digne d’être rapportée ici.

JAMES BOND ROUTINE:

– Drague: Presque rien, un Bond très sage. Il repousse (bien heureusement) les avances de Bibi (31 ans plus jeune), et ne cède à Melissa (-30ans pour sa part, mais qui semble bien plus mûre, et sachant ce qu’elle veut) qu’en fin d’histoire. Il n’y a finalement que pour la Comtesse Lisl von Schlaf qu’il joue de ses charmes de vieux dragueur.

– Plus loin que le bisou ? Avec le comtesse et Melissa (mais pour cette dernière, on ne le voit pas à l’écran. L’honneur est sauf).


– Bravoure: Gravir une paroi qui nécessite de solides aptitudes d’escalade. Heureusement, James Bond est maitre dans tous les domaines.

– Collègues présents: Aucun.


– Scène de Casino ? Oui, à Corfou. Et c’est assez furtif.

– My name is Bond, James Bond: Deux fois: à Melina, dans la deux-chevaux, puis à Kristatos au bord de la patinoire.

– Shaken, not stirred: Pas cette fois.


– Séquence Q: Il ya d’abord cette longue séquence presque gênante de l’identigraphe (mais pourquoi doivent-ils se mettre en lumière rouge dans une pièce close pour tapoter sur un clavier d’ordinateur ?), puis une scène de confessionnal en Grèce. On le revoit enfin dans la scène finale qui permet au ministre de la défense de mettre le premier ministre en relations avec ce qu’elle pense être Bond.

– Changement de personnel au MI6: M est absent (on parle de vacances) car Bernard Lee, trop malade n’a pas pu délivrer ses quelques lignes, alors que Cubby Broccoli l’avait dans un premier temps laissé essayer. C’est la première fois que le trio constitué depuis Bons baisers de Russie n’est plus réuni à l’écran. Salut Bernard, et merci pour tout.

– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Le tueur Gonzalez le fait emmener, les Buggy de la plage ne font que le contourner, on l’attache par des cordes pour le trainer sur les coraux avec Melina, on ne fait que le repousser quand il arrive en haut du rocher du monastère (alors qu’il est encore attaché) et Blofeld joue avec lui alors qu’il est prisonnier de l’hélicoptère. Que de jeux inutiles quand il s’agit de tuer l’agent le plus dangereux de l’occident.

– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Le même (supposé) Blofeld, tue son pilote d’hélicoptère. Pour le plaisir, avant tout.

– Nombre d’ennemis tués au cours du film: 15 ! Dont un des plus célèbres, lorsque James pousse une voiture au bord d’une falaise.

– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? « Envoyez les fleurs pour ses funérailles » ou « Il n’était pas fait pour l’altitude… »

– Un millésime demandé ? Première passe d’armes entre Bond et Kristatos, qui lui conseille un cépage de son village natal (Robola blanc de Kefalonia) auquel James préfère un Theotaki Aspero, alors même qu’ils ne sont pas encore ennemis. La gifle.


– Compte à rebours ? Non.

– Véhicules pilotés: Trois voitures (deux Lotus Esprit Turbo et une Citroën 2CV, la deuch, quoi), un hélicoptère, un sous-marin 2 places. En plus de la plongée et de l’escalade…


– Pays visités: Grande-Bretagne (pré-générique), Grèce, Espagne, Italie, et Albanie.


– Lieu du duel final: Le monastère St-Cyrile. Mais il n’y a pas vraiment de duel final, puisque c’est Columbo qui dispose de Kristatos.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Oui, puisque le bateau des parents Havelock est bien une embarcation.

PRÉ-PRODUCTION

Si, après Moonraker, l’idée de revenir à une formule plus réaliste semble évidente dans pas mal d’esprits, ce n’est pas le cas d’United Arstists, qui ne voit aucun problème à pousser le bouchon encore un peu plus loin. Ce sont donc Albert R. Broccoli et son beau-fils Michael G. Wislon qui tiennent à poser le pied sur le frein. Ils ont compris que continuer dans la veine du film précédent condamnait à la caricature et la parodie. L’idée est même de repartir sur les bases de Bons baisers de Russie, en se concentrant sur les personnages et l’histoire.

Quand Peter Hunt (Au Service secret de sa Majesté) se voit obligé de décliner l’offre pour honorer un autre engagement, on se tourne vers un autre ex-monteur, John Glen. Ce dernier parlera d’un des plus beaux jours de son existence quand on lui propose le poste. Et c’est précisément sur les traces de son prédécesseur Hunt qu’il va marcher, en essayant de retrouver l’esprit du 6ème James Bond, notamment par les idées qu’il soumet concernant le pré-générique. Les références sont directes : James se penche sur la tombe de son épouse Teresa, avant que n’entre en scène l’auteur de son meurtre odieux, Blofeld. Pour des raisons de droits (voir les dossiers Opération Tonnerre et Jamais plus jamais), le nom de cet ancien méchant ne peut être utilisé par EON production.

Pour s’assurer de revenir à un esprit des premiers films, on convoque Richard Maibaum, qui a travaillé sur 8 des 10 premiers films de la série. Richard va cette fois s’associer à Michael G. Wilson, qui devient donc coscénariste en plus de coproducteur. Ce duo va fonctionner jusqu’à Permis de Tuer.
Ils décident de mixer les idées de deux nouvelles (Rien que pour vos yeux et Risico*, auxquels ils ajouteront même une scène de *Vivre et laisser mourir* quand Bond et Melissa sont trainés attachés sur les fonds marins), et le 14 avril 1980, proposent un script quasi-définitif.

Roger Moore a fini son premier contrat de trois films, et négocie désormais chaque nouvelle apparition au coup par coup. La production fait donc mine de chercher quelqu’un d’autre (ce qui aurait pu se comprendre dans le cadre de ce reboot) pendant que Moore attend patiemment qu’on lui demande de revenir. Il en d’ailleurs si envie qu’il finira par signer son contrat (forcément plus modeste à l’issue de cette partie de poker menteur) qu’une fois le tournage lancé.

Carole Bouquet est immédiatement adoptée par John Glen, subjugué par une beauté qui correspond parfaitement à la fille à l’arbalète de la nouvelle, un des seuls éléments conservés du texte de Fleming. Topol est lui choisi en croisant Dana et Cubby Broccoli dans une soirée: Dana s’exclame qu’il ferait un parfait Columbo, et il n’en faut pas plus pour que le contrat soit signé. Roger Moore est enchanté de retrouver Julian Glover, un ancien partenaire de jeu du Saint.
Dernière indication de casting qui se révèlera décisive pour la suite de la saga: quand Cassandra Harris est choisie pour jouer la Comtesse Lisl von Schlaf, elle est à l’époque l’épouse d’un certain Pierce Brosnan. Et c’est bien parce que ce dernier vient quelques jours sur le tournage du film qu’il rencontre Cubby et son beau-fils, qui penseront à lui plus tard pour le rôle de Bond.

Le tournage principal est prévu entre Grèce, Italie et Pinewood sur une vingtaine de semaines, pendant que pas moins de 5 autres équipes se chargeront des plans spéciaux, dans différents emplacements comme les Bahamas.

TOURNAGE

Le tournage débute le 15 septembre 1980, et John Glen est mis sous pression dès le premier jour. Les cadres exécutifs d’United Artists viennent voir comment il s’en sort lors des premiers tours de manivelle, sur une plage de Corfou. Pas de chance, les Buggy qui sont sensés pourchasser Bond et la comtesse Lisl passent la journée à tomber en panne, ce qui a la tendance évidente de crisper tout le monde.

Côté voitures, Glen pense immédiatement à Remy Julienne, dont il a vu le travail sur Italien Job (L’or se barre, 1969). L’explosion de la Lotus est aussi pensé en réponse à la vague de vol de voitures qui sévit à New York, et qui a concerné un ou deux membres de l’équipe (il se dit d’ailleurs que la scène de l’explosion punissant les voleurs a beaucoup plus là-bas).
Comme évoqué plus haut, Moore résiste un moment à l’idée que le James Bond qu’il incarne puisse pousser la voiture de Locque, et voudrait que le seul jet du badge dans la voiture suffise à la déséquilibrer. Le contentieux se clôturera sur un compromis penchant en faveur de Glen, qui tient à ce que la série retrouve un peu de la violence de l’époque Connery.

Le monastère perché sur les Météores, en Grèce, est l’objet d’une autre sorte de crispation. Alors que la production a négocié avec des autorités locales qui sont ravies d’accueillir un tournage aussi prestigieux, les moines qui l’habitent ne l’entendent pas de cette oreille et refusent de faciliter les choses sur place. Ils bloquent toutes les issues pour ne laisser que les extérieurs disponibles (comme le stipule l’accord), mais font bientôt du zèle: ils bardent les toits et les fenêtres de drapeaux et de draps pour bloquer les angles de vue. Face à cette mauvaise volonté, et pour éviter que les populations locales n’interviennent et en venir aux mains avec les adorateurs de dieu, la production décide de recréer des éléments de monastère sur le piton voisin, et ainsi permettre à l’hélicoptère du général Gogol de se poser sans prises de tête en terme de cadrages.

Pendant la spectaculaire chute de Bond accroché à sa corde, Rick Sylvester (qui avait déjà doublé l’agent dans le saut en parachute depuis le mont Asgard dans L’espion qui m’aimait) s’en veut de n’être pas vraiment arrivé à lâcher prise, puisque toute sa formation de grimpeur lui a appris à ne jamais le faire. Heureusement, la prise est lointaine, et on ne remarque pas ce genre de détail à l’image. La cascade reste un petit moment de bravoure, car les risques étaient élevés.

La scène du pré-générique est moins périlleuse. Il fallait juste à l’équipe l’idée de poser l’hélicoptère sur des rails à l’intérieur du hangar désaffecté pour parvenir à obtenir les images souhaitées. Pour le reste, le pilote fait des petites merveilles, et le jet de fauteuil roulant dans la cheminée s’est fait en une seule prise. Le fauteuil et le mannequin doivent encore se trouver au fond de la cheminée, si celle-ci n’a pas été abattue entre temps: personne ne s’est jamais embêté à aller les chercher depuis.

Il faut ensuite trouver une nouvelle astuce pour contourner un problème imprévu: Carole Bouquet ne peut pas tourner les scènes sous-marines, pour un problème de sinus et d’oreille interne. On invente donc un système de surimpression avec ventilateur dans les cheveux, et le truc, vieux comme le monde, est si bien fait que personne n’a jamais rien remarqué.

La fin du tournage se fait à Cortina d’Ampezzo, qui est parfaitement vierge de toute neige quand l’équipe arrive. Elle décide donc de réquisitionner une quarantaine de camion pour redescendre la quantité de neige nécessaire, et les habitants qui sont arrivés à trouver le sommeil sont surpris de trouver leur village enneigé le lendemain matin.
Notons que la jeune femme qui joue la fleuriste est la gagnante d’un concours organisé par Playboy dont le premier prix était de participer à ce tournage. Malgré une sélection draconienne, le peu de talent de l’heureuse gagnante Robin Young ne lui permettra de jouer que cette courte apparition, sans possibilité de développement de carrière ultérieur.

Le tournage aura été finalement été endeuillé deux fois, car après Bernard Lee en Novembre, c’est Paolo Rigoni, jeune cascadeur de 23 ans, qui trouve la mort après une scène sur la piste de bobsleigh, après une mauvaise chute.
Carole Bouquet, très fière et heureuse d’avoir participé à ce genre d’expérience, ne garde pas de souvenirs impérissables, estimant ne pas avoir appris grand-chose dans le cadre de son métier.

POST-PRODUCTION

C’est John Barry, encore une fois pas disponible pour cet épisode qui propose Bill Conti pour le remplacer (il sera plus tard mieux inspiré en proposant David Arnold). La post production ne pose pas de problème particulier à l’équipe, dans la mesure où les effets spéciaux sont quasi-inexistants cette fois, ce qui change du tout au tout avec le film précédent.

L’avant-première a lieu le 26 juin 1981 et, c’est une heureuse surprise pour Broccoli et Wilson, le film génère au total une recette de 195 millions de dollars, ce qui est le deuxième meilleur score derrière Moonraker, pour un investissement de départ largement plus modeste. Cela rassure aussi les deux producteurs pour les possibilités que ce succès procure: la démesure n’est pas obligatoire. Le film marche mieux que Les aventuriers de l’arche perdue dans plusieurs pays (Spielberg, étant lassé d’être ignoré par Brocoli, a donc créé son propre héros). Ce qui fait dire à Cubby que Bond est passé du statut de phénomène à celui de héros.

Notons que l’affiche qui montre un très imposant entrejambe de femme devant un minuscule James Bond sera assez mal accueillie dans certains pays, dont certains décident de couvrir l’anatomie de la girl d’un short plus pudique.
Le succès du film sauve surtout United Artist de la banqueroute après le désastre commercial des Portes du paradis de Michael Cimino.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(Un feu géant qui a pris dans un virage du Stade de France, après le craquage d’une centaine de fumis, pour accueillir la finale des jeux olympiques du tournoi de football féminin, alors qu’il saute en parachute en compagnie de la première ministre du gouvernement français, au cours d’un moment retransmis sur toutes les chaines du monde pour mettre en valeur ce moment sportif exceptionnel… Un hommage au faux saut de la reine et 007 mis en scène en 2012, sans doute…)

Rien que pour vos yeux, par sa volonté de désescalade, a tout d’une promesse finalement pas assez bien tenue.
S’il est en effet sans aucun doute salutaire de refuser la surenchère qui aurait fait chuter la saga dans le parodique, le retour sur terre est un peu décevant. Nous passons d’un combat spatial à coups de tirs au pistolets laser (Moonraker) à un espion dont le plus grand exploit est l’escalade d’un rocher grec, ce qui ne pouvait être pleinement enthousiasmant que si les conditions étaient réunies pour magnifier le moment: une photographie sublime, une mise en scène inventive et un scénario fort et soutenu portant à un point d’incandescence la destinée de chaque personnage. Rien de tout ça n’est sensible à l’écran, et l’épisode fait figure de moment pas désagréable mais un peu terne dans une série aux fulgurances si nombreuses.

Le conflit qui a opposé Roger Moore à John Glen dans la scène de la voiture accrochée à la falaise est particulièrement révélateur de la façon dont l’acteur concevait sa version du personnage. Le (petit) incident fait écho aux scènes de L’homme au pistolet d’or où il se montrait pareillement mal à l’aise quand il fallait redonner un caractère brutal et sérieux à son personnage. Or, qu’il le veuille ou non, cet aspect dur fait partie de l’ADN du personnage, et ce n’est sans doute pas un hasard que les acteurs les plus marquants de l’espion, presque indépendamment des films dans lesquels ils sont apparus, sont Sean Connery et Daniel Craig. Moore est un Bond gentil, et le fun que cette posture entraine rend les films légers et à la limite de la caricature. Cette légèreté n’était peut-être en soi pas mauvaise pour la postérité, mais c’est l’incapacité de marier les deux dimensions qui limite l’impact de Moore dans son rôle, alors même qu’il est celui qui l’a à ce jour incarné le plus de fois.
D’autant qu’il y a un autre problème.

Attaché aux services d’espionnage de sa Majesté pendant la deuxième guerre mondiale, Fleming estimait qu’après 45 ans, un espion était bon pour la casse. Roger a ici 54 ans (on rappelle qu’il a démarré sa carrière Bondienne plus vieux que Connery au moment où ce dernier la quittait) et le moins qu’on puisse dire, c’est que le poids des ans commence à se faire cruellement sentir. Ce qui est légèrement gênant dans les moments d’action devient beaucoup plus embarrassant dans les scènes de flirt, d’autant que le casting n’aide pas l’acteur, en lui proposant pour lui donner la réplique des jeunes filles de 23 ou 24 ans. Du coup, le voilà obligé de repousser les avances de la première et ne céder à la seconde qu’en toute fin de métrage, après avoir fait office de figure paternelle, sans que finalement nous voyons le passage à l’acte.
Ce simple double constat aurait dû suffire à Cubby Broccoli et Michael Wilson de changer d’acteur, mais nous le savons, ce bon Roger allait rempiler pour deux aventures supplémentaires.
En ce qui concerne l’épisode suivant, un évènement imprévu allait contraindre les producteurs à relancer Roger Moore

(To be continued…)

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