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Les archives James Bond, dossier 13: Octopussy (1983)

23 avril 2022 14 min read

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Les archives James Bond, dossier 13: Octopussy (1983)

( 14 minutes)

Bondi chéri !

Quotient James Bondien: 6

(décomposé comme suit:)

BO: 7/10
Si c’est le fait de ne faire la B.O. que d’un James Bond sur deux qui permet à John Barry de rester inspiré, le résultat est concluant. Après les merveilles discrètes de Moonraker, Barry propose ici des parties toujours aussi parfaites pour les moments d’ampleur ou les scènes romantiques, au contraire de sections dédiées à l’action plus en retrait. Même si cela semble inutile de le répéter, personne ne correspondra plus à l’univers de Bond que Barry. On peut estimer qu’en matière de James Bond score: nobody does it better.

Titre générique: 6/10
Difficile d’imaginer un(e) interprète entonner «Octopussy» dans un refrain de chanson populaire. Rita Coolidge livre une prestation assez convaincante pour un titre plutôt fade, si on le compare à la longue série de merveilles qui ont émaillé la série. La ligne mélodique est d’ailleurs plutôt parfaite dans le cœur du film mais un peu insuffisante pour un single qui a néanmoins caracolé quatre semaines en tête des charts américains.

Séquence pré-générique: 6/10

L’Acrostar devait à l’origine apparaitre dans Moonraker, avant que des problèmes techniques n’empêche son entrée en scène. Comme c’est souvent le cas, les idées abandonnées sont recyclées un peu plus tard, et c’est donc dans le 13ème James Bond que le petit avion à réaction fait son apparition. Une scène scénaristiquement totalement détachée du reste du film, mêlant spectaculaire et fun (le fameux plein d’essence) pendant lequel Roger Moore annonce le programme sur un thème: il se déguisera pendant tout le métrage.

Générique: 6/10
Après quelques génériques un peu paresseux, Maurice Binder introduit ici un élément moderne, en projetant sur le corps de ses mannequins dénudés des motifs au laser, qui se marient plutôt agréablement avec les aplats colorés qu’il choisit après avoir filmé ses plans en noir et blanc.

James Bond Girls: 6/10
Deuxième apparition pour Maud Adams, qui obtient une promotion en passant de deuxième James Bond girl à première, dans un rôle beaucoup plus convaincant. Elle apparait plutôt tard dans le récit, son personnage possède un background intéressant (fille d’un collègue de Bond) qui permet un rapport complexe avec le héros, en tout cas doté d’une (légère) épaisseur assez inhabituelle. C’est Kristina Wayborn qui joue la deuxième girl du film, qui, curieusement, ne meurt pas. Fun-fact: pour sa deuxième apparition, Maude Adams fait une nouvelle fois duo avec une compatriote suédoise.

Méchant(s): 6/10

C’est décevant, Louis Jordan et Sabir Bedi sont parfaits dans leurs rôles respectifs, mais c’est l’intrigue qui ne le met pas particulièrement en valeur. Les anglophiles goutent particulièrement à la façon dont le français prononce le nom du personnage joué par Maud Adams, et Kabir est menaçant dans son rôle de sidekick mutique. De son côté Steven Berkoff en fait des tonnes dans le rôle du général Orlov, ce qui peut plaire… mais ruiner à coup sûr ce qui pouvait rester de l’aspect sérieux du film.

Cascades: 7/10
Les cascades sont nombreuses et spectaculaires, et n’ont que le défaut de ne pas être complètement originales. Sur le train ou sur l’avion (même si un ou deux plans ont pu, comme d’habitude, inspirer Tom Cruise et la franchise Mission impossible), il n’y a pas d’effet bluffant si souvent proposé dans la série. Pourtant, le danger était bien présent, si on en juge par ce qui est arrivé à Martin Grace, cascadeur expérimenté qui heurte un panneau en béton en bordure de voie (voir la section « tournage »)

Scénar: 5/10

Si de traditionnelles crétineries interviennent (comme Bond qui se maquille en clown en moins d’une minute, mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, la liste est interminable), la surprenante complexité de l’intrigue est largement gâchée par les (nombreuses) tentatives d’humour particulièrement à côté de la plaque, moments gênants qui sont particulièrement sensibles pendant la scène de chasse à l’homme dans la jungle.

Décors: 6/10

S’ils sont surtout naturels, quelques décors frappent tout de même l’imagination, particulièrement quand Lamont rend un hommage indirect à Ken Adam. La salle de briefing des autorité russes est éloquente. Pour l’anecdote, notons que l’effet marbre du sol a été obtenu grâce à des feuilles d’aggloméré recouvertes de peintures à l’huile.

Mise en scène: 6/10
On sent John Glen plus à l’aise que lors de sa première prestation (on rappelle que Rien que pour vos yeux était son tout premier film en tant que réalisateur). Octopussy bénéficie de plusieurs courtes mais véritables idées de mise en scène, et le film possède un rythme propre, pendant lequel le narratif n’est pas totalement inféodé aux moments d’actions, pourtant nombreux.

Gadgets: 5/10
Voulus comme tels par Glen qui préfère un Bond réfléchissant qu’un Bond dépendant de ses joujoux, les scènes de gadgets sont fonctionnelles et sans grande originalité. L’acrostar est contenu dans une scène déconnectée du reste, qui se contente de montres communiquantes et de stylos à acide traditionnels.

Interprétation: 6/10
Moore n’en fait pas des tonnes ici, et semble rassuré de n’avoir à jouer des scènes d’amour avec des actrices qui n’ont cette fois « que » 18 ans (Adams) et 23 ans (Wayborn) d’écart avec lui. Et encore, la plus jeune d’entre elles est-elle en service commandé pour lui dérober un œuf de Fabergé. Kristina se révèle une actrice en même temps qu’une athlète accomplie et Maud Adams est bien plus à l’aise que lors de sa première apparition dans la série. Les méchants on l’a vu, s’en donnent à cœur joie, peut-être parfois à la limite du cabotinage.

JAMES BOND ROUTINE:

– Drague: James flirt avec son contact sud-américain de la scène pré-générique, puis avec l’employé de son hôtel. Mais ce sont surtout Magda (qui se laisse séduire) et Octopussy qui sont les objets de ses assauts priapiques.

– Plus loin que le bisou ? Avec les deux dernières. Au champagne avec la première et dans un Octo-bed avec la seconde. Mention spéciale sur la réaction de Bond quand Magda lui révèle le nom de sa cheffe quand il découvre son tatouage. Un haussement de sourcil qui semble indiquer « quoi ? Sept de plus à découvrir ? ».


– Bravoure: Sauter (depuis son cheval) sur un avion qui s’apprête à décoller pour sauver Octopussy est une performance digne d’être relatée ici.

– Collègues présents: 009, qui meurt en début de film. Notons que tous les 00 ne semblent pas être également impassibles face au danger, quand on constate ses regards apeurés d’homme traqué. Sûr que James aurait réagi bien plus calmement, même face à une mort imminente.


– Scène de Casino ? Oui, elle se déroule en Inde, et ne concerne qu’une partie de Backgammon, pendant laquelle le bad guy, évidemment, triche. Mais on ne trompe pas Bond aussi facilement.

– My name is Bond, James Bond: Oui, au même moment, à l’adresse de Kamal Khan.

– Shaken, not stirred: Pas cette fois.


– Séquence Q: Q ne cesse d’externaliser ses labos, précisément à chaque fois là où Bond a besoin de se rendre dans le cadre de ses missions. Cette scène est marquée par les jeux d’ados de James qui préfère pointer un décolleté avec sa caméra que de « pay attention » à Q. Un Q qui l’on reverra au bord du Gange pour les scènes de surveillances du palais d’Octopussy (ouf, ça ne sera pas pendant son quart que Gobinda et son acolyte au yoyo tueur feront irruption) et surtout pendant l’assaut final, dans un ballon dirigeable des plus surprenants.

– Changement de personnel au MI6: Ça y est, le pas est franchis, Bernard Lee est remplacé. C’est Robert Brown, que l’on avait vu dans L’espion qui m’aimait en tant qu’amiral Hargreaves qui reprend le rôle. D’où la question: est-ce l’amiral qui est monté en grade ou a-t-on comme d’habitude attribué un autre rôle à un acteur déjà apparu dans la série ? Notons aussi qu’avec un tact immense, les producteurs et scénaristes de la série ont mis dans les pattes de cette brave Moneypenny une Penelope Smallbone au moins 30 ans plus jeune. Dont ça sera ici l’unique apparition dans la série. Il restera à Lois Maxwelle encore une apparition à faire.

– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Essentiellement, une poursuite en tuk-tuk pendant laquelle Gobinda utilise une espèce de tromblon qui semble assez peu efficace. Après, il y a bien sûr cette chasse à l’homme sans doute trop sportive, et l’utilisation de cette scie-yo-yo qui a l’inconvénient de trop gouter quand elle a été mouillée auparavant.
Une balle dans la tête, s’épuise-t-on à rappeler aux ennemis de James…

– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Non, si l’on considère qu’envoyer son bras droit sur la coque d’un avion en plein vol pour y affronter l’espion le plus létal de la galaxie n’est pas une condamnation à mort.

– Nombre d’ennemis tués au cours du film: au moins 64 selon les différentes estimations, en grande partie dues à l’explosion du hangar de la première scène. Qu’on se le dise, c’est un record pour notre héros, qui avait jusque-là plafonné à 21 ennemis tués. Notons enfin que ce record va tenir jusqu’à Spectre, dans des circonstances assez similaires.

– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? « Et ça, c’est pour 009 ! ». Sans doute le truc le moins rigolo de toute la franchise.

– Un millésime demandé ? James boit sans plaisir de l’étiquette dans cet épisode.


– Compte à rebours ? Oui. La bombe atomique est désamorcée à la toute dernière seconde.

– Véhicules pilotés: Un acrostar, un tuk-tuk (mais c’est surtout Vijay qui conduit), un ballon dirigeable (mais c’est surtout Q qui pilote), un sous-marin individuel en forme de crocodile, la Mercedes d’Orlov sur les rails et l’Alfa-Roméo GTV6 d’une conductrice allemande peu prêteuse en terme de cabine téléphonique.


– Pays visités: Cuba, Allemagne de l’est, Angleterre, Russie, Inde et Allemagne de l’ouest.


– Lieu du duel final: L’avion Beech 18 de Kamal Khan. Enfin, son extérieur.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Oui, la barge d’Octopussy est bien une embarcation. De là à dire si elle est perdue…

PRÉ-PRODUCTION

Plus que jamais, Albert R. Broccoli (Cubby) et son beau-fils Michael G. Wilson essaient de trouver un nouveau visage pour Bond. Depuis L’espion qui m’aimait, Moore est libre de tout contrat et son embauche se fait, depuis deux films, au coup par coup. Cette fois, les producteurs sont conscients que l’acteur est devenu trop âgé pour le rôle et lui cherche un remplaçant. James Brolin (père de Josh) effectue des essais très satisfaisants. Cubby et sa femme envisagent de passer outre leur réticence à caster un américain pour le rôle, quand un évènement secoue la planète Bondienne. McClory, ancien producteur associé pour Opération tonnerre dont il détenait les droits (voir dossier 4, et 13 bis) annonce sa volonté de lancer un film de James Bond concurrent, avec comme acteur Sean Connery !
Broccoli et Wilson font donc machine arrière, décidant que seul Moore peut contrer Connery dans le cœur des fans, lancer un nouvel acteur étant bien trop dangereux dans cette situation. Roger Moore, 56 ans, rempile donc une nouvelle fois, et tout le monde se le jure: ça sera bien le dernier.

Le reste du casting est rapidement réuni: Maud Adams, qui avait fait les fameux essais avec Brolin est choisie pour le rôle-titre. Barbara Broccoli (la fille de son père, qui le remplacera quelques années plus tard) remarque Steven Berkoff sur scène au théâtre et avait été soufflée par la performance de l’acteur. De son côté, Cubby, fan de tennis depuis toujours (il ne rate jamais un tournoi de Wimbledon quand il est en Angleterre en juillet) pense à Vivay Armitrage pour jouer le contact de Bond en Inde. Pour pouvoir le faire embaucher et pour cela appartenir au syndicat des acteurs, il aura recours à un artifice dont il a le secret quand il veut vraiment quelque chose.

Comme il est de coutume, deux ou trois traitements préalables à la version finale sont proposés. Dans le principal d’entre eux, Blofeld apparait (on est soulagés que ce n’ait pas été le cas), M tué, Monneypenny virée, et Bond accusé d’avoir été retourné par l’ennemi. Peu satisfaits de la direction que prend ce script, Maibaum et Wilson (le duo qui est né avec le Bond précédent, constitué du scénariste historique de la série et de son coproducteur, se poursuit) font appel à George MacDonald Fraser, historien et auteur. Les trois hommes mélangent des éléments de la nouvelle Octopussy et Property of a lady.
Un peu plus tard, Fraser et John Glen (qui est reconduit à la réalisation après Rien que pour vos yeux) partent aux États-Unis, où ils passent un peu de temps à regarder les anciens films de la saga et relire tout Fleming. Fraser fera cinq versions du scénario, avant que Maibaum et Wilson ne fassent les modifications finales et le découpage définitif.

TOURNAGE

Le 6 juin 1982, la seconde équipe s’attelle à la grande scène finale du combat entre Gobinda et Bond. SI on ne revient pas ici sur le nombre incalculable de saut qu’il a fallu pendant les 5 semaines du tournage (à chaque décrochage intempestif, hop, on se pose et on repart), le moment marquant concerne l’explosion finale de l’appareil. On envoie en effet l’avion bourré d’explosif en mode télécommandé pour qu’il s’écrase sur la colline en face des objectifs. Mais pas de bol, le Beech 18 monte à 30 mètres et se stabilise. Et ce petit plaisantin part dans un vol autonome de 5 km, passe au-dessus d’une route au trafic quotidien régulier, et survole la colline suivante avant de s’écraser et déclencher une copieuse explosion. Soulagé que le moment n’ait pas occasionné de victimes, et soucieuse de ne pas retenter le diable, la production se contentera d’une maquette pour reproduire l’écrasement.

Le 9 août de la même année, le tournage principal débute. Les premiers plans tournés le sont devant le mur de Berlin, encore parfaitement fonctionnel à telle époque. L’équipe s’en rend compte quand elle voit tous les gardes des miradors du côté est braquer leurs jumelles sur les équipes de tournage, soupçonnant une manœuvre dissimulée de la part des occidentaux.

Pour la séquence pré-générique, on simule l’Amérique du sud sur la base de Northolt (en Grande-Bretagne, très nuageuse) en plantant çà et là des palmiers, ce qui va faire dire à la presse locale que l’armée anglaise prépare ses boys avant de les envoyer aux Malouines, à moins que ça ne soit pour accueillir les prisonniers venant de là-bas !
Dernières précisions concernant la traversée du hangar du petit avion à réaction. Pour l’entrée, on place la porte droite au premier plan pour simuler l’étroitesse du passage. Pour les plans intermédiaires, on colle l’Acrostar sur une perche, elle-même fixée à une Jaguar camouflée et au toit coupé. Ingénieux et efficace. L’explosion du hangar lui-même se fera sur la base d’une maquette.

Avant de s’envoler pour l’Inde, Cubby Broccoli essaie de stopper la tentative de production dissidente par ordonnance, mais le tribunal ne donne pas suite, la production attaquée ayant elle aussi largement commencé au moment de la tentative juridique de Cubby.
Pendant ce temps, Connery et Moore s’amusent de cette situation en dînant régulièrement ensemble dans divers restaurants de Londres, se racontant leurs péripéties mutuelles. On est assez loin de la guerre des Bond voulus par la presse.

L’Inde pose son lot de difficultés, auxquelles d’ailleurs la production s’attend, dans une certaine mesure. Il y a d’abord cette foule immense et constante, qu’il faut contenir au maximum pour préserver des angles de vue acceptables. Quand Moore jette ses liasses de faux billets, avoir prévenu les figurants ne sert à rien, tout le monde se jette sur les devises inutiles avec la même avidité que s’il s’agissait de vrai argent. Des cyclistes s’invitent entre deux tuk-tuk sans prévenir. Moore souffre d’une transpiration abondante que n’arrangent pas ses chemises et costumes fermés, devant se changer 10 fois par jour.

Kristina Wayborn, elle, s’amuse comme une petite folle sur le tournage, d’abord en exerçant ses nouveaux talents de pickpocket, après avoir été formée pour la scène du cirque, puis en exécutant elle-même la cascade avec le sari, filmée en deux temps: vue de haut en Inde, et à l’arrivée dans les studios de Pinewood.

Pendant que l’équipe se prépare à rentrer en Angleterre, la seconde équipe connait un nouvel épisode traumatisant (après la mort d’un cascadeur du film précédent), c’est cette fois Martin Grace qui percute un poteau en béton le long de la voie ferrée, malgré les multiples repérages et répétitions, ce qui lui vaudra 6 mois d’hôpital, pendant lesquels Roger Moore viendra dès qu’il le pourra lui rendre visite. Arthur Wooster, directeur de cette équipe est traumatisé par l’évènement et envisage de s’arrêter là. Ce n’est qu’avec l’insistance de John Glen qu’il se remettra au travail.

Roger Moore est toujours aussi facétieux, et continue cruellement de faire modifier les dialogues de Desmond Llewelyn (son vieux compère Q) au dernier moment, alors que ce dernier a déjà beaucoup de mal à mémoriser ceux qui étaient prévus. Il s’amuse aussi énormément déguisé en clown, même s’il a conscience que Fleming n’aurait jamais permis ça.

La production connait une dernière frayeur quand l’acteur qui manie la scie yo-yo bascule par-dessus le balcon de la chambre d’Octopussy dans les studios, et ne doit de ne pas se faire très mal qu’à la réaction hyper efficace de Paul Weston, le coordinateur des cascades, qui se jette pour amortir sa chute.

Le 25 janvier 1983, le tournage prend fin, avec 22 petits jours de retard. Le dernier jour du tournage, Moore et Broccoli qui ont joué de l’argent depuis le premier jour au Backgammon se débrouillent pour que les gains et les pertes s’égalisent: c’est une (autre) tradition.

POST-PRODUCTION

Tout se passe dans anicroche, même si certains travaillent dans l’urgence. A ce titre, John Barry enregistre l’intégralité de sa partition en trois jours et mixe le tout en deux jours de plus. Une performance, au vu de la qualité du résultat.

L’avant-première se passe comme d’habitude au cinéma Odeon, à Londres, en présence du Prince Charles et Lady Diana.
Le film est un nouveau carton en rapportant 187,5 millions de dollars pour un coût de 36 (le dernier hit avant Goldeneye, 4 films et 12 ans plus tard). John Glen est ravi que sa vision de Bond soit suivie par le public, et devance assez nettement Jamais plus jamais (160 millions de recettes pour ce dernier, ce qui est aussi très bien).

Le film est moins bien accueilli par la presse et les fans, qui reprochent plusieurs fautes de goût criantes, comme le cri de Tarzan, le domptage express de tigre, ou le camouflage en clown. C’est aussi le premier film où l’espion crie «merde» et fait un bras d’honneur, ce qui fait aussi couler un peu d’encre inutile. Même le titre Octopussy se retrouve au cœur d’une petite polémique, à laquelle la production se défend logiquement, en rappellent qu’il s’agissait d’un titre de Fleming lui-même !

Ce film est enfin le dernier à annoncer le titre suivant dans son générique de fin, et le premier où Barbara Broccoli devient assistante (avant de remplacer son père quelques années plus tard, pour le même Goldeneye).
Roger Moore est soulagé d’en avoir cette fois définitivement terminé avec un personnage qui ne correspond plus du tout à son âge, et fait ses adieux à tout le monde, ravi du devoir accompli.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(Un feu de la Saint Jean, autrement appelée Midsummer, qu’il traverse en VTT comme un boulet de canon, après avoir dévalé un flanc de montagne suédoise, poursuivi par une horde de motards en tenue de camouflage, qui tentent de récupérer les plans d’une usine d’Aluminerie dont le projet de construction secret mettrait à mal toute l’écologie de cette partie du pays…)

Même s’il est très aimé par une partie des fans de James Bond pour certaines de ses réelles qualités, ce treizième épisode souffre de trop de scories pour complètement valider son ticket pour la postérité.
Il y a d’abord ces nombreuses tentatives d’humour qui tombent systématiquement à l’eau (mais qui plaisaient beaucoup à l’époque): le potache n’est plus recevable aujourd’hui (je filme les seins de la collaboratrice, là ! huhu !) et tout ce qui entoure par exemple la chasse à l’homme fait sortir complètement le spectateur de l’éventuelle immersion dans laquelle il baignait. Octopoussif.

Il est également victime du syndrome du clown. Presque tous les spectateurs qui rejettent violemment le film m’évoquent avec mépris en le résumant à un lapidaire: « c’est le Bond où il se déguise en clown ». Si l’assertion est parfaitement exacte, il n’en est pas moins révélateur de remarquer que Moore passe moins de 10 minutes ainsi accoutré, ce qui devrait paraitre insignifiant dans un film de 2 heures 11 minutes ! Pourtant, l’effet est catastrophique en termes d’image, et même si le film est beaucoup moins cartoonesque qu’un Moonraker ou même un Les diamants sont éternels par exemple, beaucoup plus axé sur une intrigue à la limite du complexe, avec de bonnes scènes d’action, dans un contexte de guerre froide, on ne retient que l’effet clown, qui ruine le reste.

Le syndrome suivant est plus intriguant: la production cherchant depuis l’arrivée de Roger Moore, 10 ans auparavant, à surfer sur les modes du moment, de peur de ringardiser son héros -ce qui aura plutôt tendance à provoquer l’effet inverse avec le recul- (Blaxploitation, Kung-Fu, Les dents de la mer, Star Wars) précède cette fois son sujet, on évoquant le deuxième volet des aventures d’Indiana Jones, un an avant la sortie de ce dernier ! La scène du repas avec Kamal Khan, pendant laquelle ce dernier se délecte d’un œil de mouton, ou les séquences de poursuite où Bond affronte des araignées, des sangsues, des crocodiles et des tigres, sont parfaitement insérées entre les épisodes des aventures de l’archéologue, et contribuent à ne pas donner à Bond ce côté précurseur et original qui avait défini la série dans les années 60.

Pour autant, il n’y a pas le feu à la maison Bond, puisque cette treizième aventure est un nouveau très gros carton, qui sera le dernier des années 80, alors que trois autres films sortiront dans cette même décennie. Si l’on a compris pourquoi Moore, malgré ses 56 ans avait été rappelé au dernier moment, peu de chose pouvait par exemple expliquer qu’il allait revenir un fois de plus deux ans plus tard.

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