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Les archives James Bond, dossier 15: Tuer n’est pas jouer (1987)

8 mai 2022 14 min read

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Les archives James Bond, dossier 15: Tuer n’est pas jouer (1987)

( 14 minutes)

Tagada, voilà le Dalton

Quotient James Bondien: 5,67
(décomposé comme suit:)
 
BO: 6/10
 
La toute dernière partition de notre immense John Barry. Le génial compositeur part un peu ici sur la pointe des pieds, pour une bande originale certes agréable mais tout en discrétion (notons d’ailleurs que le disque rend assez mal hommage aux lignes mélodiques narratrices, beaucoup plus présentes dans le film). C’est quand même l’occasion de remarquer une dernière fois que personne, sans doute, ne sera mieux adapté à l’univers Bondien, n’aura fait un aussi magnifique et inoubliable boulot que John, que ce soit pendant sa période de production (Martin, Hamlish et Conti pour les épisodes 8, 10 et 12) et surtout après son départ (Kamen, Serra, Arnold, Newman et Zimmer). Adieu monsieur Barry, et merci pour tout, votre apport fut inestimable.


Titre générique: 6/10
Nouvelle co-composition de Barry avec l’artiste du moment  qui est cette fois A-ha. Signe des temps (des groupes trop sûrs d’eux-mêmes ?) ou incapacité de Barry à travailler en collaboration, cette écriture à quatre main ne se passe pas bien mieux qu’avec Duran Duran, chaque parti déclarant qu’il est le principal responsable du résultat final. Comme le single du film précédent, le titre est très inscrit dans son époque, et sans être désagréable, il manque sans doute de la petite touche intemporelle qui caractérise pas mal de ses devanciers et de ses successeurs.
 
Séquence pré-générique: 5/10
 
La première apparition de Timothy en action est surtout intéressante pour le tout premier gros plan qui introduit l’acteur, très visuellement percutant. La cascade qui s’en suit replace Bond au cœur d’une phase d’action (effaçant du même coup les dernières années de doublures aussi envahissantes que gênantes), Dalton tenant à prendre quelques risques que la production avait oublié de réfréner. Notons encore que comme d’habitude, les compères de Bond (002 et 004) sont de parfaits clowns qui se font dégommer au premier contact avec l’ennemi. De quoi remettre en cause l’efficience de ce service, et rehausser les capacités de notre héros.

Générique: 5/10
Encore un travail un poil paresseux de la part de votre bon Maurice Binder, qui aligne les attendus sans grande inspiration, pour un générique qui pourrait être celui de presque n’importe quel film de la série (alors qu’il a précisément su individualiser certains autres, à l’intérieur du même canevas, avec une classe certaine), et c’est un peu dommage pour ce (petit) redémarrage.
 
James Bond Girls: 6/10
Performance ambivalence pour Maryam D’Abo, qui fait sans doute ce qu’elle peut avec un script assez pauvre la concernant. Comment imaginer en effet une violoncelliste aussi accomplie, snipeuse impitoyable à ses heures perdues, devenir aussi naïve et ingénue quand il s’agit de ses affaires de cœur, comprenant si peu de choses du terrible monde qui l’entoure. L’actrice fait au mieux donc avec son texte, donne tout ce qu’elle peut mais a du mal à nous faire oublier qu’il est terriblement difficile de s’attacher à un personnage qui donne systématiquement raison au dernier qui a parlé.

Méchant(s): 5/10
 
Comme dans Rien que pour vos yeux, le film souffre d’un nombre de méchants trop élevés, aux contours et aux responsabilités trop longtemps mal établies. Entre un Koskov en sur-jeu permanent, un Necros manquant d’épaisseur, un Whitaker fantoche et un Pushkin (finalement allié) sous-employé, difficile d’y retrouver son compte. Parfaite illustration de ce petit fatras mal défini, la confrontation finale entre Bond et Whitaker est aussi leur première rencontre, et on a un peu de mal à cerner ce qui peut bien opposer les deux hommes au point d’en arriver à la mort de l’un des deux.
 
Cascades: 6/10
On l’a vu plus haut, la présence de l’acteur principal au cœur de certaines cascades est un soulagement, autant qu’un gage du retour d’une certaine forme de crédibilité, et le film n’est pas avare en moments spectaculaires (poursuite sur le lac gelé, saut en parachute sur Gibraltar, saut en Jeep dans la mer avec parachute…) et le petit moment de bravoure concerne le combat entre Bond et Necros et à l’arrière du Hercules, accrochés aux filets. Un moment si visuellement accrocheur que la séquence sera reprise dans de nombreux films, jusqu’au tout récent Uncharted.

Scénar: 6/10
 
Wilson et Maibaum enchaînent un quatrième film d’affilée. Ce retour à certains fondamentaux (qui aurait même dû accueillir une sorte de reboot très Casino Royalesque: voir la section pré-production) souffre cependant d’une tare majeure, pour laquelle les auteurs ne peuvent pas être tenus pour responsables ! Au moment où le scénario est développé, l’identité de l’acteur qui va incarner Bond n’est pas encore connue, et aucune piste ne peut donc être privilégiée pour explorer de nouveaux territoires. S’en suit une trame revenant aux basiques d’une guerre froide encore en cours au moment de la production du film, mais se perdant dans des circonvolutions peut-être inutiles, et un final un peu dispersé.
 
Décors: 5/10
 
Une nouvelle fois, la volonté de miser avant tout sur des décors naturels rend le travail de Peter Lamont assez discret, si ce n’est invisible. Nous sommes en effet à mille lieues des repaires de méchants incroyables qui ont marqué la franchise, et il est même presque impossible de mettre en avant le moindre aspect du travail du production designer
 
Mise en scène: 6/10
Petit regain de forme de la part de John Glen, qui, avec son quatrième film (pour autant de Bond) parvient à réussir plusieurs moments (la scène des snipers, le faux meurtre de Pushkin) dénotant une vigueur et un sens du rythme qui n’était pas palpable avec Dangereusement votre, par exemple.
 
Gadgets: 6/10
Outre la séquence Q assez inventive (le canapé mangeur d’homme, le ghetto blaster), l’essentiel tient dans cette Aston Martin Volante bardée des équipements habituels, et customisée en mode hiver. Le porte-clefs est aussi assez fun, même s’il reste assez mineur dans l’immense panoplie Bondienne.
 
Interprétation: 6/10
Outre les difficultés rencontrées par Maryam D’abo évoquées un peu plus haut, ou le sur jeu (demandé ?) de Jeroen Krabbé, le problème principal concerne Timothy Dalton, qui apporte énormément en un laps de temps très court, mais dans le cadre d’un script qui ne tenait évidemment pas du tout compte de son implication nouvelle dans un rôle écrit de manière neutre plusieurs mois auparavant. Son acting sera bien mieux adapté lors de sa deuxième (et dernière) apparition.

JAMES BOND ROUTINE:
 
– Drague: Un James très sobre dans cet épisode, et voulu comme tel par les scénaristes qui tiennent compte des années sida qu’ils sont en train de traverser. Pour incarner une forme de continuité, cependant, on laisse entendre que Bond va batifoler avec l’occupante du yacht de la séquence pré-générique. Ensuite, notre héros ne sera l’homme que d’une seule femme.
 
– Plus loin que le bisou ? Tout laisse entend dire que l’espion a le temps de passer aux choses sérieuses avec les deux jeunes filles précitées.
 
– Bravoure: Désire de vengeance ou instinct de survie, Bond ne se jette pas ici dans la gueule béante d’un méchant omnipotent pour sauver une demoiselle en détresse.
 
– Collègues présents: 002 et 004, assez peu impressionnants, on l’a vu. On se demande d’ailleurs pourquoi leur meurtrier décide de s’éclipser le devoir accompli alors qu’il n’en a tué que deux des trois espions…).
– Scène de Casino ? Aucune.
 
– My name is Bond, James Bond: A la fille du yacht, dès le début du film.

– Shaken, not stirred: On entend l’expression à la réception de l’hôtel, à Vienne, pour montrer que  notre homme a ses habitudes…
 
– Séquence Q: Q apparait plusieurs fois (et dès le début, curieusement, pour assurer l’évasion Koskov), mais la séquence où on arpente son labo de scientifique fou est assez savoureuse.
 
– Changement de personnel au MI6: Moneypenny est pour la première fois remplacée, c’est Caroline Bliss qui s’y colle (pour ce film et le suivant). Et paradoxalement, malgré une scène où elle intervient pleinement dans le récit (en aidant Bond à rechercher Kara), sa performance est assez fade, l’alchimie entre elle et 007 assez peu palpable.
Notons pour être complet que Bond a changé (donc) et que Felix Leiter est de retour avec un de ses représentants les plus impersonnels…
 
– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Au moment où Koskov kidnappe Bond avec le concours stupide de Kara, il décide de le livrer aux Russes, au lieu.. (la suite sur un ton entendu et répétitif:) de lui mettre une balle dans la tête !
 
– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Pas vraiment, sauf si on tient compte du fait que Koskov a cherché à faire abattre Kara dans la première scène. Mais la machination est déjouée par le flair de 007.

– Nombre d’ennemis tués au cours du film: 9. Ce qui est une bonne introduction pour ce nouvel employé du MI6.
 
– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? « he got the boot » (de Necros qui a chu après s’être accroché à sa chaussure), traduit par « il est allé prendre l’air » dans les sous-titres de la version Blu-Ray. Ou: « il a eu son Waterloo » assez passable.
 
– Un millésime demandé ? On évoque un Bollinger RD dans le panier amené à Koskov.
 
– Compte à rebours ? Oui, dans la bombe que James place dans l’avion, qu’il désamorce à 2 secondes de l’explosion.
 
– Véhicules pilotés: Un parachute, une Aston Martin Volante, une Audi 200 Quattro, et un Hercules C-130. Sans oublier un étui à violoncelle.
 
– Pays visités: Gibraltar (donc territoire britannique), Tchécoslovaquie, Maroc, Autriche et Afghanistan.
 
– Lieu du duel final: Un Hercules C-130, puis le musée de soldats de la maison de Whitaker.
 
– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Non. Une bête loge de salle de concert.

PRÉ-PRODUCTION
 
C’est une évidence de le préciser, la destinée d’un film se joue énormément au stade de son écriture. C’est pourtant particulièrement vrai cette fois cette fois encore, et pour deux raisons. D’abord parce que le projet initial ne ressemblait en rien au résultat final (jusque-là, rien d’étonnant dans l’histoire de cette franchise) précisément parce que les scénaristes Maibaum et Wilson ne connaissaient pas l’identité de l’acteur qui allait endosser le smoking de l’espion anglais. Ensuite parce que cette inconnue n’a non seulement pas permis de valider le projet de reboot initial mais a en plus empêché de définir une nouvelle direction claire.
 
L’origin story était la suivante: on découvrait Bond en 1972 (15 ans avant l’année du tournage, donc) qui avait la possibilité d’échapper à la cour martiale (suite à une grosse bêtise au seine l’armée) s’il réussissait une mission que lui confiait M, et après avoir rencontré ses grands-parents en Ecosse, il remplissait son devoir, obtenait son double 0, et était lancé sur la piste d’un mystérieux Dr. No dont on venait d’entendre parler du côté de la Jamaïque.

C’est Cubby Broccoli himself qui ne juge pas bon d’explorer la jeunesse de Bond, pensant que personne ne s’intéressera à ce genre de concept (heureusement que son beau-fils et sa fille garderont l’idée dans un coin de la tête). Le duo de scénariste se rabat donc sur une des dernières nouvelles de Fleming non encore exploitée, dont le titre vient de l’expression « to scare the living daylight out of someone », ce qui signifie « faire une trouille bleue à quelqu’un ». Et on s’appuie sur la nouvelle pour lancer la trame du film.
 
Tout se joue dans le choix du remplaçant de Roger Moore. Précisons tout de même que ce choix est imposé aux producteurs parce que Moore refuse cette fois définitivement de reprendre le flambeau. La faiblesse de Cubby pour Roger semble incroyable.
Barbara Broccoli, sa fille, part jusqu’en Australie pour dénicher un jeune talent parmi le vivier impressionnant qu’abrite le pays depuis quelques années. Parmi les impétrants a deux doigts de signer, on peut bien sûr mentionner Mel Gibson et Sam Neil (le premier étant écarté par Broccoli, qui ne veut pas de lui). Neil a la faveur de Michael G. Wilson, pendant que Cubby, tenez-vous bien, préfère un certain Lambert Wilson (on n’ose pas imaginer la nomination d’un frenchy dans le rôle du plus anglais des héros…). Aucune unanimité ne se dégageant, arrive un nouveau candidat, un certain Pierce Brosnan.
Alors que sa signature semble imminente, la série à laquelle l’acteur est jusque-là attaché, Remington Steele, profite d’une clause du contrat pour retenir l’acteur, profitant de la renommée dont profite Pierce au cœur de ces rumeurs. Un drame pour Brosnan qui pense perdre la chance de sa vie, et tout ça pour finalement que six maigres épisodes supplémentaires.

Du coup, la production se retrouve sous une pression énorme, car le début du tournage est imminent.
Broccoli repense à un acteur déjà envisagé et approché à deux reprises. Une première fois, en 68, pour Au service secret de sa majesté. Mais Dalton refuse à cette époque logiquement, s’estimant beaucoup trop jeune (il a alors 22 ans) pour le rôle. En 80, Broccoli revient à la charge (entre Moonraker et Rien que pour vos yeux) mais Dalton décline une nouvelle fois car il estime que la proposition est trop floue. Broccoli s’était alors promis de ne plus envisager l’acteur Shakespearien. Mais urgence fait loi, et cette fois c’est la bonne.
 
Timothy Dalton a muri, possède désormais la confiance nécessaire pour le rôle, et propose sa vision du personnage, entièrement appuyée sur les textes de Fleming. Deux derniers obstacles sont levés: il accepte à contrecœur de passer une audition, et le retard que prend le lancement de ce 15ème épisode lui permet d’enchaîner avec le film qu’il était en train de finir. Pour donner une idée du timing fou, Dalton termine Brenda Starr le samedi soir aux États-Unis, voyage le dimanche, et débute à Pinewood le lundi matin.
 
Mais Dalton a eu le temps de relire tout Fleming depuis que les (courtes) tractations ont débuté, et propose sa vision du rôle, beaucoup plus proche de l’auteur et de Connery. Dommage que les scénaristes n’aient pas eu le temps de s’adapter à cette vision.
Rien de tout ceci n’empêchera Cubby Broccoli de répéter à l’envie que Dalton était évidemment son premier choix.

TOURNAGE
 
Il est prévu dans cinq pays, dont quatre sont bien ceux qui apparaissent dans l’histoire (seul le Maroc abritera les scènes sensées se situer en Afghanistan). Vienne rappelle Le troisième homme à John Glen, le réalisateur, sur lequel il avait été assistant.
 
Le Maroc représente évidemment le gros morceau.
A Tanger, le multimillionnaire Malcom Forbes (propriétaire -entre autre- du magazine du même nom) prête sa demeure pour servir de repaire à Whitaker. Comme cette impressionnante bâtisse abrite un musée de soldats (ouvert au public), la production a décidé dès les repérages d’intégrer cet ingrédient au script.
Par bonheur, une assez longue scène de tapis volant sera finalement coupée au montage, ce qui aurait pu faire basculer le film dans un côté cartoonesque qui aurait trop rappelé l’ère Roger Moore.
 
C’est le gouvernement marocain qui prête un avion Hercules à la production. Par contre, le pays ne possède pas, autour de Tanger ou Ouarzazate, de pont correspondant aux désirs de l’équipe, pour la grande scène spectaculaire qui est prévue. En urgence, Pinewood envoie au Maroc une maquette s’adaptant parfaitement à un pont choisi, dont le cours d’eau se situe à moins de 6 mètres en dessous de son sommet ! On place la maquette au premier plan, on simule l’eau aux pieds du pont avec du bois peint et du film plastique froissé, et personne même aujourd’hui avec un film remastérisé HD, n’est capable de déceler le trucage. Un petit coup de génie.

Toutes les précautions sont prises pour les cascades au cul de l’avion. Notamment, un troisième homme se tient à l’intérieur de l’appareil, prêt à sauter si un des deux cascadeurs accrochés aux sacs (Dan O’Brien et l’indéboulonnable J.B. Worth, déjà auteur du saut depuis la tour Eiffel dans le Bond précédent) devait lâcher les cordes, à cause des soubresauts des filets qui cognent la coque de l’appareil. Le rôle de ce troisième intervenant est de rattraper son collègue éventuellement inconscient, et déclencher son parachute dissimulé !
 
Barbara Broccoli, qui accède pour la toute première fois au rôle de productrice associée, rend un hommage indirect à son père, quand elle fait venir un container de nourriture anglaise dans le désert marocain, rappelant le geste désormais célèbre de Cubby en Egypte, dis ans plus tôt (1).
 
En Autriche, le retour d’une Aston Martin a bien entendu été décidé pour ravir les fans. Une anecdote classique illustre l’éternelle bienveillance de Broccoli pour les gens qui travaillent sur un tournage. Quand la voiture est mal propulsée par sa catapulte pneumatique engourdie par le froid, elle termine sa course dans la cabane qu’elle est sensée survoler. L’équipe passe une partie de la nuit à remettre le plateau en place pour le lendemain, et trouve le bar de l’hôtel ouvert avec consommations à volonté, prépayées par le producteur.

C’est enfin John Glen qui est arrivé à convaincre (doit-on l’en remercier ? Là est toute la question) Broccoli et Wilson qu’un étui à violoncelle était un chouette véhicule pour James et Kara, après avoir démontré qu’on pouvait se tenir à deux, assis à l’intérieur.
Le jet de l’instrument de musique par-dessus la barrière de la douane étant sans grand intérêt si elle il était effectué par un cascadeur, c’est Dalton qui s’y colle, et réussi la prise du premier coup.
 
Dernier moment mémorable du tournage, c’est cette fois dans les studios Pinewood que la visite du couple princier est à l’origine d’une bonne humeur générale, quand Charles déclenche le tir du ghetto blaster, avant que Diana ne lui casse une fausse bouteille (en sucre) sur la tête.
Le 3 février 1987, le tournage prend fin.

POST-PRODUCTION
 
Le 15ème James Bond est très bien accueilli, à la fois par la critique et par le public. Cubby et Michael G. Wilson sont très contents de la prestation de Dalton, que ce soit dans les scènes d’actions comme dans les moments plus romantiques. Même s’il s’agira du plus petit score d’un Bond en France (moins de 2 millions de spectateurs, c’est la seule fois que ce seuil fatidique n’est pas franchi), le film réalise un chiffre d’affaire de 191 millions de dollars dans le monde, ce qui reste honorable mais en deçà des succès correspondants aux grands moments de la saga.
 
Ce film, célébrant les 25 ans de la franchise, sera le premier à connaitre l’apparition de copies pirates sur le marché noir (qui ne s’appelle pas encore internet) avant même sa sortie. La production est obligée de faire savoir que la version en circulation est une copie de travail assez éloignée du produit fini.
La croix rouge, qui n’avait rien trouvé à redire en pareille circonstance dans Au service secret de sa Majesté, se plaint cette fois  de la présence de son logo sur les sacs de contrebande des méchants, ce qui oblige la production à placer un carton dégageant la responsabilité morale du comité.
 
La musique pose une dernière série de mini problèmes. Il y a d’abord Pet Shop Boy qui se retire du projet pour ne pas avoir pu réaliser l’intégralité de la bande originale. Puis ce sont les propositions des Pretenders qui sont jugées insuffisantes, et finalement reléguées discrètement dans le film (le morceau que Necros écoute en boucle dans son walkman) ou en générique de fin, dont c’est la première utilisation pour un morceau autonome.
Pour rendre l’hommage qu’il se doit à John Barry, les producteurs offrent à ce dernier la possibilité de faire un caméo en tant que chef d’orchestre dans la scène finale à Vienne. Ils lui devait bien ça.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS


(Un «feu à volonté» déclenché par un général tchétchène rendu fou par une prise massive de Krokodil, demandant à ses hommes de vider leur chargeur sur notre héros, au moment où ce dernier tentait de libérer un groupe de combattantes ukrainiennes détenues dans un container qu’il tentait de faire décoller à l’aide d’un drone Herculeum piloté à partir de son agrafeuse customisée)
 
Le retour d’un James Bond plus sombre, plus torturé et faillible (au moins dans la première partie du film) dans un environnement retrouvant ses racines d’un univers d’espionnage et de guerre froide, avec un acteur enfin capable d’effectuer quelques-unes de ses cascades a énormément plu a une partie du public, et soulagé à peu près tout le monde. Le sang neuf proposé par Timothy Dalton était sans doute nécessaire à la survie de la franchise, même si, comme nous allons le voir, cela ne s’est pas avéré suffisant pour faire redécoller la saga, dans le cœur du public le plus jeune notamment. James Bond n’avait déjà plus depuis quelques années le monopole de l’actionner qui défrayait la chronique, de nombreux nouveaux héros caracolant en haut des hits parades. L’histoire nous a appris que le réel redémarrage allait devoir attendre le changement d’acteur suivant.
 
Si le film ne manque pas de qualités (surtout dans sa première partie), sa principale force est en même temps sa plus grande faiblesse, une absence de colonne vertébrale quant à la tonalité à donner au récit. Ce qui permet quelques très bonnes scènes, surtout quand le ton se veut sombre et réaliste (la séquence des deux snipers, la confrontation entre Bond et Pushkin…) et de plus coupables errements quand le film cherche à prolonger les facéties Mooriennes (la poursuite sur l’étui de violoncelle, le tapis volant heureusement coupé, et une bonne partie de la partie afghane).  Wilson et Maibaum ayant écrit leur script avant que Dalton et sa vision précise du personnage ne soit choisis, et avec surtout la possibilité que Moore puisse rempiler encore une fois, les scénaristes avaient dû composer un projet hybride ne pouvant déterminer une (nouvelle) direction solide et assumée.

Et c’est sans doute la raison pour laquelle la performance de Dalton lui-même est un peu erratique. Terriblement crédible et intense dans les moments de tension, Timothy est plus limite dans les moments de légèreté ou de séduction (son sourire carnassier face à Kara aurait tendance à effrayer plus d’une jeune fille en détresse), sans doute à cause de la façon dont les scènes sont écrites.
Cette faiblesse d’écriture se retrouve dans de nombreux personnages, parmi les plus importants. D’une Kara à la naïveté envahissante au trio de méchants mal définis, le film propose une copie certes bien plus convaincante que ce que la fin de l’époque Moore proposait, mais ne renvoie pas pour autant la série vers certains des sommets qu’elle avait pu atteindre par le passé.
 
Pour autant, le premier film de Dalton a le mérite de donner envie de découvrir la suite, le public étant curieux de savoir vers ou l’acteur et les producteurs allaient pouvoir amener leur héros favori, une fois établi dans le rôle.
Cette suite, orpheline, allait diviser le public.

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