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The Beatles, une histoire en 13 disques, chapitre 7

11 décembre 2019 6 min read

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The Beatles, une histoire en 13 disques, chapitre 7

( 6 minutes)

Chapitre VII: la fin détournée

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Ringo:

Ce qu’on a galéré pour trouver le titre de l’album ! On est passé par “pendulum”, “Fat man and Bobby”, “Beatles on safari” (ha ha il l’est con ce John !), j’avais même proposé after Geography (ils m’ont ri au nez). Et puis on s’est dit qu’on voulait un truc qui évoque un cercle intime (c’est à dire nous) et de “four sides of the magic circle” à “four sides of the eternal triangle”, on a finalement atterri sur “Revolver”, une idée de Paul, qui a expliqué que c’était le symbole de l’arme qui donnait le départ de notre nouvelle carrière.
Ce qui a fait que certains ont cru, avant que le disque ne sorte, qu’on allait faire un album country et western !

Autant te le dire d’entrée, pour moi, c’est le big panard: non seulement j’ai eu droit à ma traditionnelle chanson à chanter, mais encore est-elle montée au haut des charts. Une première pour moi ! Pas mal pour ce qui n’était au départ qu’une chanson pour enfant composée à l’époque Hard day’s night !!
Ce qui était moins pour enfant, par contre, c’est la pochette qu’on a faite pour “yesterday and today”, une compile avec deux trois titres nouveaux pour le marché des USA. Les bouts de bidoches, les morceaux d’enfants, ça n’a pas plu. Faut dire qu’on était nous-même moyennement chauds. En ce moment, tout ce qu’on fait ou dit tourne à la polémique, de toutes façons. Paul sur les drogues, John sur Jésus.
Tu crois vraiment qu’on est les nouveaux messies ?

Tiens, un détail triste: la Cavern a fermé. Mais ils ont le projet de la réouvrir.

George:

Je suis en train de vivre le truc le plus agréable de ma carrière de Beatle: on a décidé d’arrêter les concerts ! D’abord car ce qu’on enregistre n’est plus reproductible sur scène (du coup, on va s’en donner dix fois plus à cœur joie en studio) et ensuite parce que les dernières tournées ont été du grand grand n’importe quoi.
Le japon, il a fallu un débat national pour qu’on nous permette de jouer au Budokan, jusque là temple inviolé des Sumotori. Les Philippines, on a vu le moment où on nous coffrait dans un geôle de Manille pour avoir snobé la femme du président Marcos. Les foules étaient surexcitées, mais pas de nous voir. Ils voulaient nous lyncher ces cons ! J’ai eu la peur de ma vie. On a refusé une tournée en Afrique du sud à cause de l’apartheid. Et aux States, les autodafés décrétés par les furieux des états du sud ont donné des envies de meurtres à quelques fanatiques qui ont annoncé leur volonté de nous dégommer sur scène. On pouvait plus aller plus loin. Il fallait dire stop. On l’a fait. Sans ça, j’envisageais de quitter le groupe.

Du coup, j’ai adoré les séances de ce nouveau disque. J’ai placé trois morceaux. J’ai plein d’idées. J’espère qu’ils vont s’ouvrir de plus en plus à mes propositions. Il y a d’abord “Taxman” parce que j’ai beau me plonger de plus en plus dans les idées métaphysiques et orientales, depuis que j’ai jeté un œil dans nos comptes, je suis un peu devenu fou.
“Love you to”, c’est le premier vrai morceau que j’ai composé pour le sitar et le tabla. Ne nous y trompons pas: Norwegian Wood, c’était un peu un accident.

A part ça ? Je me suis marié avec Patti, j’ai rencontré et suis devenu pote avec ce guitariste extraordinaire surnommé dieu à Londres, Eric Clapton.
Par contre, je sens bien que Brian, notre manager, ne va pas fort. Et ça, même avant qu’on lui annonce qu’on arrêtait les tournées. Et je ne crois pas que ce ne soit qu’à cause du malade qui lui avait dérobé ses effets personnels et qui essayait de le faire chanter. Il prend des pilules, mais pas avec notre insouciance et notre gaité.
Faudrait sans doute qu’on se montre un peu plus proche de lui.

John:

Je suis peut-être un peu trop en plein dans mon trip mystique, va quand même falloir que je fasse gaffe à ce que je dis. Le coup de “nous sommes plus populaire que Jesus-Christ”, je crois que ça n’a pas été compris par une majorité dans le sens où je l’entendais. Dire qu’il a fallu que je fasse des espèces d’excuses en posant les pieds sur le sol ricain, ça me rend un peu fou. Tout ça pour calmer les fanatiques ! Les mecs, ils font des montagnes de nos disques et y mettent le feu ! Ha ha, je m’en fous, la plupart devront les racheter une fois cette frénésie puritaine passée.

Tomorrow never knows, c’est la première chanson qu’on a mis en boîte pour le nouveau disque. “Void”, ça s’appelait au départ. Je me suis largement inspiré de “the psychedelic expérience” de Timothy Leary, le pape du LSD, qui lui même avait puisé son influence dans le livre des morts tibétains. M’en fout, l’un dans l’autre, c’était la première chanson psychédélique jamais enregistrée, et quelque chose me dit que ce ne sera pas la dernière. Qu’est-ce qu’on amusé avec ces boucles ! T’imagines le jour où quelqu’un met au point une machine pour faire ça ?
“She said she said”, c’est presque pareil. Enfin, c’est LSD à fond. On venait de se faire “Cat Balou” (le western avec Jane Fonda) dans cette baraque de Californie où on passait quelques jours de repos, avec plein de potes dont Peter, le frère de Jane. Quand il a commencé, en plein délire au bord de la piscine, à me sortir “je sais ce que ça fait d’être mort”, j’ai pas voulu savoir qu’il me parlait d’une expérience qu’il avait vécu gamin, quand il s’était tiré une balle dans le ventre. J’ai pété un plomb et ai voulu le jeter dehors. En définitive, c’était mieux d’en faire une simple chanson.

Je deviens de plus en plus léthargique, je m’encroute, je ne suis qu’une gigantesque feignasse. “I’m only sleeping” ne parle de rien d’autre, et le truc qui me chiffonne un poil, c’est que Paul a pris le dessus dans le groupe. J’ai beau le sentir, je n’arrive pas à réagir. Il a l’air d’avoir mille fois plus d’énergie que moi.

Tiens, pour me secouer, j’ai accepté de partir faire l’acteur en Espagne avec Richard Leister, que j’aime vraiment bien.
Ça me changera les idées.

Paul:

J’ai eu le malheur d’avouer à un journaliste que j’avais pris des acides (marrant quand tu sais que je suis le dernier de la bande à l’avoir fait) et bonjour le barnum ! Pourtant, il suffit d’écouter nos morceaux. Je crois qu’il n’y a pas une chanson de Revolver qui ne fasse pas une allusion directe ou discrète à la dope.
Une chose est sûre, les garçons gentils et proprets chantant des ritournelles niaises, c’est fini !

Moi, je sais pas si c’est grâce à elle, en tout cas, je fourmille d’idées !
Eleanor Rigby, je me suis inspiré de Bernard Hermann dans Farenheit 451 (d’ailleurs, je vais écrire ma propre BO rapidement). Les paroles, j’ai ramé comme un galérien. Le plus drôle, c’est qu’on m’a dit que la tombe d’Eleanor Rigby existe, et en plus à côté de l’endroit où on s’est vu pour la première fois, avec John ! L’œuvre de mon subconscient? Faudra que j’aille vérifier.
“Goodday sunshine”: ça à l’air tout simplet comme ça, mais ces passages tout jazzy, ça va pas marquer les esprits peut-être ? En tout cas, je ne connais personne qui ait déjà tenté le truc. J’ai essayé de faire un peu comme “Daydream”, de Loving spoonfull
“Here, there and everywhere”, par contre, c’était pour sonner à la manière des Beach Boys. Ils m’ont scotché, ceux-là, avec leur “Pet Sound” !
Toutes nos idées sont désormais non seulement écoutées mais encouragées en studio. George Martin, d’ailleurs, n’est plus seul. Notre nouvel ingénieur du son, Geoff Emerick, est un petit génie. On s’est fixé un objectif fou avec lui, pour le disque: que chaque instrument sonne différemment de lui-même. Tu parles d’une gageure !

Londres est devenu le centre du monde. J’ai des milliers de connexions. Barry Miles, le patron de l’Indiqua Books, est une de mes relations les plus influentes. Autour de lui, tout ce que la ville compte de figures importantes dans le domaine artistique gravite. Il accueille même une artiste japonaise, c’est te dire.
On a jamais été aussi libres et créatifs. On est riches, on est amoureux (avec Jane, ça va nettement mieux), bref, la vie est merveilleuse.
J’aimerai juste que John se ressaisisse. On se voit moins depuis un moment.

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