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Les archives James Bond, dossier 14: Dangereusement vôtre (1985)

30 avril 2022 15 min read

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Les archives James Bond, dossier 14: Dangereusement vôtre (1985)

( 15 minutes)

L’espion qui… mémé


Quotient James Bondien: 5,5
(décomposé comme suit:)
 
BO: 6/10
 
Cette onzième partition de John Barry (en quatorze films, donc) est très appréciée par une grande partie des fans de Bond. Si elle ne parvient évidemment pas à se hisser au niveau des (si nombreux) sommets atteints par le passé, elle n’est pas non plus honteuse. Une composition de John Barry, même « moyenne » est toujours à cent coudées au-dessus du meilleur de tant de ses collègues, il est toujours bon de le rappeler. Ici, c’est essentiellement le thème de la chanson du générique qui est superbement réutilisée comme sous-thème principal du film, sans beaucoup d’autre éclat. Or, ce fameux single…


 
Titre générique: 6/10
… a été a minima co-écrit avec la bande de Simon Le Bon. Cette notion de coécriture semble être à peu près la seule sur laquelle s’entendent les deux parties. Duran Duran expliquant qu’ils ont entièrement composé le hit qui a été simplement arrangé par John, ce dernier se montrant plus prudent quant à la paternité de la compo, laissant entendre qu’il n’y était pas complètement pour rien, ce que nous pourrions être enclin à croire, tant la ligne mélodique principale s’intègre parfaitement dans l’historique de la saga. N°1 des charts aux États-Unis et dans d’autres pays, le tube est à l’image du film: extrêmement 80.

 
Séquence pré-générique: 5/10
 
Petit crève-cœur, cette séquence marie le parfaitement plaisant et le totalement anodin. Une grande scène a ski avec poursuite par des vilains armés — bâille — par des mitrailleuses ? Mouais. Pourtant, les cascades imaginées par Willy Bogner (responsable de toutes les séquences de ski depuis Au service secret de sa Majesté) sont inventives et funs, on introduit le surf des neiges (et des lacs) et certains sauts sont impressionnants, le tout se terminant sur une amusante idée de sous-marin déguisé en glaçon. Rien de tout cela ne suffira cependant à marquer les esprits comme tant d’autres séquences de ce type ont pu le faire auparavant.

Générique: 5/10
Nous nous répéterons souvent au cours de ce dossier: aucun film de la série n’est autant ancré dans son époque que ce Dangereusement votre. Ce générique est un condensé flashy et fluorescent de ce que les eighties proposaient en termes de pop, de clips vidéo et de coupes de cheveux peroxydées. A sa vue, quelques décennies plus tard, on peut en éprouver de la nostalgie ou au contraire une pointe d’écœurement.
 
James Bond Girls: 7/10
Que l’on trouve la performance de Grace Jones over-the-top (comment ? Comme le film lui-même ?) ou limitée en termes d’acting (je me frappe la joue pour mieux rire, je me mets le doigt sur la tempe pour signifier que je me souviens…), sa présence imprime la pellicule comme peu d’autres y sont parvenu. Ses looks hallucinants (comme cette robe au prix d’Ascot!) et son implication physique (les scènes d’entrainements au combat ou sur la tour Eiffel) font immédiatement penser à elle quand on évoque une James Bond girl.
 
Méchant(s): 6/10
 
De la confiture donnée aux cochons est l’expression qui peut venir à l’esprit quand on pense à la performance de Christopher Walken en Max Zorin. Ce qu’il apporte au méchant est évidemment proche du génial, et on ne peut que déplorer une écriture de personnage si pauvre, aux changements d’humeur si erratiques (même si on nous explique que le type est un psychopathe, comment comprendre ses grands sourires dans la cabine de pilotage du ballon juste après que son plan ait échoué ?). Il aurait pu être immense et inoubliable. Il est juste un vilain de plus.
 
Cascades: 7/10
Sauter de la tour Eiffel ? Faire rouler une voiture découpée en trois ? Faire des sauts de plus de 10 mètres au fond de crevasses ? Opérer une chorégraphie dangereuse tout en haut du Golden Gate ? Check. Tout ceci est aussi spectaculaire que périlleux. On peut juste regretter que tout ceci ne fut pas (à l’image de la poursuite dans Paris) au service d’une histoire un tout petit peu plus consistante.
 
Scénar: 5/10
 
C’est éternellement un des grands paradoxes de James Bond: on attend un scénario qui sache tenir en un équilibre presque impossible entre fun, spectaculaire, mais-un-peu-crédible, sachant intégrer les impératifs de la franchise tout en sachant nous surprendre. Une quadrature du cercle si complexe que les épisodes échouant à réunir autant d’éléments disparates sont plus nombreux que les autres. Mais quand trop peu d’efforts sont faits, ou quand l’équilibre est rompu sur un de ces critères, l’omelette devient difficile à avaler. Ici l’intrigue est farcie de trous grands comme la faille de San Andrea, l’action souvent complètement gratuite, et les personnages inconsistants. Le duo Maibaum et Wilson, encore jeune, fera bien mieux ensuite.

Décors: 5/10
 
Nouvelle intrigue faisant la part belle aux décors naturels, les seuls éléments à se mettre sous les yeux pour apprécier le travail de Peter Lamont sont le restaurant de la tour Eiffel totalement imaginé et la mine finale, aux dimensions assez pharaoniques (bâtie dans des conditions extrêmes, voir la section tournage). Mais rien de bien distinctif ou marquant comme lui ou son prédécesseur Ken Adam avaient pu nous proposer auparavant.
 
Mise en scène: 5/10
Pour son troisième film (de la série mais aussi de sa carrière en tant que réalisateur) John Glen prouve ici que les quelques idées de mise en scène devinées avec Octopussy tiendront lieu de promesses non tenues, et indique en cela qu’il sera l’homme d’un seul projet (comme la suite de sa carrière post Bondiennes après les deux épisodes avec Timothy Dalton le montrera), un exécutant agréable capable de fournir une copie propre quand ses producteurs savent le canaliser, mais un peu plus perdu quand il est livré à lui-même.
 
Gadgets: 4/10
La volonté de Glen de diminuer la part des gadgets est sans doute louable (surtout après la surenchère des épisodes 10 et 11) mais confine ici à une sorte d’ennui, qui font que Q n’a plus réellement de raison d’exister, et c’est sans doute la raison pour laquelle on voit de plus en plus le personnage célèbre du MI6 s’amuser avec des objets inutiles (le chien-robot) ou dans des scènes annexes comportant des éléments d’intrigue (comme quand il fait le veilleur au bord du Gange dans Octopussy). Ici, on se contente d’objets fonctionnels sans imagination.
 
Interprétation: 5/10
Roger a déjà un ou deux films de trop dans la musette, Jones en fait des tonnes, Walken est sous-employé… si on ajoute a cela une Lois Maxwell dans une dernière apparition un peu perdue, et deux ou trois henchmen (comme Scarpine, Chuck Lee ou Carl Mortner) sans aucune épaisseur, il ne reste bien que la présence de Patrick Macnee a apprécier, en véritable partenaire de jeu de Moore.

JAMES BOND ROUTINE:
 


– Drague: Il y a d’abord cette pauvre blondinette qui va devoir subir les assauts priapismes du vieil espion priapique pendant 5 jours dans les 10m2 du submersible-glaçon (ne vaut-il pas mieux être fait prisonnière et torturée pendant 2 ans par des nord-coréens assoiffés de vilainie ?), il y a ensuite Pola dans un jacuzzi (mais qui se laisse séduire à dessin), il y a ensuite May Day qui accepte très curieusement de coucher avec le vieil agent (sans que l’on comprenne à quoi ça lui serve) et enfin Stacey, à qui il compte fleurette très civilement, comme un vieil oncle un peu désolé de ne pouvoir autrement.
 
– Plus loin que le bisou ? May Day, Pola et Stacey, dans la douche finale. Heureusement que Q joue au Pipping Tom.
 
– Bravoure: La place est laissée à May Day, qui se sacrifie magnifiquement pour se laver de tous ses péchés.
 
– Collègues présents: 003 se fait tuer comme un moins que rien dans la séquence pré-générique.
 
– Scène de Casino ? Non
 
– My name is Bond, James Bond: James s’amuse d’abord avec un « Stock. James Stock », puis délivre la vraie phrase au chef des flics à San Francisco.
 
– Shaken, not stirred: Non, mais nous avons quand même une mention rapide à une vodka non secouée.
 
– Séquence Q: Essentiellement pendant le briefing initial, dans le bureau de M. Puis pour la punchline finale avec son petit robot-chien improbable.
 
– Changement de personnel au MI6: Non, mais notons qu’il s’agissait de la toute dernière apparition de Lois Maxwell. So long, dear.

– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Il y a cette Rolls jetée à l’eau. Puis cet ascenseur stoppé sur lequel on jette un cocktail Molotov. Toujours pas de balle dans la tête directe. Tsss..
 
– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Sans doute le plus grand tueur d’hommes de main de toute la franchise. Zorin prend soudain un plaisir immense à massacrer tout le personnel de la mine à l’aide d’un Uzi, après avoir décidé de sacrifier May Day, Jenny Flex et les autres juste pour respecter son programme. La scène du massacre a énormément déplu à sir Roger Moore, dont ce sera le Bond le moins apprécié.
 
– Nombre d’ennemis tués au cours du film: 5. C’est par ailleurs un Bond très peu meurtrier. Une histoire de balance, peut-être.
 
– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? « T’en fait pas. C’est emballé ». Rien n’est bien terrible dans ce scénario.
 
– Un millésime demandé ? Au restaurant de la tour Eiffel avec monsieur Aubergine (mon dieu, quel nom), on enchaine un Bollinger 75 avec Lafite Rothschild 59.
 
– Compte à rebours ? Oui, sur la bombe placée au-dessus de la mer d’explosifs, qui doivent faire sauter la faille.
 
– Véhicules pilotés: Un camion de pompier, une Renault 11. Sinon, James fait de la montée et du dirigeable. Et du wagonnet de mine.
 
– Pays visités: Sibérie (donc Russie), France, États-Unis.
 
– Lieu du duel final: Un ballon dirigeable au-dessus du Golden Gate.
 
– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Non, même si l’eau n’est pas loin: elle arrive par un pommeau de douche.

PRÉ-PRODUCTION
 


Il aura donc fallu attendre 14 films pour que Albert R. Broccoli, dit « Cubby », prenne sa première décision irrationnelle.
 
Rappel des épisodes précédents: après les trois films sous contrat de Roger Moore, Cubby avait naturellement prolongé l’acteur anglais pour Moonraker, après les succès éclatants des long-métrages au box-office. Puis il renouvelle sa prolongation pour Rien que pour vos yeux, qui marche tout autant, avec cependant un changement de direction et de réalisateur assez radical. Mais l’acteur a alors 54 ans et chacun sent après 5 films qu’il était temps de tourner la page. Et patatras, l’annonce du lancement de la production d’un Bond concurrent pousse Cubby à refaire appel à Moore une sixième fois pour contrer le retour de Sean Connery, alors même qu’un autre acteur était sur le point de signer (voir le dossier précédent (1)). Moore avait fait ses adieux à toute l’équipe et à son public dans les interviews qu’il donne pendant la promotion d’Octopussy. Rien, semble-t-il, ne peut expliquer que ce bon Roger soit à nouveau appelé, à désormais 58 ans.
 
Et pourtant Cubby le rappelle personnellement, et insiste pour qu’il revienne une dernière fois. Sans autre raison que son envie. Moore hésite quand même quelques jours, et finit par se dire qu’il est encore en assez bonne forme pour son âge, et que l’expérience d’un tournage est parfois si plaisante (il s’est amusé comme un petit fou sur l’épisode 13) que… pourquoi pas ?
 
Richard Maibaum (scénariste historique depuis le tout premier Bond, qui s’attelle ici à son 11ème film de la série) et Michael G. Wilson (beau-fils de Cubby et désormais coproducteur) reforment leur duo de screen-writters constitué depuis Rien que pour vos yeux, et ont désormais leurs routines: chacun approfondit les scènes qu’il préfère et ils établissent ensemble la version finale. De la nouvelle de Fleming (From a view to a kill) ils ne gardent qu’une partie du titre, et le cadre français (le tournage de Moonraker s’était très bien passé, donc on retourne au pays du camembert et du vin rouge avec plaisir).

Comme à chaque fois, la première mouture du script (en octobre 1983) est très différente de ce que sera le résultat final. C’est quand Wilson tombe sur une étude géologique concernant la faille de San Andrea que l’idée d’un méchant voulant inonder la Silicon Valley germe dans sa tête, et l’équipe de pré-production part rapidement en californie et dans la baie de San Francisco pour y faire ses premiers repérages. Sur place, John Glen, le réalisateur des deux précédents films, se dit que le Golden Gate sera un passage obligé pour son héros. Des plans sont même tournés avec le dirigeable de Fujifilm en contre-jour flottant dans le lointain avec le pont au premier plan, car on juge que cela sera certainement exploitable.
 
Moore est ravi d’apprendre l’arrivée de Patrick Macnee dans l’aventure, ce sont deux vieux copains de gloire de la télévision anglaise, quand l’un triomphait dans les Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir) et l’autre dans Le Saint. Sans parler de leur tournage commun dans Sherlock Holmes à New York (1976).
David Bowie est un temps envisagé pour jouer Zorin, mais le chanteur décline. Pour les actrices, la responsable du casting puise dans l’univers de l’heroic Fantasy, puisque Tanya Roberts et Grace Jones ont tourné dans des productions de ce genre en vogue (Dar l’invincible et Sheena, reine de la jungle pour la première, Conan le destructeur pour la seconde).
Le script et le découpage final de 150 pages, prévoit l’envoi de 5 équipes de par le monde (France, États-Unis, Islande, Suisse et Grande-Bretagne), pour un tournage de juin à décembre 1984.

TOURNAGE
 


Le tournage se lance sous le signe du péril.
En Islande d’abord, la seconde équipe installe son matériel de tournage sur des glaçons par définition instables, et perd une partie de ce couteux équipement quand un iceberg se retourne, sur lequel l’équipe venait de déjeuner quelques minutes auparavant. Quelques hommes tombent même à l’eau mais chacun pourra être repêché.
 
Aux traditionnels studios Pinewood, l’affaire est plus grave. Pendant que les premiers décors commencent à être construits en attendant que le Legend de Ridley Scott prenne fin, le studio principal (le 007, donc) prend entièrement feu et remet en cause toute l’organisation prévue.
Une question cruciale se pose alors: faut-il reconstruire ? Délocaliser ? Reporter le tournage ?
Broccoli a l’habitude de prendre des décisions fortes engageant parfois la pérennité de la franchise: il décide de reconstruire le studio en même temps que les décors, pour le plus grand plaisir (en même temps que la grande angoisse) de Peter Lamont, dans le rôle essentiel de production designer. Une course contre la montre s’engage donc en Angleterre, engageant des fonds imprévus qui mettent encore plus la production de ce James Bond 14 sous pression.

L’équipe principale se rend donc en France et commence à s’amuser avec la pesanteur autant qu’avec les autorités locales.
B.J. Worth, cascadeur attitré des Bond depuis plusieurs films, avait prévenu Michael G. Wilson que si un jour une possibilité de sauter du haut de la tour Eiffel se présentait, il serait son homme. Wilson se fait donc un plaisir de l’appeler pour le prévenir que le moment est venu. Les autorisations officielles sont obtenues (non sans de nombreuses difficultés), et un lundi matin, vers 6h30 du matin, les conditions sont réunies pour le saut. Worth hurle « celle-là elle est pour toi Cubby ! » et se lance dans le vide. Une heure après son atterrissage, de retour dans sa chambre d’hôtel, retrouvant sa femme et sa fille, il est à peine surpris de trouver une caisse de bouteilles de champagne que Broccoli a fait envoyer.
Mais quand le même producteur décide qu’un second saut pour assurer les prises de vue est inutile, le second cascadeur Don Caltvedt (dit « Tweet ») est vexé et frustré, car il n’aura rien à raconter à sa famille pour les années à venir. Le lendemain matin, il monte donc avec un collègue en haut de la tour et saute en solo, pensant échapper à toute surveillance. L’équipe principale qui monte ce matin-là installer le matériel (la production travaille entre 7h et 10 heures du matin tous les jours avant que le public n’arrive) remarque la folie du fautif et le pauvre Tweet est viré immédiatement du tournage et de l’équipe Bond, qu’il ne retrouvera jamais. Au point que tous les cascadeurs qui bosseront pour EON production dans les années suivantes ne manqueront pas de lui envoyer leurs remerciements, pour avoir si gracieusement laissé la place vacante.
Grace Jones n’est pas en reste en poussant sa doublure au moment où celle-ci doit se jeter depuis une poutrelle sur un matelas quelques mètres plus bas (mais nous sommes quand même en haut de la tour) pour simuler le début du fameux saut.

Derniers détails piquants pour le tournage français: on investit l’univers du cheval (très artificiel dans le scénario, au fond) pour faire plaisir à Cubby, qui possède sa propre écurie. Et on emprunte également sa propre Rolls (une Silver Cloud II) pour toutes les scènes avec Macnee et Moore, sauf une: celle où on la pousse dans le lac. Notons qu’il s’agissait tout de même d’une vraie Rolls.
 
A San Francisco, la production se sent plus chanceuse. Non sans humour, Roger Moore estime que la maire Dianne Fenstein est une des seules personnes au monde à le préférer à Sean Connery, ce qui leur ouvre les portes de toute la ville. L’équipe est si bien accueillie que l’avant-première du film se déroulera quelques mois plus tard sur place, de manière tout à fait exceptionnelle. Remy Julienne fait le voyage de Paris pour cette fois faire les cascades du camion de pompiers.
La mise en feu de l’hôtel de ville est un évènement en ville, car il est si spectaculairement préparée que de très nombreux habitants croient à un réel incendie.

Le reste se passe à Pinewood, d’abord en dehors du studio, puis à l’intérieur, quand il est finalement inauguré le 7 janvier 1985 (sous le nom cette fois du 007 Albert Broccoli).
Le golden Gate bénéficie de trois maquettes pour les différentes prises de vue, dont une (qui concerne une toute petite partie du pont) proche de la taille grandeur nature.
Pour l’assèchement du lac, on se contente des marées du Sussex, le montage faisant le reste et appartenant à la magie du cinéma.
 
Notons que la cohabitation entre Moore et Jones a été régulièrement un peu tendue, notamment quand la mannequin chanteuse écoute du hard rock à pleine puissance dans sa loge qui touche celle de l’acteur anglais. Pour la scène dans le lit, Grace demande quand même à son compagnon du moment, un certain Dolph Lundgren (1), de ne pas venir trainer sur le plateau. Ce dernier fera quand même une courte apparition dans une scène.
Une Grace Jones, enfin, qui hurle réellement dans la scène de la mine immergée, car l’équipe ne l’avait pas prévenu du dispositif d’étincelles mis en place, ce qui lui fit croire que quelque chose ne se passait pas bien.
 
Le 16 janvier 1985, Roger Moore fait donc ses adieux définitifs à l’équipe de tournage. Une page très importante se tourne.

POST-PRODUCTION


 
Un nombre de plans assez inhabituel est finalement coupé au montage, pour des raisons qui semblent parfois évidentes après coup.
 
C’est Janine Andrews, une des filles d’Octopussy, qui avait prévenu la production que le groupe de musique dans lequel joue son copain était très intéressé par une participation à la musique d’un James Bond. C’est donc elle qui fait le lien entre Duran Duran et John Barry, qui co-écrivent le titre du générique, dont le clip réalisé par Godley & Creme, est rapidement un carton énorme sur MTV.
 
L’avant-première à San Francisco est festive. J.B. Worth effectue un nouveau saut en parachute, mais cette fois pour remettre un chèque de 100.007 dollars à Moore, qui le remet lui-même à la maire de la ville, pour les bonnes œuvres. Et si la foule hurle, c’est surtout pour le groupe anglais Duran Duran.
 
Roger Moore en profite pour répéter à Cubby qu’il s’agit bien de son tout dernier film, d’autant qu’il est relativement choqué par la violence nouvelle du film, notamment dans les scènes où Zorin massacre ses travailleurs à la mitraillette.
Loïs Maxwell, l’inoubliable Miss Moneypenny, fait, elle aussi, ses adieux à la saga, il s’agissait de la toute dernière participante à l’écran du tout premier Dr No, 23 ans plus tôt.
 
Le film engrange 152 millions de dollars, ce qui est tout à fait honorable, mais marque un net coup de frein par rapport aux épisodes précédents. Pour ce qui est des « à-côtés », notons que la Renault 11 que commercialise Matchbox fait un véritable bide. Paer ailleurs, et pour la première fois, un jeu vidéo est entièrement consacré au film.
 
Roger Moore se montre époustouflé par la personnalité de Barbara Broccoli, fille d’Albert, dont il estime qu’elle est un parfait mélange de son père et de sa mère, une véritable « usine à idées ».
La suite allait rapidement montré qu’il ne se trompait pas.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS

(un feu au chatterton qui lui lie les poignets, que lui ont passé un groupe d’indépendantistes Bhoutanais qui avaient planifié de faire exploser l’Opéra de Sydney au moment de la célébration du Commonwealth, en présence de la reine d’Angleterre, attentat qu’il va pouvoir déjouer grâce à l’aide de sa collègue australienne démineur mais pourtant tout à fait majeure. Qu’est-ce que ces Bhoutanais avaient à voir avec le Commonwealth, notre héros se le demande encore…)
 
Le principal paradoxe de ce 14ème James Bond tient sans doute dans sa façon de tenter de moderniser outrageusement son propos, tentative qui va contribuer à en faire le James Bond le plus daté de la série. Jamais peut-être, un James Bond ne sera aussi ancré dans son époque. Du sa chanson de générique über80 jusqu’au chien télécommandé de Q, de son intrigue à base de puce électronique jusqu’à l’utilisation par Zorin d’ordinateur à reconnaissance faciale digne d’un minitel, toutes les scènes hurlent au spectateur que nous sommes au cœur de la décennie qui a accouché du walkman, du rubbik’s cube, des synthétiseurs et des coupes peroxydées.
Et dans ce déluge de flashs fluos, un élément du film, par contraste, apparait en contrepied vieilli et dépassé: son héros de 58 ans (ainsi, un peu, que tous ses collègues du MI6).

Cet âge n’est en fait un réel handicap que quand le récit n’en tient pas compte. C’est pour cette raison que *Octopussy fonctionnait beaucoup mieux que son prédécesseur. Cette fois, comme dans *Rien que pour vos yeux*, Moore n’est adapté ni aux scènes de séduction, ni aux scènes d’actions qui deviennent gênantes. Soit parce que ses adversaires sont aussi vieux que lui pour faire passer la pilule (dans les sous-sols des écuries de Chantilly ou dans la maison de Stacey), soit parce que son doubleur cascade devient si omniprésent qu’il est impossible de masquer sa présence à l’écran.
 
Et puis il y a sans doute aussi une limite atteinte dans l’incohérence du scénario. Si des libertés ont depuis le début été prises avec la crédulité du spectateur, il y a toujours eu des personnages, des scènes, ou des moments de tension qui parvenaient à emporter au moins l’adhésion des fans de la série. Ici, quasiment aucune branche à laquelle se raccrocher. Rien ne tient debout dans l’enchainement des faits (comment Zorin apprend-il le rendez-vous entre Bond et Aubergine ? Pourquoi cherche-t-il à éliminer ce dernier ? Comment May Day oublie-t-elle le visage de celui qui l’a poursuivie dans tout Paris ? Quel rapport entre les courses truquées et le projet d’inondation de la Silicone Valley ? Pourquoi Zorin cherche-t-il à acquérir les parts de Stacey alors que cela semble n’avoir aucun rapport avec la réussite de son plan ? Etc etc etc…) et aucun personnage ne semble digne de développement aux yeux de Wilson et Maibaum, les scénaristes. Sans parler d’un sentiment de copier-coller avec Goldinfger (l’opération Main Strike remplaçant Grand Slam devant un parterre de vilains inutiles…)

Le relatif déclin des recettes prouve définitivement à Broccoli et Wilson qu’il est temps qu’une page se tourne, et pour ce faire, de remercier Roger Moore pour ses sept participations et envisager un renouveau de la série.

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