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Les archives James Bond, dossier 24: 007 Spectre (2015)

27 mai 2022 15 min read

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Les archives James Bond, dossier 24: 007 Spectre (2015)

( 15 minutes)

La menace Fantôche

Quotient James Bondien: 5,83
(décomposé comme suit:)
 
BO: 6/10
Thomas Newman est sans doute victime ici du syndrome « Skyfall 2 », qui saisit également le reste de la production. Lui au moins n’essaie pas d’aller plus loin que dans l’épisode précédent. Il assure une sorte de simple copier-coller, qui reste donc forcément aussi impersonnel que sa bande originale précédente. Certains fans audiophiles se sont même amusés à superposer les séquences pré-génériques pour en souligner les similitudes, plans par plans, et surtout notes par notes.

Titre générique: 5/10
C’est peu de dire que le titre de Sam Smith n’a pas convaincu lorsqu’il est pour la première fois apparu sur les ondes, les demandes de remboursement des 2 euros alors nécessaire pour l’entendre ayant connu un pic inédit de demandes (ce qui ne va l’empêcher de battre un record de ventes). Si une partie de la communauté des fans a accueilli le single avec bienveillance, une assez large majorité l’a rejeté violemment, évoquant l’effet douche froide avec le titre précédent, et reléguant le titre aux oubliettes de la grande histoire des singles bondiens, aux côtés des tentatives controversées de Jack White (et Alicia Kays) ou Madonna. Quelles envoutent ou repoussent, les vocalises Smithiennes sont assez éloignées de l’ambiance attendue chez l’espion anglais.
 
Séquence pré-générique: 7/10
Comme souvent, un avant-goût de ce qui nous attend pour la suite, mais d’une manière non ostensible. Le célèbre plan-séquence est classieux et efficace, mais un poil gâché par un filtre beige envahissant, et débouche sur un exercice assez factice dans lequel une des marques de fabrique de la franchise (des cascades en grande partie réelles) est trahi par une volonté de rechercher le spectaculaire sans panache: les figures les plus risquées de l’hélicoptère sont faites au-dessus d’une foule fictive. Ce qui était le seul élément nouveau du moment. En effet, d’autres films de la saga s’étant déjà ouverts sur une cascade en hélicoptère.


Générique: 6/10
Daniel Kleinman essaie de pousser au plus loin la logique de Skyfall, dont il était déjà responsable, mais en oublie le sens du détail qui avait en partie la richesse du générique précédent. Le symbole envahissant du céphalopode phagocyte une majorité de plans, qui essaient par ailleurs de lier ce nouvel épisode aux anciens de manière presque aussi maladroite que ce le film tentera par la suite. Les inserts de Craig torse nu sont également assez étonnants.
 
James Bond Girls: 6/10
Léa Seydoux et Monica Bellucci ne déméritent pas complètement, mais leurs rôles sont assez pauvrement écrits, ce qui rend leurs performances plutôt neutres. Lucia Sciarra (Bellucci, qui croit d’abord qu’on cherche à la recruter pour le rôle de M) apparait moins de cinq minutes, et Madeleine Swann est placée comme remplaçante de Vesper Lind dans le cœur de Bond sans que jamais nous ne voyons de réelle alchimie entre les deux (en tout cas plus que dans la cadre d’une James Bond girl habituelle), et surtout sans qu’aucune scène ne nous permette d’y croire, ce qui va contribuer à provoquer quelques gros problèmes du 25ème chapitre de la série.
 
Méchant(s): 6/10
Christoph Waltz est un des plus beaux symboles de ce que ce film rate, ou de ce qu’il aurait dû être. La première scène qui introduit Blofeld est presque parfaite, sachant jouer sur les ombres et les silences comme peu de films récents de cette catégorie savent encore le faire. Waltz a montré au moins avec Tarantino qu’il était capable d’interpréter un personnage magnifiquement machiavélique et diaboliquement retors. Mais dès sa deuxième apparition dans le film, presque tout l’échafaudage, bâti avec la scène romaine, s’écroule. Et Walt est livré à lui-même, sans réelle possibilité de devenir le méta-méchant ultime que les scénaristes veulent nous faire croire qu’il est.
 
Cascades: 5/10
Rien n’est pleinement convainquant dans cet opus, et la seule cascade en hélicoptère voit son envergure diminuée par son procédé de tournage, comme nous l’avons vu plus haut. La course-poursuite dans Rome est peut-être la plus molle de l’intégralité de la série, et la séquence de l’avion en Autriche brille par son côté Roger Moore dans un contexte peu approprié, sans moment de bravoure particulier.

Scénar: 5/10
Il est parfois stupéfiant de voir que les trois mêmes scénaristes (et le même réalisateur) que pour *Skyfall* soient à pied d’oeuvre ici. Comment comprendre que tout ce qui a fonctionné dans le film précédent soit si laborieux ici ? Comme nous le verrons un peu plus loin, au moins deux évènements ont sans doute contribué à affaiblir la colonne vertébrale du script. Le second des deux, affectant la dernière partie du film, est particulièrement impactant, car si jusque là, la chasse au trésor de Bond à travers le monde (un lieu, un indice) tient mollement mais à peu près correctement la route, le château de cartes s’écroule sur la fin, les épisodes marocains et surtout Londoniens se montrant particulièrement faibles.
 
Décors: 6/10
Tout n’est pas à jeter dans le travail de Dennis Gassner, mais rien n’est vraiment au niveau de ce que la série a peu proposer par le passé. Le repaire du Spectre à Rome est superbe, l’idée du repaire de Blofeld dans un cratère est très bien trouvé, mais c’est quand quand on entre dans ce lieu que la comparaison joue en la défaveur de Spectre. Une fois qu’on a traversé la zone résidentielle, empruntée à une villa réellement existante (et qui n’a pas trouvé preneur lorsqu’elle a été mise en vente après la sortie du film), la base de Blofeld ressemble à une serre moderne de start-up bio.

Mise en scène: 6/10
Ici encore, c’est comme si une partie du talent de celui qui a si bien travaillé dans le volet précédent s’était dispersé, presque évaporé au fur et à mesure du métrage. Certes, la patte de Sam Mendes est particulièrement visible dans certaines scènes (le plan-séquence, et au moins deux moments à Rome: avant même le repaire de Spectre, ce long travelling arrière où les tueurs dans l’ombre apparaissent derrière Lucia et se font éliminer par Bond. Mais ces beaux moments ne sont que des glaçons de plaisir dans une soupière de cocktail préparée en trop grande quantité. Mendes déroule sans inspiration, et ne semble pas non plus apte à vitaminer le travail de la deuxième équipe, particulièrement amorphe dans les scènes d’action.
 
Gadgets: 6/10
Un petit retour à certains fondamentaux par rapport à Skyfall (une nouvelle voiture, un implant dans le sang capable de faire des miracles) et… une montre explosive, alors même que Q se moquait de ce genre d’objets dans l’épisode précédent. Une sorte de service minimum.
 
Interprétation: 6/10
Beaucoup de comédiens ne sont pas servis par leur texte, Waltz et Seydoux en tête. L’équipe rapprochée du MI6 est à peine mieux lotie, coincés dans des archétypes à peine déguisés, quand d’autres comédiens sont tout simplement réduits à leur plus simple expression: Bellucci à cause de quelques secondes de rôle, Bautista par un seul mot de dialogue. Andrew Scott (C) , qui joue chaque scène comme s’il voulait hurler à la face du monde qu’il était lui aussi un méchant sur lequel compter, ne fait lui aussi que ce qu’il peut avec un script simpliste.

 JAMES BOND ROUTINE:
 
– Drague: Il y a cette fille a Mexico, dont nous ne saurons rien. Puis Lucia, puis Medeleine. La bonne moyenne.
 
– Plus loin que le bisou ? Avec les deux principales, dont une, c’est un tradition avec Bond, pour paiement de services prétendument rendus.
 
– Bravoure: Allez, admettons que trouver et sauver Madeleine en trois minutes dans un bâtiment aussi immense que les anciens locaux du MI6 est assez digne d’être reporté ici.
 
– Collègues présents: On mentionne 009, dont on découvre les goûts musicaux douteux dans l’Aston Martin DB10. (New York New York, soit ! Mais alors pourquoi dans une reprise par Ray Quinn, plutôt que l’originale, que diable !?)
 
– Scène de Casino ? Non.
 
– My name is Bond, James Bond: A Monica. Avant de l’embrasser.

– Shaken, not stirred: Dans la clinique autrichienne. Mais pas de bol, on ne sert pas d’alcool dans ce lieux sinistre (du coup).
 
– Séquence Q: Dans les sous-sols du MI6, dans lequel on injecte le « smart blood », où l’on peut voler une Aston Martin sans gros problème. Avant que Q ne parcours l’Europe pour aider son collègue. Notons cette blagounnette savoureuse sur « bring it back in one pièce, and not bring it back in pieces » Haha. Quel déconneur ce Q.
 
– Changement de personnel au MI6: Nope.
 
– Comment le méchant se rate pour éliminer Bond: On joue à le torturer pour lui laisser le temps de faire joujou avec Madeleine et sa montre. On le met dans une fourgonnette avec une cagoule au lieu de lui mettre une balle dans la tête. Enfin, on le laisse jouer à cache-cache dans l’ex MI6 au lieu de… bref.
 
– Le même méchant tue-t-il un de ses sidekicks ? Non. décidément, ce méchant est bien palot.

– Nombre d’ennemis tués par Bond au cours du film: 232 selon la moyenne des estimations, ce qui fait de ce film le record toute catégorie sur ce thème. La faute à un complexe particulièrement mal protégé. Une balle dans une réserve de gaz, et wouf !!! Tout le monde meurt, sauf le grand méchant.
 
– Punchline drolatique après avoir éliminé un adversaire ? A-t-on déjà précisé que Craig était particulièrement nul dans cet exercice ? La preuve: rien ici.
 
– Un millésime demandé ? Aucun.Tout un savoir-vivre qui disparait.
 
– Compte à rebours ? Deux: le premier concerne la mise en route du système de contrôle mondial généralisé (sans qu’on comprenne bien en quoi l’arrêter deux minute après sa mise en service pourrait changer quoi que ce soit…), le second est de trois minutes pour sauver Madeleine, histoire de faire un peu le Joker du pauvre.
 
– Véhicules pilotés: Un hélicoptère de type McDonnell Douglas MD500E, une Aston Martin DB10 (alors à l’état de prototype), un avion de modèle Britten-Norman BN-2 Islander aircraft et une vedette sur la Tamise.
 
– Pays visités: Mexique, Italie, Autriche, Maroc et Angleterre.
 
– Lieu du duel final: Le pont de Westminster. Mais peut-on réellement parler de duel ?
 
– Final à deux dans une embarcation perdue en mer ? Non, juste aux-dessus de la Tamise, donc.

PRÉ-PRODUCTION
 
Avant même la sortie de Skyfall, John Logan, le scénariste qui avait rejoint le duo Neal Purvis et Robert Wade, avait déjà travaillé sur un projet liant les épisode 24 et 25. Mais Michael G. Wilson et Barbara Broccoli jugent que la menace n’est pas assez importante (ce qui laisse songeur quand on voit ce qu’elle est finalement dans ce film…).
Surtout que les deux producteurs ont de toute façon un autre projet depuis des années, depuis l’arrivée de Craig: pourvoir réintroduire Spectre, l’organisation à laquelle Sean Connery était confronté, ce qui bouclait le reboot opéré avec Casino Royale. Mais on le sait depuis Opération Tonnerre, la chose est impossible à cause d’un différent qui oppose EON production à Kevin McClory, qui avait coécrit le livre du même nom avec Fleming. Mais 50 ans sont passés, et les ayants-droits de McClory sont désormais ouverts à une idée de compromis. Les problèmes juridiques sont enfin réglés, SPECTRE peut refaire surface, et toute l’orientation du nouveau projet scénaristique change.
Ce qui ne va pas aller sans certains problèmes de cohérence.

Logan et Mendes doivent alors ranger dans leurs cartons une nouvelle version du script qui envoyait Bond intervenir pendant le Grand Prix de Monaco et affronter la partie la plus dangereuse de la mafia sicilienne. Car en effet, Sam Mendes, d’abord réticent, a finalement accepté de rempiler, quand on lui a garanti pouvoir prendre le temps de développer une intrigue permettant à Bond de parcourir un monde plus lumineux et coloré que ce qu’il avait pu proposer avec Skyfall. Le 11 juillet 2013, l’annonce de sa présence est faite en grande pompes.
 
Le 26 novembre 2013, une nouvelle version du scénario est finalisée, assez proche de ce que donnera la version défintive. Ce traitement permet surtout de commencer les repérages. Ce qui va faire que certains lieux, réservés un an avant le début du tournage, devront dans tous les cas rester dans le script final. Un an, c’est précisément, et à titre d’exemple, le temps qu’il a fallu pour négocier avec la mairie de Mexico pour le tournage sur la place Zõcalo, qui abrite les bureaux du maire mais aussi le palais présidentiel.
Un scène toute en démesure, qui va demander à 60 personnes, à partir du mois de novembre 2014, de travailler sans relâche pour fabriquer les costumes et peindre les 450 masques nécessaires à la fête, qui n’existait pas avant ce tournage. La parade finale, en partie financée par la mairie est devenue depuis une attraction touristique prisée, en passe de devenir ce qu’elle n’était absolument pas jusque-là: une tradition.
 
Les ambitions de Wilson, Broccoli, des scénaristes et de Mendes sont élevées: faire aussi bien ou mieux que Skyfall, en jouant sur les contrastes (chaud/froid, amour/haine, ordre/chaos, vie/mort), et en poussant plus loin certains curseurs. C’est en voulant continuer à creuser le passé de Bond tout en intégrant le retour de Blofeld que l’idée (désastreuse pour beaucoup) du demi-frère est avancée. Cette ligne scénaristique s’appuie sur un personnage de Fleming, tiré de la nouvelle Octopussy, Hannes Oberhauser, qui est bien celui qui recueille Bond après la mort de ses parents. L’élargissement de la menace passe la fusion du MI5 et du MI6, avec une marionnette aux ordres de Blofeld.

Ce mélange déjà un peu indigeste, fruit d’une agglomération d’ambitions sans doute un peu trop disparates, va se transformer en émulsion dangereuse pour la santé quand un nouvel évènement vient frapper la préparation du film. Des pirates informatiques nord-coréens (ça ne s’invente pas, sans doute échaudés par Demain ne meurt jamais) ont accès à la messagerie de Sony/Columbia, dans laquelle se trouve une des dernières versions du script. Rendu public, il doit être changé au dernier moment, et c’est surtout dans sa partie finale que les scénaristes aux abois se voient contraints de faire les plus grandes modifications. On verra rapidement que le résultat ne sera pas à la hauteur. Cet épisode malencontreux va également éloigner Sony d’EON production, dont c’est la dernière collaboration.
 
Au rayon des considérations plus légères, notons deux ou trois détails amusants. C’est en visitant l’usine Aston Martin que Mendes tombe sur le prototype de ce qui n’est pas encore la DB10. Il insiste tellement que la marque s’engage à fournir 10 exemplaires en état de fonctionnement pour le premier jour de tournage, pour un modèle qui ne sera jamais commercialisé.
Léa Seydoux est tellement nerveuse pour son audition qu’elle en perd sa voix. Malheureusement, Debbie McWilliams, directrice du casting, lui laisse une demi-heure pour se remettre, et cette fois l’audition est « parfaite ».
Avec ses 39 millions de dollar de cachet, Daniel Craig devient l’acteur le mieux payé de l’histoire de la franchise.

TOURNAGE
 
Il débute le 8 décembre 2014.
 
A Rome, la production ne fait pas comme les romains. D’abord parce que grâce à la préparation et aux précautions prises pour la scène de poursuite, la Via Nomentana, bloquée sur plus de 3 km (un record pour ce genre de tournage) va se retrouver propre et rénovée (on refait même l’asphalte) comme jamais la voirie n’était parvenu à le faire, ce, qui va faire se moquer une partie des habitants de la ville, et un journal local de titrer « Bond, meilleur que la mairie ! ». Malgré toutes ces précautions (on pose des cales en bétons et des protections en acier pour les escaliers le long du Tibre), la même mairie refuse le passage des deux véhicules au-dessus de deux statues qui viennent d’être rénovées pour plusieurs millions d’euros, le risque étant trop important.

Le travail en Autriche demande un effort particulier au chef opérateur Hoyte Van Hoytema qui, pour conserver une tonalité noire et blanche dominante, décide de ne tourner que le matin et le soir, et ainsi éviter les heures ensoleillées de la pleine journée. Pour la cascade de l’avion qui surplombe les Range Rover (qui vont d’ailleurs se faire voler une nuit, les voleurs ne sachant que les pare-brise sont modifiés pour exploser très facilement), on place la carlingue du bimoteur sous des câbles, comme cela avait été fait pendant Opération Tonnerre. Ce qui fera dire à Steven Begg, des effets spéciaux: « 60% de notre boulot consiste à effacer les câbles et les éléments qui ne doivent pas apparaître à l’écran ».  
 
L’acteur le plus impressionné du plateau est le plus costaud de tous. Dave Bautista est intimidé par Chirstoph Waltz qui, d’un simple regard, lui donne l’impression qu’il est tout petit. Il est ensuite bluffé par l’implication physique de Craig, qui répète encore et encore les scènes du combat qui va les opposer, lui reconnaissant un niveau d’entrainement supérieur à certains performers qu’il a côtoyé dans le milieu du catch.
Ce qui ne va pas empêcher la blessure de Daniel pendant une des prises dans le faux train, handicapant un genou qui va rester délicat jusqu’à la fin, et nécessitera même, après une aggravation au Mexique, une opération express aux États-Unis. Sans doute un des éléments qui va pousser Craig à annoncer qu’il s’agissait ici de son dernier tournage pour 007.

Le passage au Maroc est assez rapide et se passe sans soucis ou anecdote particulière. Chacun salue l’idée d’avoir trouvé un cratère de météorite comme repaire de Blofeld, dans cette montagne circulaire.
Notons que la fameuse « plus grosse explosion jamais provoque pour un tournage » a demandé 8418 litres de kérosène et 33 kilos de poudre, pour plus de 8 secondes d’enflammade à l’écran (sans que jamais le spectateur ne comprenne vraiment comment a pu provoquer tout ça avec une seule balle).
 
La dernière partie du tournage hors Pinewood se concentre donc sur le Mexique.
C’est pourtant bien sur le célébrissime plateau 007 que le crash de l’hélicoptère sur le pont Westminster est tourné, une partie du pont étant recrée à l’échelle, devant un écran de 10 mètres de haut sur 67 mètres de large !
De son côté, la clinique du professeur Madeleine Swann servira de décors au MI6 éventré (en reprenant l’idée de l’intérieur du ventre d’une baleine), avant tout par soucis d’économie et recherche de gain de temps, quand la fin du scénario est modifiée.
 
D’une manière assez inhabituelle, Lee Smith travaille sur le montage du film au fur et à mesure (dès qu’une scène est finalisée, il l’envoie à Mendes pour approbation), ce qui fait que le film est quasiment fini lorsque le tournage prend fin. Cela était nécessaire dans la mesure où la période de post-production est exceptionnellement réduite à 16 semaines au lieu des 6 mois (minimum) habituels des derniers films.

POST-PRODUCTION

Et il a bien fait de prendre de l’avance, Lee Smith, puisque ce travail préparatoire ne l’empêchera pas de travailler jusqu’à la veille de l’avant-première. Thomas Newman doit lui-même travailler très rapidement, ce qui explique peut-être cette impression de copier-coller que les plus attentifs des auditeurs de sa bande-son auront remarqué.

Avec un budget estimé entre 250 et 300 millions de dollars, c’est le James Bond le plus cher de la série, ce qui ne se voit pas dans toutes les scènes (a-t-on déjà assisté à un final plus cheap ?), et plus de 1000 personnes ont été impliquées dans sa fabrication (un autre record). Signe curieux des temps, le single de Sam Smith est le premier à se classer premier des charts… dès la première semaine de son lancement, exploit que Billy Eilish arrivera à reproduire pour le film suivant.
C’est aussi le premier film de la franchise dans lequel officie ILM, après une approche ratée dès 1979 (2).
Notons en guise de clin d’œil que le rapprochement imaginé avec le MI5 a sans doute inspiré les décorateurs, qui introduisent sur le mur des agents morts pour le service, une certaine Emma Pill.

Blessure, pression, durée du tournage, rôle nouveau de co-producteur, c’est sans doute une accumulation de choses qui ont faire dire à Daniel Craig qu’il préférait s’ouvrir les veines que d’incarner à nouveau le célèbre espion anglais après ce tournage. Il faut dire que l’interview dans laquelle il fait cette confession est très proche du clap de fin.
Après la sortie de Mourir peut attendre, certains fans n’ont pas définitivement décidé si cette première impulsion n’aurait pas finalement été la meilleure.

LA CAUSERIE FINALE AU COIN DU FEU D’ONCLE NESS
(Feu le premier ministre britannique, qui a tiré sa révérence après de nombreuses années de services douteux et de fêtes sur des rooftops guindés et privatifs, à l’issue d’une nuit d’orgie pitoyable qui a provoqué une crise cardiaque, dont il est impossible de dire si elle est d’origine naturelle ou belliciste. En tout cas, l’auteur de ces lignes, aperçu aux bras d’une hôtesse vénézuéliennes aux yeux de braise au cours de la soirée, dément toute implication…)

On l’a vu, deux cailloux de taille sont venus se planter dans le jardin des concepteurs du James Bond 24 (producteurs et scénaristes): la possibilité de greffer Spectre et Blofeld à un projet déjà lancé, et un acte de piraterie qui contraint le pool d’écrivains à complètement modifier le fin du métrage. Mais ces handicaps inopinés n’expliquent pas à eux-seuls les quelques mauvaises directions qui ont été prises, et la grande paresse scénaristique de l’ensemble.

La tentative d’agréger les trois précédents épisode Craigiens à celui-là est évidemment bancale (comment imaginer que Silva, agent solitaire en quête de vengeance personnelle puisse avoir agi pour Spectre ?) et ouvre beaucoup plus de brèches explicatives qu’elle ne colmate de fissures dans l’intrigue. Pire que tout, cette idée absurde de fratrie (même adoptive) est assez désastreuse sur tous les plans. Comment les deux ex-enfants ne se seraient pas reconnus immédiatement ? Comment Bond aurait-il pu n’avoir jamais eu le moindre indice de l’existence de ce grand ordonateur de l’ombre depuis toutes ces années (à moins d’être le pire agent de tous les temps) ? Pourquoi Blofeld mettrait-il le monde à feu et à sang juste pour tirer une revanche pathétique envers un demi-frère un peu envié ?

Cette faiblesse d’écriture se retrouve à presque tous les niveaux. Les personnages sont creux et sans vies propres (quelqu’un croit-t-il une seconde à l’histoire d’amour entre Bond et Swann ? -un problème qui va s’aggraver avec l’épisode suivant-, que devient Hinx après une simple chute dans le désert ? Comment Blofeld qui semble tout maitriser au sein du MI6 -pour même contrôler C- ne peut-il pas deviner qu’une montre de 007 recèle un potentiel danger ?) et la menace même qui plane sur le monde semble nébuleuse et farfelue. Un système de surveillance global ? En quoi serait-il pire que ce que maitrise déjà le MI6 ? Alors même que ce système semble déjà capable d’intercepter une conversation entre Bond et Moneypenny, qui a eu lieu sur un téléphone que l’espion a offert à la secrétaire de M. En quoi la mise en route du programme ne pourrait-elle pas être stoppée 5 minutes après son lancement ?

Et pour ne rien arranger, les scènes d’actions sont soit d’une mollesse stupéfiante (la pire poursuite de toute la saga ?) soit tirées d’une époque révolue (la carcasse d’avion qui poursuit des voitures qui ne songent ni à s’arrêter ni à dévier leur course, pour un crash final qui ne laisse en vie que les trois personnages importants de l’histoire), soit encore déjà vue auparavant. Le tout au terme d’une enquête poussive (un lieu-un indice) qui ne convoque l’état-major du MI6 qu’en guise de fan-service maladroit.

Le constat de l’ère Daniel Craig s’établit donc sur le rythme d’un film sur deux formidablement réussi, suivi d’une énorme déception. Tous allait donc se jouer, en terme d’héritage définitif, sur le cinquième et dernier film, dès lors que l’annonce du retour de l’acteur était annoncé.

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