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Les archives James Bond, dossier 23: Skyfall (2012)

21 mai 2022 13 min read

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Les archives James Bond, dossier 23: Skyfall (2012)

( 13 minutes)

Je l’M à mourir

Quotient James Bondien: 7,33
(décomposé comme suit:)

BO: 6/10

La bande originale de Thomas Newman n’est pas désagréable, elle accompagne plutôt efficacement plusieurs des scènes les plus importantes du film, elle souffre cependant d’un manque criant de personnalité, et d’une absence de lignes mélodiques fortes. Un accompagnement sonore fonctionnel qui aurait presque pu illustrer n’importe quel film de cette époque. On ne peut pas en dire autant de son single.

Titre générique: 8/10
Skyfall, interprété par Adele fait partie de ces « instant classics » qui ont à la fois la force de l’évidence et la capacité à résister au passage du temps. S’inscrivant parfaitement dans la longue lignée des titres inoubliables de la série, il possède une force propre qui lui permet d’exister en dehors de la logique du film, que l’on soit amateur de son interprète ou non. Un morceau qui colle parfaitement, qui plus est, avec le riche générique de Daniel Kleinman. Légende ou non, Adele ne serait plus en mesure de réinterpréter le titre à l’identique, car selon elle, ce sont les hormones de grossesse qui lui ont permis de descendre aussi bas en tonalité pendant l’enregistrement.

Séquence pré-générique: 9/10

Certains considèrent que cette ouverture est la meilleure de la franchise, et il est difficile de leur donner tort. On pourra mettre tout le monde d’accord en estimant qu’elle fait partie des toutes meilleures, dans tous les cas. Parce qu’elle allie cascades radicales, effets saisissants et décors naturels parfaits, elle peut se revoir en boucle pour effectuer une démonstration de son installation de home cinema. La poursuite en moto sur les toits du grand bazar d’Istanbul, la séquence du tractopelle sur le train sont de grands moments de la saga James Bond.

Générique: 8/10
Daniel Kleinman a repris les rênes des génériques depuis GoldenEye et le retrait de Maurice Binder, alors qu’il avait été remarqué pour avoir réalisé le clip vidéo de la chanson Licence to kill pour Gladys Knight. Il charge légèrement la barque ici, mais les images impactantes sont nombreuses, à commencer celle de notre héros disparaissant, aspiré dans un trou au fond de l’eau, illustrant le titre du film du meilleur effet.
Le film fait donc un démarrage parfait jusque-là, donc.

James Bond Girls: 6/10
Peut-on parler de point faible simplement parce que le scénario ne suit pas les sacro-saintes règles de la franchise (deux JB girls, une qui meurt, l’autre qui finit dans les bras du héros) ou au contraire peut-on estimer que ce changement constitue une bouffée d’air appréciable ? L’un dans l’autre, même si la performance de Bérénice Marlohe est excellente, c’est l’écriture et la place laissé à son personnage qui ne permet pas de la hisser tout en haut du panthéon, comme d’autres filles avant elle. La façon dont Bond la considère pose elle aussi son lot de questions… Et si au fond, la véritable James Bond girl du film était M ?

Méchant(s): 8/10

Silva, magnifiquement interprété par Javier Bardem, est incontestablement un des points forts du film. Le handicap physique du héros n’est heureusement évoqué que de manière fugace, pour laisser toute la place à ses blessures psychologiques. Le méchant ne veut pas détruire le monde ou faire chanter les puissances politiques de la planète, mais juste se venger, après avoir attiré l’attention de maman, non sans avoir questionné Bond sur sa place dans l’époque. Sa réaction quand, à la fin il comprend qu’il ne pourra pas mener à bien son projet, est magnifique.

Cascades: 7/10
Presqu’uniquement concentrées dans le premier quart d’heure du film, les cascades du film n’est sont pas moins percutantes et mémorables. On ne répètera jamais assez tout le bien que les cascades réelles d’un film de Bond continuent à amener dans un univers du divertissement, par ailleurs presque entièrement tourné vers le fond vert et les effets numériques (même s’il y en a quand même un peu ici).

Scénar: 8/10

S’il contient son inévitable lot d’incohérences propre à l’univers de l’espion britannique (comment Silva devine-t-il le moment précis ou Q va tenter de déverrouiller son ordinateur  portable ? Comment savait-il que cela allait arriver au moment où M serait en audition ? Comment pouvait-il prévoir que le trou qu’il créé dans le métro de Londres allait tomber sur son ennemi avec une précision redoutable ? etc etc etc…), le script est dans l’ensemble d’une remarquable unité, intégrant ses moments d’action avec une légitimité appréciable, intégrant agréablement le background de notre héros et faisant la part belle aux relations des deux plus récurrents personnages de la franchise, Bond et M. Une réussite à saluer, l’apport de John Logan au duo Purvis / Wade n’y étant sans doute pas pour rien.

Décors: 7/10

On pourrait imaginer avoir à faire à des décors 100% naturels, mais bien entendu, il n’en est rien. On en a la meilleure preuve avec la demeure Skyfall elle-même, entièrement conçue par Dennis Gassner et Anna Pinnock (extérieur en écosse, intérieur en studio). Toute la dernière partie du film, magnifiée par le travail du directeur de la photo Roger Deakins, est un plaisir permanent pour les yeux.

Mise en scène: 8/10
Quand la greffe prend, l’apport d’un réalisateur confirmé par ailleurs, venant d’un univers très différent de celui du film d’action, permet à la série de gravir un échelon en termes de qualité. Sam Mendes offre à la franchise son talent de mise en scène, de direction acteurs, et contribue énormément aux choix artistiques mais aussi scénaristiques de ce 23ème épisode. Ceci est sans surprise particulièrement visible dans les moments calmes (puisque de toute façon, une deuxième équipe est toujours à l’œuvre pour mettre en scène les passages les plus dynamiques) ou pendant ceux attachés au développement de l’histoire.

Gadgets: 6/10
Volontiers ravalés au rang d’antiquités inutiles (alors que dans Casino Royale, on implantait dans le bars de Daniel Craig un puce sous-cutanée pour pouvoir le traquer, Q lui donne cette fois une espèce de vieux transistor à antenne rétractable qui aurait déjà paru daté au début des années 80. Sans parler du pistolet à signature palmaire déjà vu dans Permis de tuer 23 ans plus tôt), les gadgets sont réduits à la portion congrue, mais le retour de l’Aston Martin DB5 et son artillerie embarqué provoque un frisson de plaisir à tous les adorateurs de la série.

Interprétation: 7/10
Craig délivre sans doute sa meilleure partition (aidé par un script à la hauteur) et l’ensemble de ses camarades, Bardem en tête, offrent de très solides prestations. Judy Dench se voit offrir une sortie digne de sa présence, Ralph Fiennes campe un Mallory ambigu, et Bérénice Marlohe donne beaucoup en très peu de scènes. Carton plein.

 
JAMES BOND ROUTINE:

– Drague: Une anonyme dans son paradis perdu, et puis Séverine, dont on a bien l’impression qu’il s’en sert plutôt qu’il tente de s’en approcher. Ah, et on allait presque oublier Eve Moneypenny, avec qui le traditionnel flirt semble aller au-delà du rasage de près.

– Plus loin que le bisou ? Avec les deux premières, en tout cas. Dans le deuxième cas, (avec cette approche discrète sous la douche) on a presque l’impression d’un «paiement pour services à venir». Pas très chouette.
Avec Moneypenny, les choses restent floues, mais on préfère penser, par respect de la tradition, qu’ils ont su préserver leur jardin secret l’un et l’autre.

– Bravoure: Pas grand-chose à dire, si ce n’est cet ascenseur sous lequel il s’accroche, juste pour ne pas perdre sa cible.

– Collègues présents: Aucun. Les agents ciblés par Silva ne semblent pas être des 00. De simples infiltrés qui ne méritent qu’une mention fugace.

– Scène de Casino ? Oui, à Macao. Sans doute propriété de Silva.

– My name is Bond, James Bond: Au même endroit, à Séverine.

– Shaken, not stirred: La consigne est vue, mais pas dictée. Fine allusion.

– Séquence Q: Assez minimaliste, au musée, devant un jeune Q boutonneux, devant «Le dernier voyage du Téméraire» de Turner.

– Changement de personnel au MI6: Un nouveau Q et une nouvelle Moneypenny, et un passage de relais entre deux M. On peut presque parler de changement complet.

– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: Sur l’île, Silva ne va pas droit au but, mais on comprend juste après qu’il s’agissait d’un oubli délibéré. Au bout du compte, le calcul s’avère mauvais.

– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Il ne le fait pas ! Encore une fois, l‘homme a son agenda, et un code moral.

– Nombre d’ennemis tués par Bond au cours du film: 17, ce qui se situe dans la bonne moyenne de notre héros.

– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? «J’ai toujours détesté cet endroit» ou plus tard «Jusqu’au dernier rat». Craig ne s’inscrit définitivement pas dans la lignée des Bond avec sens de la répartie définitive.

– Un millésime demandé ? Aucun cette fois.

– Compte à rebours ? Nope !

– Véhicules pilotés: Une Land Rover Defender (avec juste une main sur le volant), une pelleteuse, une Aston Martin DB5.

– Pays visités: Turquie, Chine (Hong-Kong et Macao), Angleterre et Ecosse

– Lieu du duel final: Une chapelle isolée dans le domaine de Skyfall.

– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? On en est assez loin : le bureau de M.

PRÉ-PRODUCTION

Le recrutement de Sam Mendes est atypique. Alors que ce dernier avait sept ans auparavant fortement déconseillé à Craig d’accepter le rôle de Bond, voire de le refuser dans tous les cas, quand il croise cette fois l’acteur au restaurant et que Craig lui demande s’il ne veut pas mettre en scène le prochain épisode, il répond «oui !» sans même prendre une seconde pour réfléchir. Les deux hommes se connaissent depuis Les sentiers de la perdition et sont en effet restés en très bons termes. Après cette rencontre, Daniel Craig qui ne va pas tarder à accepter un rôle de coproducteur des épisodes 24 et 25, n’a aucun problème pour convaincre Barbara Broccoli et Michael G. Wilson de valider ce choix. Mendes est ravi de pouvoir retrouver son âme de 12 ans, quand il était super fan de Roger Moore dans le rôle de l’espion.

Au moment où le réalisateur rejoint l’équipe, un premier script, écrit par Purvis et Wade (qui travaillent sur la franchise depuis Le monde ne suffit pas), nommé «Once Upon a spy» a commencé à circuler. Mendes la refuse en bloc et on repart de zéro. Il veut quelque chose qui puisse s’inspirer de ce que Nolan a réussi avec Dark Knight, dont le succès, quatre avant, a marqué les esprits.

Un évènement potentiellement assez lourd leur permet de gagner un peu de temps, n’est autre que la mise en faillite de la MGM. Quand les solutions financières sont trouvées pour renflouer le studio, une deuxième version du scénario est proposée, portant le titre «Nothing is forever». Les grandes lignes de l’histoire sont là, Mendès appelle un troisième homme pour peaufiner les détails et soigner quelques dialogues, en la personne de John Logan.
Car Mendes possède un bagage, une crédibilité et une aura suffisante pour imposer la plupart de ses choix, a un mot à dire sur presque tous les aspects de la pré-production, et attire tous les acteurs qu’il souhaite pour le casting. Le scénario avait d’ailleurs nommé son vilain «Javier Bardem» car il semblait aux scénaristes qu’il serait parait dans le rôle, et Mendes n’a pas besoin de beaucoup pousser pour le convaincre.

La conférence de presse pour annoncer le lancement de la production de Skyfall se fait le 3 novembre 2011, 50 ans jour pour jour après l’annonce du choix de Sean Connery pour Dr No. Tout le film sera placé sous le signe de l’anniversaire de la naissance de la saga.

TOURNAGE

Le tournage débute le 7 novembre 2011, et est prévu pour durer au moins 27 semaines, et débute à Londres.

La scène où Bond rejoint Londres après plusieurs mois d’absence mérite deux remarques. Il faut d’abord souligner qu’il s’agit de l’appartement de John Barry, qui est mort en ce début d’année 2011. Il s’agit là d’un joli hommage de la production à l’ancien compositeur magnifique de la franchise. Ensuite, la scène donne une idée de la façon dont Mendes entend diriger le film. Estimant que l’échange aplanit trop les différents qui opposent les deux personnages, dont il veut se servir comme colonne vertébrale de l’intrigue, il demande aux scénaristes de la réécrire entièrement, et la retourne quelques jours plus tard.


Judy Dench est impressionnée comme rarement par la minutie employée par la production, qui va se nicher dans les moindres détails des décors et des accessoires (les dossiers sont réellement composés, par exemple) et ne doute pas que Mendes y est pour beaucoup.
Pendant ce temps-là, Ben Whishaw comprend ce que la série signifie dans le cœur des gens, quand il annonce à son entourage proche qu’il va incarner le prochain Q.
Londres est le théâtre d’une péripétie amusante. Apprenant que le tournage prend place dans la rue d’à côté, une troupe d’étudiants en musique décide de jouer à la trompette et divers autres instruments à vents le thème de 007 pendant une partie de la matinée, ce qui perturbe et retarde l’équipe, qui doit aller les voir pour leur demander gentiment de cesser leur hommage envahissant.

Javier Bardem est plutôt nerveux pour sa première scène. Il faut dire que c’est également celle où il apparait pour la première fois à l’écran et que le monologue ne manque pas d’exigence. Autre détail éclairant la minutie de Mendes: le réalisateur avait mesuré la distance que prenait la récitation du monologue, en marchant au rythme qui serait celui du méchant, pour faire construire le décor à la taille requise pour que cela colle parfaitement au timing désiré. Pour lui, le décor possède avant une dimension narrative et psychologique.
Le courant passe immédiatement et extrêmement bien entre Bardem avec Craig, ce qui facilite grandement son intégration dans l’aventure.
De son côté, Naomie Harris arrive si bien préparée qu’elle est allée jusqu’à passer six semaines à s’entrainer à l’art du rasage avec une lame vintage. Un certain sens du professionnalisme.

La grande scène du métro est décidée un peu au dernier moment, et sera cependant celle qui demandera le plus de préparation, une immense infrastructure de poutrelles métalliques étant installée en hauteur pour soutenir les quelques tonnes des rames disposées en hauteur. L’intégralité du dispositif est automatisé (jusqu’aux 10 caméras, pilotés à distance) pour permettre que le studio soit vide de tout personnel pour minimiser les risques d’accident. Pourtant, la catastrophe n’est pas loin puisque la rame de tête termine sa course à moins de 5 centimètres du grand bassin de Pinewood, qui se tient juste à côté. La première prise sera la seule, au grand soulagement de tous.

L’extérieur de la maison d’enfance de Bond est construit sur le golf de Hankley Common, mais c’est bien en studio que les explosions finales auront lieu, l’hélicoptère pénétrant la demeure étant l’un et l’autre des maquettes aux échelles 1/3 et 2/3.

La dernière scène entre Dench et Craig se tourne le dernier jour de tournage de l’actrice, et c’est une journée très chargée émotionnellement, Judy étant aussi soulagée que triste de quitter une maison qu’elle fréquentait depuis presque 20 ans. Elle est contente que cela soit un départ en beauté, et non une scène banale comme pour beaucoup de ses prédécesseurs.

Le shooting se termine en Turquie.
L’endroit inspire à l’équipe un certain nombre d’astuces pour réussir leurs cascades, nombreuses. On installe un poste de pilotage sur le toit de la Land Rover conduite par Moneypenny, ce qui lui permet de se concentrer sur son jeu, tout en permettant à la caméra d’opérer des mouvements à 360°. Pour les plans de poursuite à moto, on pré-remplace les tuiles qui vont être empruntées par les cascadeurs, avant de remettre les originales en place. Et pour que les motos ne dérapent pas, on n’hésite pas à déverser des litres de coca au sol. La Bazar est condamné pendant trois semaines, pendant lesquelles les commerçants reçoivent une indemnité journalière.
La voie ferrée utilisée est choisie car c’est la seule du pays qui n’est pas entourée de poteaux électriques (ce genre de cascade ayant laissé de mauvais souvenirs dans le passé (1). Mais rien n’empêche les aficionados de s’approcher des wagons entre deux prises: la sécurité stoppe trois jeunes gens qui étaient parvenus à se glisser sous ces derniers, à quelques centimètres des acteurs.
 
Le 3 juin 2012, le tournage prend fin.

 
POST-PRODUCTION

Avec ses 1,10 milliards de dollars de recette, Skyfall est le James Bond le plus couronné de succès dans le monde, quelles que soient les réévaluations appliquées. Le film sera couronné de plusieurs récompenses internationales, dont un oscar, pour le meilleur mixage.
Il est le film de premières, dont une étonnante: c’est la première fois qu’il pleut dans un Bond.
Mais c’est aussi le premier film de la franchise à être entièrement tourné en numérique.
Il atteint un autre record, moins glorieux: il engrange plus de 45 millions de dollars en placement produits (coucou Heinkein !, entre autre).
 
Il multiplie les clins d’yeux. Le single d’Adele sort le 5 octobre 2021, qui est l’anniversaire exact de la sortie de Dr No. Il est diffusé pour la première fois à la radio à 0h07 GMT. Et pour appuyer l’hommage, on découvre un tableau de Modigilani dans la scène de Hong-Kong, qui est célèbre pour avoir été volé, comme l’était le tableau apparaissant dans le premier film de la série, le portrait du duc de Wellington, par Goya.
 
50 ans après, la franchise semble mieux se porter que jamais.
Un succès forcément grisant qui va peut-être contribuer à ce que Barbara Broccoli, Michael G. Wilson et Sam Mendes, qui commence par annoncer qu’il ne veut pas réaliser un deuxième film, relâchent inconsciemment leurs efforts…

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS (Un feu-follet, qui semble stagner au-dessus du marécage qu’il traverse sur une pirogue de fortune, ramant à l’aide d’un morceau de panneau publicitaire en bois qu’il a arraché en s’enfuyant du Roadhouse dans lequel il avait été agressé par une demi-douzaine de rednecks avinés, lorsque ces derniers ont découverts que notre héros avait débusqué leur chef, notable affilié du KKK, pratiquant le trafic sexuel de mineurs dans la bible-belt.)

Le succès de Quantum of Solace était un trompe-l’œil. Si le film avait rempli les salles, il n’avait contenté ni les fans ni les critiques, ce qui constituait une petite douche froide pour beaucoup, après le succès total du concept innovant de Casino Royale. L’arrivée de Sam Mendes remet le projet Daniel Craig à l’endroit où chacun le souhaitait : un univers doté d’une plus grande cohérence, dans lequel les personnages bénéficient d’une réelle épaisseur scénaristique, dotés d’émotions qui enrichissent la saga, résonnant avec l’époque. Un petit tour de force.
 
Car le scénario pose beaucoup de bonnes questions. Sur la place des services secrets (britanniques ou non) dans un monde gangréné par le terrorisme et les cyber-attaques. Sur la celle, plus ancienne,  des héros vieillissants dans un monde nouveau (le mythe est-il dépassé ou les menaces sont-elles sans commune mesure avec ce qu’elles étaient auparavant ?) et, plus précisément, sur la nature des relations qu’entretiennent Bond et M.
 
En plaçant M comme figure parentale de substitution pour Bond, Wade, Purvis, Logan et Mendes gagnent sur presque tous les tableaux: c’est l’occasion d’explorer la jeunesse du héros, de souligner la solitude dans laquelle sont murés les deux protagonistes depuis toujours, et enfin de proposer la sortie du supérieur de Bond avec toute l’émotion qui manquait à la franchise jusque-là. Le tout dans un écrin somptueux (un grand bravo au chef opérateur Roger Deakins) et quelques incontournables de la série. Ce n’est pas toujours le cas, mais cette fois, la qualité de fabrication a été récompensée par un raz-de-marée de récompenses et d’entrées en salle, contentant les die-hard fans comme les spectateurs occasionnels de James Bond.
Le succès n’étant jamais assuré ni le fruit d’une recette, la suite allait montrer qu’il allait falloir savourer ce petit moment de grâce, qui resterait comme un des grands moments de la saga, mais un peu orphelin.

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