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Les archives James Bond, dossier 16: Permis de tuer (1989)

14 mai 2022 14 min read

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Les archives James Bond, dossier 16: Permis de tuer (1989)

( 14 minutes)

See ya Leiter
 


Quotient James Bondien: 6,42

(décomposé comme suit:)
 
BO: 5/10
Il y a boire et à manger dans cette bande son protéiforme, qui alterne le pas mauvais et le franchement exécrable. Michael Kamen tourne (avec cet unique essai) définitivement la page d’un John Barry désormais malade, dont les fans mettront plusieurs films à faire le deuil. Le choix de Kamen n’est évidemment pas un hasard, puisque le compositeur a entre autre travaillé sur L’arme fatale et Piège de cristal, deux symboles du film d’action que les producteurs veulent défier avec ce 16ème James Bond. La greffe ne prend que partiellement, avec quelques jolies réutilisations du thème 007, quelques chouettes accompagnements d’ambiance, mais aussi des titres indépendants relativement catastrophiques (« wedding party » ou « Dirty Love » pour la scène de bar). Notons enfin « If you asked me to », repris plus tard par Céline Dion, qui en fera un tube. Toute une époque.
 


Titre générique: 5/10
Imaginé pour être interprété par Eric Clapton et Vic Flick (le guitariste du tout premier thème de James Bond, en 62), le titre est finalement offert à Gladys Knight, qui interprète une version très proche de ce que pouvait proposer Shirley Bassey précédemment. Au point que la chanson contient des samples de cuivre de Goldfinger. Le clip vidéo est réalisé par Daniel Kleinman, qui va prendre la suite de Maurice Binder pour la conception des génériques de Bond, dès GoldenEye. Un titre fonctionnel qui manque sans doute d’une (grosse) pointe de personnalité pour passer à la postérité. Il faut dire que la concurrence est rude, au sein de la saga.
 
Séquence pré-générique: 6/10
Une scène qui met en place la trame du filme tout en proposant une cascade marquante est forcément une bonne séquence d’ouverture. Le harponnage de l’avion de Sanchez, combiné avec l’arrivée de Leiter et Bond sur le parvis de l’église est brillamment exécuté, et lance l’engrenage fatal qui va suivre.

Générique: 6/10
Le dernier travail de Maurice Binder est également le marqueur définitif de la façon dont le naguère brillant concepteur de générique de Bond (même si nous n’oublions pas que c’est Robert Browjohn qui a inventé le concept (1)) n’était plus vraiment, depuis quelques films, en mesure de se ré-inventer. Un ou deux collages font mouche, dans un flot d’images qui auraient pu illustrer n’importe quel épisode de la série.
 
James Bond Girls: 7/10
Même si leurs rôles ne sont pas complètement brillamment écrit (la façon dont l’une et l’autre tombent amoureuses de Bond, la gestion un peu pataude du triangle amoureux…), Talisa Soto mais surtout Carey Lowell livrent le meilleur d’elles-mêmes, compte-tenu des dialogues qui leur sont donnés. Lowell, en ex-agent de la CIA et pilote badass, alterne l’action et la comédie avec un brio certain, et offre une très chouette prestation dans le créneau assez surchargé de la JB girl.
 
Méchant(s): 7/10
Certes, le principal badguy de cette histoire ne cherche pas à détruire le monde avec une technologie avancée et des moyens démesurés. D’accord, il n’a aucune raison de s’opposer à Bond autrement que pour sauver sa peau. Oui, enfin, le rôle du baron de la drogue est un secteur assez prisé dans l’univers de la série télé U.S. et de l’actionner des années 80. Tout cela est vrai et aurait pu aboutir à ce que le personnage de Sanchez soit oublié.
Sauf que Robert Davi fait particulièrement bien le job, qu’il se montre à la fois parfaitement menaçant et d’une intelligence au moins égale à celle de son adversaire, doté d’un code moral compréhensible et implacable, et il est accompagné d’une cohorte d’hommes de main (menés par un Benicio Del Toro à la jeunesse incandescente) aussi différents que complémentaires.
 
Cascades: 7/10
Nombreuses, périlleuses et pleines d’imagination, les cascades de Permis de tuer offrent surtout l’avantage, par rapport à tant d’autres Bond -surtout ceux de la période Moorienne-, de parfaitement s’intégrer dans l’histoire. A ce titre, la séquence du ski nautique pieds nus est un petit bijou de mise en place et d’exécution. La dernière partie du film offre son lot de petits plaisirs avec de gros poids lourds. Dernier détail à retenir, ces moments purement bondiens ne viennent pas casser une ambiance générale qui se veut sérieuse et violente.

Scénar: 7/10
Si les écueils existent (leur absence aurait été singulière dans un film de Bond, particulièrement s’il est écrit par Maibaum et Wilson), ils ne sont pas suffisamment importants pour faire sortir le récit de sa ligne directrice. Certes, on peut se demander comment Q se retrouve à ce point investi dans une vendetta personnelle concernant Bond. Les personnages féminins manquent ici ou là de la consistance qui aurait convenu à un film pleinement réussi, mais ces différents reproches n’éclipsent pas les réelles réussites du script: une réelle unité de ton, une noirceur et une violence qui portent et structurent efficacement cet épisode atypique. L’équilibre entre action et récit (Wilson a cité Yojinbo, de Kurosawa, pour expliquer l’angle d’attaque de 007 sur Sanchez) permet un mélange des genres (Bond mixé au revenge movie) explosif et maîtrisé.
 
Décors: 7/10
Peu de création pure ici, pas de Pinewood cette fois, mais une réutilisation judicieuse de l’existant. Du centre de méditation revisité à la demeure stupéfiante de Sanchez, les lieux marquants sont divers et parfaitement intégrés à l’histoire. Peter Lamont n’est certes pas aussi démonstratif que Ken Adam (cela dit, c’est aussi le script -et le budget- contribue à réfréner ses éventuelles ardeurs) mais il remplit sa fonction parfaitement.
 
Mise en scène: 7/10
Cinquième et dernier Bond pour John Glen (qui marquera presque sa fin de carrière, si l’on regarde ce qu’il a pu faire par la suite), qui retrouve des couleurs, un sens du rythme et des cadrages parfaitement dans l’esprit du script, une sorte de chant du cygne d’un artiste qui ne se savait cependant pas menacé. Son meilleur boulot, de son propre aveu.
 
Gadgets: 6/10
Nombreux sans être totalement marquants, ils sont fournis par un Q en goguette qui n’a rien de mieux à faire pendant ses vacances. Plus fonctionnels que spectaculaires (le fusil à signature digitale, le dentifrice / paquet de cigarette explosif) ils servent Bond dans son entreprise de vengeance avec sérieux.
 
Interprétation: 7/10
Cette fois, Maibaum et Wilson ont pu écrire un rôle dans l’esprit de ce que Dalton proposait, plus proche de la noirceur d’un roman de Fleming. Et en effet, Timothy délivre une performance bien plus homogène que lors de son premier essai, proposant enfin le James Bond qu’il avait en tête en débarquant sur la franchise. A ses côtés, Davi, Lowell, Del Toro, Anthony Zerbe ou Everett McGill s’en donnent à cœur joie. Même Desmond Llewellyn, dans le rôle le plus étoffé de toute la série, semble parfaitement à son aise.

JAMES BOND ROUTINE:
 
– Drague: Le rapport le plus surprenant entre Bond avec la gente féminine dans ce film n’est sans doute pas les deux James Bond girls qu’il tente de séduire (Pam et Lupe). Non, c’est avec la femme de Felix Leiter que les choses sont curieuses, puisque cette dernière se montre beaucoup plus démonstrative et amoureuse de Bond qu’avec l’homme qu’elle épouse. Ce qui explique peut-être la relative bonne humeur de l’agent de la CIA à la fin.


– Plus loin que le bisou ? Avec les deux personnages féminins principaux. Parce que, qu’on se le dise, James est insatiable.
 
– Bravoure: Se faire hélitreuiller pour accrocher la queue d’un avion est assez héroïque, nous pouvons l’admettre.

– Collègues présents: Aucun.
 
– Scène de Casino ? C’est celui de Sanchez, dans la république imaginaire de Isthmus.


– My name is Bond, James Bond: Sans la partie « my name is… » à Sanchez, en lui tendant une main que le méchant ne lui serre pas.
 
– Shaken, not stirred: Dans le casino, à Pam et devant Lupe. Avant que Pam ne reprenne l’expression en la mimant (et ne goute le breuvage qu’elle semble trouver horrible).


– Séquence Q: Le film est une longue séquence Q, qui se cristallise dans la chambre d’hôtel à Isthmus City.
 
– Changement de personnel au MI6: Pas cette fois, mais en attendant le grand bouleversement de GoldenEye.
 
– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Il y a d’abord Killifer qui cherche à jeter Bond dans la trappe à requins. Ensuite Sanchez qui bêtement, pense que placer l’espion sur le tapis roulant servant à concasser les blocs d’héroïne est une bonne idée. Et puis enfin, le même Sanchez qui retient son couple machette final pour écouter ce que Bond veut lui dire. C’te nouille.

– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Sanchez en tue deux, le premier (Krest) parce qu’il est dupé par Bond, le deuxième (le comptable avide) parce qu’il est excédé. Faut le comprendre.
 
– Nombre d’ennemis tués au cours du film: 11, ce qui n’est pas un si grand nombre, quand on pense aux si nombreux autres films ou Bond n’aura officié que par esprit du devoir.
 
– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? « Bon appétit ». ou « he met a dead-end« . On sent que Dalton n’est pas vraiment fait pour ça. Chacun ses spécialités.
 
– Un millésime demandé ? Un Bollinger RD, comme dans le précédent film. Placement de marque ? Si c’est le cas, Don Perignon et Bollinger ont gagné haut la main les appels d’offre depuis 1962.
 
– Compte à rebours ? Pas ici.


– Véhicules pilotés: Un hydravion attrapé au vol, un hors-bord de type cigarette, et un camion citerne.
 
– Pays visités: Floride, Bahamas et République d’Isthmus (en vrai le Mexique).
 
– Lieu du duel final: Un camion-citerne dans le désert.
 
– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Non, mais l’eau n’est jamais loin: la piscine de l’ex-repère de Sanchez.

PRÉ-PRODUCTION
 
Le premier script se passe en Chine. Le vilain principal est un seigneur de guerre local, et il est prévu un combat au milieu de l’armée en terre cuite découverte peu de temps avant, une poursuite ans la cité interdite, et une autre en moto sur la muraille de Chine. Alors que des repérages ont commencé sur place, une résistance locale fait que le projet ne voit pas le jour.
Richard Maibaum et Michael G. Wilson, le duo de scénaristes en place depuis Rien que pour vos yeux (Wilson étant aussi co-producteur de la série avec son beau-père Albert Broccoli) réadaptent donc le script et se rabattent sur la Floride. Le seigneur de guerre se mue en baron de la drogue.
 
On réutilise un des derniers fragments de l’œuvre de Fleming non encore exploité, the Hildebrand Rarity, auquel on ajoute un zest de Live and let die (pour la jambe mangée d’un protagoniste) et un soupçon de Opération chloroforme (autrement appelé Goldfinger), le méchant étant cette fois le grand satan, la figure ultime du grand banditisme international  de cette fin des années 80.
 
Enfin, le grand changement par rapport à Tuer n’est pas jouer est que Maibaum et Wilson tiennent compte de la présence de Timothy Dalton et sa vision du personnage. Wilson est ravi de pouvoir proposer sa propre version de Yojimbo, sur le principe du héros qui s’introduit dans le cercle de l’ennemi pour semer le trouble et la propre perte du méchant. Il doit en effet terminer le script seul, quand une grève des scénaristes (ce n’est pas la dernière qui affecte l’écriture d’un Bond (2)) empêche Richard Maibaum de terminer sa collaboration avec la série dans les règles.

TOURNAGE
 
Il s’étend du 18 juillet au 19 novembre 1988, et se déroule principalement entre le Mexique et la Floride, et tentera de respecter son budget initial de 32 millions de dollars (stable depuis 6 ou 7 films, mais devenu pour le coup un peu famélique eu égard aux couts de productions qui ne cessent d’augmenter et surtout face à la concurrence qui se dote de mise de fond de plus en plus conséquentes.
 
Pas grand-chose à retenir de la présence de l’équipe en Floride, dont le séjour est aussi confortable que sans accident particulier. Le gouverneur de l’état est un immense fan de la franchise, et fait tout pour faciliter les choses, obtenant les autorisations les plus inattendues. Pour le remercier, on va jusqu’à lui confier un petit rôle, celui d’un  officier des douanes, car rien ne pouvait lui faire plus plaisir que d’apparaitre dans un James Bond.
 
Au Mexique, les choses ressemblent plus à un tournage habituel : les problèmes les plus saugrenus s’accumulent, les dangers les plus divers ne sont jamais absents.
Les studios Churubusco, choisis pour remplacer Pinewood (essentiellement pour respecter des contraintes financières), sont vieux et vétustes, car peu d’entretien lui ont été prodigué depuis leur fabrication sous l’impulsion d’Howard Hugues, dans les années 40.
Ce sont pourtant les routes escarpées de montagnes environnantes qui laisseront le plus de souvenirs impérissables. Les pépins ont tendance à s’enchainer, au point que la rumeur d’une malédiction commence à planer. Le lieu qui sert de décors au cascades des camions serait hantés car cinq nonnes (et un chien) y auraient trouvé une mort horrible dans un accident de minibus spectaculaire. Les choses en arrivent au point que l’on discerne une main de feu démonique (photo visible dans les bonus du DVD/Blu-ray du film) sur un cliché d’une des cascades pyrotechniques. Les plus goguenards et incrédules commencent à rire jaune au fil des problèmes rencontrés.

La scène où un camion percute la paroi rocheuse est gardée, car son caractère imprévisible ne peut être reproduite si elle était programmée. La cascade ou la remorque doit dévaler la pente pour percuter un autre camion nécessite de très nombreuses prises car la remorque ne garde jamais la même trajectoire, pendant que celle où Bond saute de l’avion sur le toit du camion demande 4 jours de travail, pendant lesquels le cascadeur reste à jeun au cas où il doive subir une opération à la suite d’un atterrissage loupé aux conséquences physiques forcément violentes. Il finit la période en état de loque.
 
L’avion en question est garé tous les soirs sur une piste aménagée en haut de la (petite) montagne, et laissé à la surveillance d’un grand-père et son petit-fils, qui dorment sur place, habitant une maison isolée. Ils sont réveillés une nuit en panique quand 12 policiers de la brigade des narcotiques débarquent armés et vêtus de gilets pare-balles, les menaçant des pires conséquences s’ils n’avouent travailler pour un cartel, et se servir de l’avion pour les livraisons clandestines. Avant de se retirer en rigolant comme des idiots, tout contents du tour qu’ils viennent de jouer.
 
Desmond Llewelyn est ravi d’avoir enfin un rôle étoffé et de nombreuses scènes, pour une fois en extérieur. Il s’amuse comme un jeune acteur débutant. Benicio Del Toro, quasi débutant (c’est son seulement deuxième film), est parfaitement confus quand il entaille avec son couteau le doigt de Dalton dans la scène de combat sur le tapis roulant. Quant à Wayne Newton, star TV de l’époque et chanteur à Las Vegas, il était prêt à tout pour apparaitre dans un Bond, et propose une composition assez mémorable, dans laquelle il improvise une partie des phrase que prononce son personnage. Béni soit-il.
Carey Lowell est si proche de son personnage, si efficace dans les scènes de bagarres que l’équipe des cascadeurs décident de baptiser les trois camions de la scène finale Pam I, II et III.

POST-PRODUCTION
 
Avec ses 147000 mètres de pellicule utilisés, Permis de tuer est un des films qui va demander le plus gros travail de montage. Les premiers visionnages débutent en février 89, et vont être suivis de 5 mois de désaccords, de scènes coupées ou tronquées, et de délibérations houleuses. Un des enjeux de départ est d’éviter l’interdiction sous les 15 ans et les 13 ans, des deux côtés de l’Atlantique. Deux scènes, notamment, posent de gros problèmes: la tête de Brest qui explose dans le caisson pressurisé, et la jambe de Leiter dévorée par un requin. Après de multiples projections (et autant d’efforts de la part de la production) la BBFC (le british board qui délivre les visas d’exploitation confirme l’interdiction aux moins de 15 ans. Après avoir fait appel, et comprenant qu’elle ne réussira pas à infléchir la « sanction » du board, la production décide d’arrêter les frais: elle n’amputera pas plus son film
(Certain membres du comité de censure se réjouissant qu’enfin la franchise Bond ne soit plus miraculeusement exonérée comme ils pensent qu’elle l’a été jusque-là depuis ses origines, grâce à son côté fun).
Ça sera donc la première fois qu’un James Bond sortira nanti de cette interdiction.

Plus grave, United Artists impose un changement de titre en plein début de campagne de promotion, arguant que Licence Revoked sonne terriblement mal pour le public américain (dont une partie ne comprendrait même pas le deuxième mot du titre) avec son côté permis de conduire retiré. Pour parfaire la chose, l’agence de publicité chargée de promouvoir le film change trois fois en cours de campagne promotionnelle, ce qui va en bonne partie ruiner le lancement du film aux États-Unis. Ça sera d’ailleurs le seul pays dans lequel ce 16ème épisode est un échec, avec 157 millions de dollars de recettes (il est sévèrement battu par Batman (411) et L’Arme fatale 2 (227) cette année-là).
 
Si John Glen est très fier de son travail (il considère non sans bon sens que c’est le meilleur film de sa carrière), le relatif échec du film convainc Cubby Broccoli, dont ça sera le dernier déplacement sur un plateau -qu’il quitte cependant pour maladie-, qu’ils sont allé trop loin dans le sérieux et la violence, et qu’il est nécessaire de réintroduire une dose de fun et de légèreté dans la recette.
En guise de symbole de cet adieu (temporaire ?) à la noirceur, ce film est le dernier où on voit James fumer.
 
Permis de tuer n’est pas avare en fun-facts: dans ce film Bond rencontre Coplan (célèbre personnage de fiction appartenant aux services secrets français, lui aussi né en 1953), puisque l’acteur qui joue le directeur de la banque avait incarné Coplan quelques années auparavant. Bond n’a jusque-là jamais rencontré l’autre espion célèbre OSS117. Le film a dû être renommé en Italie, pays qui avait rebaptisé en 1962 Dr. No… « Permis de tuer ». Enfin, en vacances en Amérique du Sud, Robert Davi (Sanchez) est embarqué contre son grès par deux gros bras de la pègre locale qui le présentent au baron de la drogue pour qui ils travaillent, ce dernier voulant féliciter Robert pour son interprétation parfaite !

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS
(Un feu nourri de questions, que lui posent ses geôliers, au cours de longues séances d’interrogatoires musclés coutumières des prisons russes. Mais il se refuse à complètement rester mutique malgré les semaines qui passent et la barbe qui s’allonge, car il y a cette militaire aux yeux noisettes qu’il ne peut s’empêcher de chercher à séduire, et dont il ne se doute pas encore à cet instant qu’elle l’aidera à s’évader quelques jours plus tard, à l’aide de trottinettes montées sur patins à glace, grâce auxquelles il fendront la nuit, serrés l’un contre l’autre, en visant l’aube et le brin de chaleur de la liberté.)
 
Inévitablement, dans une série de 25 films étalés sur 60 ans, certains épisodes marquent un tournant.
C’est le cas ici, puisque sept personnes essentielles tirent leur révérence et disent adieu à la série à l’issue de Permis de tuer.
Il y a le producteur historique Albert Broccoli, dont les problèmes de santé ne lui permettront plus de s’occuper d’un Bond «physiquement»  (il sera en pleine opération du cœur pendant GoldenEye six ans plus tard), qui laisse définitivement la main à son beau-fils et sa fille. C’est aussi le denier film de John Glen qui aura couvert la décennie complète avec pas moins de 5 films de la saga. C’est encore le dernier scénario de Richard Maibaum qui avait embarqué dans l’aventure dès Dr. No. C’est surtout le dernier générique de Maurice Binder, fidèle au poste depuis Goldfinger. Côté acteur, la page se tourne pour Bond, M et Moneypenny : Timothy Dalton (qui refusera de poursuivre en 1995), Robert Brown et Caroline Bliss (qui n’aura tenu le rôle de la secrétaire de M qu’à deux reprises, comme le héros) font leurs dernières apparitions ici. Une page se tourne. Une nouvelle ère peut advenir.

En ce qui concerne Dalton, on ne peut que regretter amèrement son si peu judicieux choix de carrière en refusant de rempiler (3) lorsque les problèmes de rachats de la MGM et d’United Artists seront enfin résolus. Quand on connait la qualité du troisième film de chaque acteur (le meilleur Connery ? Le meilleur Moore ? Le meilleur Craig ? Il n’y a qu’avec Brosnan que la question est très discutable…), il aurait sans doute été passionnant de suivre les nouvelles aventures d’un Timothy Dalton en pleine confiance et parfaitement à l’aise dans le rôle.
 
Ce qui est enfin intéressant, c’est de voir comment Maibaum et Wilson ont eu l’intuition d’abord d’un reboot (avec Tuer n’est pas jouer) puis d’un Bond sombre et violent, deux tendances que le désormais uniquement producteur Michael G. Wilson, associé à sa demi-sœur Barbara Broccoli, combineront avec l’arrivée non pas de Pierce Brosnan mais Daniel Craig.
 
Quand ce film déplait, c’est parce qu’il semble peu Bondien aux yeux de certains fans. Dans un film où son héros ne foule à aucun moment le sol de sa gracieuse Majesté, et décide d’assouvir une vengeance dans un contexte qui a pu paraitre artificiel, l’appui curieux d’un Q en vacances n’a pas toujours convaincu. Pourtant, le film propose déjà de manière drôlement efficace ce qui fera le sel d’un Bond next generation, tout en retournant à certains fondamentaux Flemingiens : une alliance parfaite entre le cool et le brutal, le spectaculaire et le glamour. La nouvelle génération de producteurs commencera donc par respecter la volonté de la figure paternelle en revenant à une formule plus légère et fun (avec les quatre Brosnan) avant de replonger vers les racines, avec Casino Royale.

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