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Les archives James Bond, dossier 13 bis: Jamais plus jamais (1983)

26 juin 2022 10 min read

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Les archives James Bond, dossier 13 bis: Jamais plus jamais (1983)

( 10 minutes)

Connery dernière

Quotient James Bondien: 4,92

(décomposé comme suit:)

BO: 2/10
On le sait depuis toujours, Michel Legrand est capable de tout, et surtout du pire. Un pire qui survient bien plus souvent que le meilleur, par ailleurs discutable. Ici, c’est un désastre quasi absolu, les ambiances le plus incongrues succédant aux accompagnements sonores les plus abscons. Au point que des fans aient sorti dans les années 2000 des versions DVD remixés avec les thèmes Bondiens classiques.
Barry ayant décliné l’invitation, c’est Sean Connery qui, croisant Legrand en soirée, proposa le compositeur à la production. Mauvaise pioche.
Faire pire que Serra ou Conti était donc possible.

Titre générique: 5/10
La moins navrante de toutes les idées de Legrand pour ce film, le single pourrait presque être écoutable s’il ne s’agissait pas du titre principal d’un James Bond. La reprise du thème, en fin de métrage, accompagnant le clin d’œil de Sean au public est un exemple parfait de tout ce qu’il ne faut pas faire dans un James Bond.

Séquence pré-générique: 5/10
Prévue à un moment, elle est finalement supprimée. La note neutre s’imposait donc.

Générique: 3/10
Un générique absolument lambda, sans âme ni esprit. Même s’il était évident que copier les production EON eut été sans doute une erreur, proposer ce néant créatif est assez stupéfiant. La seule micro-idée, un mur de 007 laissant apparaitre l’image ne débouche sur rien.

James Bond Girls: 6/10
Il ne s’agit que du deuxième film de cinéma pour Kim Bassinger, et sa nervosité est régulièrement sensible à l’image. Comme de très nombreuses consœurs au poste de James Bond girl, elle fait ce qu’elle peut dans un rôle qui ne brille pas par sa cohérence, et la fulgurance de ses dialogues.

Méchant(s): 6/10
Klaus Maria Brandauer, comme d’ailleurs Max Von Sydow, pourront être casés aux côtés de Christopher Walken ou autre Christoph Waltz: dans la catégorie des acteurs au potentiel illimité mais extrêmement sous-employés comme vilains dans la saga Bond. On voit bien qu’il tente dans plusieurs scènes des choses assez différentes, mais est comme tout le monde contraint par un script sans éclat. Notons que l’acteur s’est montré comme d’habitude capricieux et difficile à diriger, ce qui contribua au lent et inexorable déclin de sa carrière, malgré un talent énorme.

Cascades: 5/10
Un coup d’éclat pendant la poursuite à moto qui ne suffit pas à permettre au film de rester dans les mémoires. C’est cette fois le travail d’Irvin Kershner (ou sa seconde équipe) qui ne magnifie pas le travail de Vic Armstrong, pourtant responsable des cascades de presque tous les premiers « vrais » James Bond.

Scénar: 5/10
Dès son impulsion première, le projet est peu évident: car plus que d’un remake de Thunderball, le film est en fait une réadaptation du script original, datant de 1960, de Fleming, McClory et Whittingham (voir notre 4ème dossier). Ce qui permet la réutilisation de certains éléments du film, mais pas tous. On peut simplement regretter que Lorenzo Semple Jr. (aidé par Dick Clement et Ian La Frenais) n’ait pas cherché à arpenter des sentiers différents des productions officielles, ou au moins de s’en démarquer sur les quelques grosses failles que connaissent habituellement les dernières sorties avec Roger Moore.

Décors: 5/10
Au-delà de l’utilisation de décors naturels (ou de bateaux existants), les rares designs originaux (bâtis dans le studios Elstree, et non Pinewood) sont à la fois plutôt sages et surtout très mal exploités (le temple souterrain final).

Mise en scène: 5/10
Irvin Kershner, tout auréolé de ses succès précédents (Les yeux de Laura Mars mais surtout L’empire contre-attaque) est un choix relativement naturel, toutefois son travail ici n’est ni particulièrement inventif ni vraiment brillant. Ce film agissant comme un révélateur, mettant en lumière que les réussites précédentes s’appuyaient sur une série de circonstances favorables ou de malentendus opportuns. Ce que semble confirmer sa fin de carrière.

Gadgets: 6/10
Ils sont nombreux et fonctionnels (la montre, la moto), mais ne brillent pas par leur folle originalité et n’accouchent pas de scènes mémorables.

Interprétation: 6/10
Sean s’amuse visiblement, Brandauer et Bassinger s’investissent énormément, et la cohorte de secondes rôles (dont la première apparition au grand écran de Rowan Atkinson) est agréable à suivre. Mention particulière à Barbara Carrera dont le sur-jeu enchante autant qu’il horripile, mais permet à l’actrice de crever l’écran.

JAMES BOND ROUTINE:

– Drague: Bond drague tout ce qui bouge (Miss Fearing dans la clinique, Fatima, la pêcheuse des Bahamas, Domino) sans faire preuve de la prudence dont Roger Moore fait désormais usage, eut égard à son âge. Il est vrai que Connery a trois ans de moins, et que ses partenaires n’ont pas tout juste 18 ans, comme Bibi ou Melina dans Rien que pour vos yeux. Et pourtant, les méthodes ne sont pas toujours très clean (se faire passer pour un masseur ? Tsss…)

– Plus loin que le bisou ?Au moins avec trois d’entre elles (l’infirmière, Fatima et le mystérieux contact aux Bahamas) et on ne doute pas une seule seconde que Domino sera sa prochaine conquête. Une santé de fer, ce bon vieux James.


– Bravoure: James a passé l’âge de ces vétilles.

– Collègues présents: Aucun.


– Scène de Casino ? Oui, à l’occasion de la vente caritative de Largo. Une scène plutôt originale pour le coup, puisqu’elle nous embarque rapidement dans une salle de jeux d’arcades, avant d’enchaîner avec un combat singulier entre notre héros et le méchant.

– My name is Bond, James Bond: La formule est complète dans la salle de jeu vidéo, même si elle n’est pas prononcée avec la conviction qu’on aurait aimé. Avant cela, la fameuse phrase est souvent utilisée de manière segmentée, comme un faux départ frustrant.

– Shaken, not stirred: Nous n’avons jamais droit à la formule, même si le martini est évoqué à au moins trois reprises: quand il reste sec, ou quand on le mentionne avec de la Vodka.

– Séquence Q: Alec McCowen incarne un Q décalé par rapport à son modèle Llewelynien, évoquant avec nostalgie le passé et désirant que Bond en revienne à des fondamentaux plein de sexe et de violence. Une sorte de cri du cœur évident de la production, visant ce qu’est devenue la franchise avec Roger Moore.

– Changement de personnel au MI6: Évidement, M, Moneypenny et Q sont tous très différents des acteurs habituels de la série officielle, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aucun d’eux ne dépasse son modèle. Même Edward Fox est comme enfermé dans une écriture de personnage monocorde et systématiquement furieux, d’ailleurs assez fatiguant.

– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Il y a d’abord Fatima, qui veut faire signer à Bond qu’elle aura été le meilleur coup de sa vie, ou bien sûr Largo qui joue au chat et à la souris avec son invité (sur le Disco Volante, dans sa base de Palmyre) et quitte l’endroit sans tirer une balle dans le cœur de son adversaire. Un invariant qui résiste aux productions indépendantes.

– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Non. Largo, ou le fantomatique Blofeld sont inoffensifs pour leurs alliés.

– Nombre d’ennemis tués par Bond au cours du film: 8, ce qui est assez proche de la moyenne des films avec Sean Connery.

– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? On la guette. Elle ne vient jamais.

– Un millésime demandé ? Aucun. Tout se perd.

– Compte à rebours ? Oui, concernant la bombe finale, même s’il n’est jamais visible à l’écran.

– Véhicules pilotés: Une vielle Bentley conforme aux écrits de Fleming, une moto bardée de gadgets et un cheval adepte de plongée de haut vol.


– Pays visités: Les Bahamas, Monaco et la France, et l’Afrique du Nord (Palmyre).


– Lieu du duel final: Au fond d’un puit situé au cœur d’une oasis.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Absolument pas. Sur le perron d’une villa du sud de la France.

PRÉ-PRODUCTION

L’accord liant McClory à Saltzman et Broccoli stipulait que le producteur irlandais ne pouvait pas lancer de remake avant 10 ans. Mais sitôt l’annonce de la mise en chantier de cette production, EON attaque en justice, lançant une procédure longue et couteuse, qui va occuper les deux camps pendant des années. Au point que les uns et les autres continuent de travailler sur leurs autres projets, en attendant le dénouement de tout ceci.

C’est ainsi que Sean Connery commence par s’impliquer en tant que scénariste. Au côté de Len Deighton (auteur entre autres d’Icpress, danger immédiat), il imagine un script qui fait intervenir des requins mécaniques, une attaque de Wall Street par le méchant, et le vol de la statut de la liberté…
Mais les arguties juridiques s’éternisent, et Sean se retire de cette phase du projet, et laisse les rennes à McClory, pour ne plus revenir qu’en tant qu’acteur.

McClory s’est de son côté associé à Jack Schwartzman, qui devient le grand ordonnateur du projet, et prend en charge l’ensemble de la production. Sous sa supervision, le budget envisagé au départ va rapidement exploser pour atteindre 36 millions de dollars (contre les 27,5 millions d’Octopussy qui sortira la même année). Cinq de ces millions étant d’ailleurs dévolus au cachet de l’acteur principal, qui fait son grand retour dans le rôle de 007.

C’est Micheline Connery qui a l’idée du titre, quand on lui rappelle que son mari avait annoncé en 1971 ne jamais plus vouloir tourner dans un James Bond. Il est amusant de noter que Barbara Carrera (qui joue le rôle de l’explosive Fatima Blush) a refusé un rôle dans Octopussy (mais avec quelle exposition ?) pour pouvoir tourner dans ce film.
Notons enfin que John Barry n’a pas été le seul a décliné la proposition de composer la bande originale du film, puisque James Horner n’a lui non plus pas donné suite aux offres qui lui avaient été faites. De là à imaginer que Legrand est devenu un choix désespéré…

TOURNAGE

Il débute le 27 septembre 1982, sur la côte d’Azur. Après deux mois dans certains des hauts lieux de la riviera (le casino de Monté Carlo, la villa rouge de Villefranche-sur-Mer), la production s’envole pour les Bahamas, où elle tournera dans certains lieux utilisés pendant Opération Tonnerre.
Sur place, la deuxième équipe dirigée par Michael Moore, perd un temps précieux en employant une doublure cascade de Connery correspondant à une photo du film original, 17 ans auparavant. Certains plans devront logiquement être refaits.

La forteresse de Palmyre est en fait un fort historique d’Antibes, pendant que le Flying Saucer est le yacht d’un marchand d’arme saoudien Adnan Khashoggi.

Tensions et blessure sont traditionnellement de la partie au cours d’un tournage de cette ampleur. Connery prend très vite en grippe son producteur, Jack Schwartzman, qu’il accuse rapidement d’amateurisme, ce dernier ne parvenant pas à se hisser au niveau d’efficacité auquel l’acteur écossais était depuis habitué depuis quelques années…
Peut-être tendu, Sean est blessé au cours d’un de ses entrainements, alors qu’il a affaire à un instructeur spécialiste d’art martial nommé… Steven Seagal. La douleur ressentie au poignet le laisse néanmoins en capacité de ne pas interrompre le tournage, et il ne se rendra compte que 10 ans plus tard qu’en fait son poignet avait été cassé !

POST-PRODUCTION

L’avant-première a lieu le 14 décembre 1983 au cinéma Warner east End de Londres, avec finalement quelques mois de décalage avec son concurrent officiel. Si la partie est gagnée par Octopussy, il ne s’agit absolument pas d’une humiliation, puisque Jamais plus jamais engrange 160 millions de dollars de recettes, pendant que la production EON culmine à 187 millions.

Suite à ce succès, McClory annonce rapidement la mise en chantier de plusieurs suites, espérant lancer une franchise durablement concurrente à celle de Cubby Broccoli. La première de ces suites, prévue pour 1984, devait s’appeler… SPECTRE. Rien ne se fera finalement, entre autres parce que Sean Connery n’est pas totalement emballé par cette perspective.

Notons enfin qu’un deuxième remake a été envisagé, en 1998. il aurait été dirigé par Roland Emmerich et Dean Devlin, alors sous le feu des projecteurs à Hollywood. Timothy Dalton est approché, puis Liam Neeson. Devant leurs refus, on tente alors George Clooney et enfin Jason Connery, fils de… Avant que tout le projet ne soit complètement abandonné.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS
(*Un feu d’artifice final dans la tête, lorsque notre héros comprend qu’il vient de mettre une touche finale à son immense entreprise, et qu’il va désormais pouvoir prendre une retraite de monteur de dossiers *Rien que pour vos yeux* à la suite de 27ème volume. Il regarde autour de lui et, ne constatant aucune présence féminine amicale ou antagoniste, regrette déjà un peu par avance le retour dans un univers tristement réaliste…*)

Alors que le tout premier James Bond avait pu lancer l’incroyable série que l’on connait grâce à une série d’heureux hasards et de rencontres judicieuses, cette tentative de franchise concurrente meurt dans l’œuf pour n’avoir pas su mobiliser les talents adéquats, dans presque tous les postes clefs de la production. La prestation de Michel Legrand (même si on n’a pas vocation à s’acharner sur ce pauvre compositeur) est parfaitement symptomatique d ‘un naufrage évité de peu.

De fait, le film ne semble jamais trouver la distance qu’il convient par rapport à son (anti-)modèle. En se délestant (sans avoir le choix) de certaines de ses forces (la musique, le générique, le gun barrel…) et en gardant certaines de ses faiblesses (un scénario erratique et sans grande cohérence: pourquoi Bond mise tout sur une boite d’allumettes, l’indice le plus essoré de l’univers d’espionnage ? Que va-t-il faire aux Bahamas, puisqu’on lui apprend rapidement que Largo est dans le sud de la France ? …sont deux exemples parmi tant d’autres d’un positionnement pas assez affirmé ou manquant de ligne directrice), le résultat ne pouvait être bien supérieur.
Son final échoue lui aussi complètement, par son manque de rythme et d’enjeu, à transcender l’essai.

Dans tous les cas, le film échoue là ou son apport devait être le plus important: un renouvellement de son format et de ses composants. A ce titre, l’âge du commandeur est parlant. Même plus jeune que Moore de trois ans, Connery est dans sa cinquantaine, et cela est au moins dix ans de trop par rapport au rôle. Cette bataille d’espions en pré-retraite apparait comme un chant du cygne, plutôt qu’une promesse de renouveau. Cela explique certainement, malgré son joli succès du moment, l’impasse dans laquelle le film s’était aventuré.

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